ACP/UE: Vers de Nouvelles Négociations des Accords de Cotonou
La Commission européenne a adopté officiellement le 9
avril dernier à Bruxelles, une stratégie de négociation
pour les Accords de partenariat économique (APE) quelle
entend négocier avec les pays dAfrique, des Caraïbes
et du Pacifique (ACP) dans le cadre de lAccord de Cotonou. Celle-ci
devra être présentée maintenant aux 15 membres de
lUE pour approbation. Ce mandat de négociation vise, selon
la Commission, à inscrire les relations économiques et
commerciales entre les pays ACP et lUE dans un cadre stable, prévisible
et transparent. Avec ladoption de cette nouvelle stratégie
européenne, les contours des futures négociations semblent
se dessiner davantage et la prochaine étape pourrait être
le Conseil des ministres ACP de juillet prochain.
Rappelons quen vertu de lAccord de Cotonou, lUnion
européenne (UE) et les ACP sont sensés commencer à
négocier en septembre 2002, de nouveaux arrangements commerciaux.
Ces négociations, qui doivent se prolonger jusqu en 2008,
visent à remplacer les préférences tarifaires dont
bénéficient les ACP sous le régime des Conventions
successives de Lomé par des Accords de libre échange réciproques
et compatibles avec lOMC. En effet, les préférences
qui caractérisaient, jusque là, les rapports UE/ACP vont
à l encontre des règles de lOMC car elles
favorisent les ACP par rapport à d autres pays en développement.
Cest pour cette raison que les Conventions successives de Lomé
bénéficiaient dune exemption spéciale accordée
par les Membres de lOMC. A Doha, ceux-ci ont accepté de
prolonger cette exemption une dernière fois, ce qui permettra
aux ACP de continuer à bénéficier des préférences
de Lomé jusquen 2008, date à laquelle, la négociation
des APE doit sachever.
Laccord de Cotonou nest pas à proprement parler
un accord mais un protocole daccord. Il fixe simplement les principes
des prochaines négociations, arrête un calendrier et réitère
la volonté des participants de parvenir à un accord. Pourtant,
a quelques encablures de louverture de ces négociations,
des interrogations demeurent quant aux chances de parvenir rapidement
à des résultats positifs.
Les premières incertitudes ont trait aux modalités dorganisation
des négociations elles-mêmes. LUE envisage de mener
des négociations avec des groupes de pays plutôt quavec
des pays ACP pris individuellement. Dans un document récent intitulé
« Orientations sur la qualification des régions ACP pour
la négociation dAccords de partenariat économique
», la commission européenne a énoncé clairement
ses préférences concernant la configuration géographique
pour les ACP. En clair, cette approche de lUE privilégie
un cadre de négociation avec les principaux groupements régionaux
de lACP. Cette démarche nest pas cependant sans poser
de problèmes pour lUE et pour les ACP. Lun de ces
problèmes tient au fait que lappartenance de certains pays
africains à plusieurs groupements régionaux ACP peut engendrer
des chevauchements dans la conclusion des APE. Pour parer aux problèmes
prévisibles que pourraient apporter de tels chevauchements, la
commission exige, en principe, que les pays qui appartiennent à
plusieurs groupements d intégration régionale en
choisissent un et sengagent vis-à-vis de lui à contracter
un APE avec lUE. Elle pourrait toutefois envisager une exception
en négociant un accord incluant la SADC et le COMESA par exemple,
mais il faudrait dans ce cas que ces deux groupements adoptent des positions
étroitement harmonisées et que les négociations
soient conduites dans un seul contexte aboutissement à un seul
APE. En ce qui concerne lAfrique de l Ouest, il semble,
à ce stade que les négociations se dérouleront
dans le cadre de la CEDEAO en dépit des préférences
que lUE avait exprimées dans un premier temps pour une
négociation avec lUEMOA.
La seconde série dincertitudes est relative aux contraintes
internationales. On la vu, avec lAccord de Cotonou, lUE
cherche à conserver des liens privilégiés avec
les ACP tout en se mettant en conformité avec lOMC. Dans
ce contexte, la réciprocité est devenue une pierre angulaire
de lapproche de la Commission. Cela soulève des questions
sur la cohérence entre les APE et les incidences de linitiative
Tout sauf les armes, où lUE accorde un accès
non réciproque au marché à tous les pays les moins
avancés (PMA). Le point en litige est de savoir si les 40 PMA
ACP pourraient conserver, voire étendre, leurs préférences
commerciales non réciproques avec lUE au titre dun
APE. Dans la négative, il est probable que les PMA-ACP ne soient
ni enthousiastes, ni pressés de conclure un APE que ça
soit dans le cadre dun groupement régional ou à
titre individuel.
Pour plus dinformations sur les ACP, visiter : <http://www.acpsec.org>
Sources :- Accords de Cotonou : les choses sérieuses commencent
en 2002», Allafrica.com, 18-02-02 - « Qui négociera
avec lUE ?Recherche dun cadre de négociation UE/ACP,
in Eclairage sur les Négociations Commerciales, vol.1, n°1,
Février 2002. - PASSERELLES entre le commerce et le développement
durable vol.3 n°4, décembre 2001-janvier 2002.
L'Afrique à Monterrey: Entre Espoirs et
Désillusions
La conférence des Nations Unis sur le financement du développement
qui sest tenue à Monterrey du 18 au 22 mars a suscité
dès le début un curieux paradoxe. Personne nen attendait
rien de nouveau mais tout le monde affirmait son importance. Et comme
pour conjurer les déceptions attendues de ce sommet, on a clamé
péremptoirement quil ny aurait pas de résultats.
Au final, le texte adopté se présente comme un chapelet
didées vagues sans souffle ni engagement précis
sur les six axes prioritaires identifiés pour promouvoir et accélérer
la croissance et le développement. Les six axes sont les suivants
:
- mobilisation des ressources financières nationales pour le
développement : investissements étrangers directs et autres
flux financiers privés;
- mobilisation des ressources financières internationales pour
le développement;
- le commerce international, moteur de la croissance et du développement;
- renforcement de la coopération financière et technique
internationale pour le développement;
- la dette;
- le règlement des problèmes systématiques en
renforçant la cohérence des systèmes monétaires,
financiers, commerciaux internationaux à lappui au développement
Malgré le peu de résultats concrets attendus de Monterrey,
lAfrique avait placé beaucoup despoirs dans cette
conférence dont dépendait lavenir de sa dette. Sur
cette question et sur celle de laide, les dissensions semblaient
trop grandes cependant pour quun engagement ferme soit pris. Les
intérêts des pays du Nord ont plutôt porté
sur le commerce et les échanges, un des six thèmes identifiés
pour lutter contre la marginalisation des pays en développement,
ceux de lAfrique en particulier, dans léconomie mondiale.
Estimant que les échanges commerciaux sont « bien souvent
la seule source extérieure importante au financement du développement
», le consensus de Monterrey reconnaît néanmoins
les difficultés auxquelles se heurtent les PED pour en bénéficier
pleinement. Le texte signale dans cette perspective que les politiques
des pays riches ne favorisent pas une expansion des exportations des
économies en développement. Il vilipende tout particulièrement
« les barrières commerciales, les subventions de nature
à fausser les échanges commerciaux et autres mesures analogues,
en particulier dans les secteurs dexportation des pays en développement,
comme l agriculture ». Le « consensus de Monterrey
» évoque aussi « labus des mesures antidumping,
les barrières techniques » ainsi que les « mesures
sanitaires et phytosanitaires » qui entravent les échanges
Sud-Nord. Mais dans ce domaine aussi le texte ne comporte aucun engagement.
Il saccorde simplement pour que les pays développés
ouvrent davantage leurs marchés et apportent une assistance technique
pour rendre plus compétitive loffre du Sud.
Les dirigeants des pays africains se sont prêtés de bonne
grâce à la démarche du sommet de Monterrey mais
réclament en contre partie des actes concrets. Le président
Obassandjo du Nigeria, lun des initiateurs de NEPAD a lancé
un avertissement dans ce sens en donnant lexemple du sommet du
millénaire de septembre 2000 qui avait suscité beaucoup
despoirs mais qui aujourdhui na produit aucun résultat
significatif. Son inquiétude est partagée par dautres
dirigeants africains mais aussi par nombres d observateurs indépendants
qui ne voient dans la conférence de Monterrey qu une réunion
de plus destinée à cacher la gêne quéprouvent
lONU et les pays industrialisés de navoir pas réussi
à mettre en route les ambitieuses décisions prises à
lissu du sommet du millénaire de 2000.
A ce sommet du millénaire de septembre 2000, quelque 147 chefs
dEtat et de gouvernement sétaient engagés
à réduire de moitié la pauvreté à
lhorizon 2015, à rendre universel lenseignement,
à infléchir la tendance actuelle de la propagation du
Sida et à réduire des trois-quarts le taux de mortalité
maternelle et infantile etc. Deux années après, la réalité
est encore loin des ambitions. Le dernier rapport de la banque mondiale
montre que 1,2 milliards dêtres humains na pas aujourdhui
accès à leau potable alors que 2,4 autres milliards
d individus vivent sous des conditions dhygiène telles
que leur espérance de vie ne dépasse guère 50 ans.
En Afrique, ou vit plus de 13% de la population mondiale, la part du
continent dans les échanges commerciaux internationaux ne sélève
quà 1,7% dont la moitié pour la seule Afrique du
Sud.
La promesse faite par les pays industrialisés de consacrer 0,7%
de leur PNB à laide publique au développement tarde
à se concrétiser. Lengagement plus récent
de la banque mondiale et du FMI de doubler le plafond de lAPD
pour la porter à 100 milliards en cinq ans se heurte aux intérêts
divergents des Etats membres. Avec ses 0,10%, la part que les USA consacrent
à lAPD est la plus faible, loin dernière les pays
scandinaves et les Pays-Bas tous au-dessus de 0,50%, voire 1% pour la
Norvège. Les principaux donateurs de l OCDE réunis
au sein du Comité dAide au Développement (CAD) arrivent
péniblement 0,22% de leur PNB en moyenne tandis que les pays
de lUnion Européenne ambitionne de porter à 0,39%
en 2006 leur taux qui sétablit à 0,33% actuellement.
Sources :
- Les pays en développement veulent des actes. AFP - Dossier
conférence de Monterrey, Marchés Tropicaux et Méditerranéens
1er mars 2002.
Accords de Pêche: Nouvel Echec des Négociations
entre le Sénégal et l'UE
Les négociations entre le Sénégal et lUE
ont pris fin le 22 mars dernier à Bruxelles au terme dun
huitième round sans que les deux parties ne soient parvenues
à un accord.
Les principaux points de divergence ont notamment porté sur
les questions de la compensation financière dont les Sénégalais
voulaient voir le montant augmenté. Les Européens ont
refusé cette possibilité, arguant la restriction par les
Sénégalais des zones de pêche autorisées,
ce qui engendre une diminution des quantités de poissons à
capturer. Selon le porte-parole du commissaire européen à
lAgriculture et à la Pêche, Franz Fischler, les discussions
ont cependant permis de faire beaucoup de progrès techniques,
notamment sur la question du repos biologique exigé par la partie
sénégalaise pour préserver ses ressources halieutiques.
La partie européenne a par ailleurs demandé au Sénégal
des garanties pour que la compensation financière soit utilisée
pour moderniser le secteur de la pêche.
Le précédent accord de pêche liant le Sénégal
et les 15 membres de lUE d une durée de quatre ans
(1997/2001) avait expiré en avril 2001. Les deux parties étaient
convenues de le renouveler de trois mois en trois mois. Mais elles nont
pas réussi à trouver un terrain dentente, ce qui
a conduit à la suspension le 31 décembre 2001 du septième
round qui était engagé à Dakar. Si les deux partenaires
sont tombés daccord sur les modalités de mise en
uvre du partenariat, les méthodes de comptabilisation des
possibilités de pêche, les captures accessoires, les circonstances
exceptionnelles et sur l embarquement et le débarquement
des marins, ils se sont cependant opposés sur la question des
zones de pêche et sur le repos biologique.
En vertu de laccord qui a expiré, le Sénégal
recevait de lUE une compensation financière de 48 millions
dEuros. Le Sénégal était jusquau 31
décembre 2001 le plus important partenaire de lUE dans
le secteur de la pêche. Il exporte annuellement 124 500 tonnes
de poissons pour un montant de 185 milliards de FCFA (245.033.118 dollars).
Ce secteur contribue pour plus de 30% aux recettes dexportation
du Sénégal et procure du travail à plus de 600.000
personnes, directement ou indirectement.
Avec léchec des négociations entre le Sénégal
et lUE sur les accords de pêche, ce sont quelques 120 bateaux
qui ne sont plus autorisés à pêcher dans les eaux
sénégalaises.
Sources : - Non renouvellement du protocole de pêche avec lEurope.
Allafrica. 20-03-02 - Nouvel échec des négociations entre
le Sénégal et lUE. PANA, 25-03-02.