ACP - UE : Démarrage de la phase bilatérale/régionale
: la CEDEAO en vedette
La seconde phase de négociation des Accords de partenariat économique
(APE) entre l'union Européenne et les 76 pays ACP a maintenant
démarré, suite au lancement des discussions avec la CEMAC
le 4 octobre à Brazzaville et la CEDEAO le 6 octobre à
Cotonou. Ces deux institutions phares de l'intégration régionale
africaine ont été choisies comme cadres opératoires
au sein desquels seront discutés les futurs accords.
Pendant la première phase de négociations " tous
ACP ", huit réunions ont été tenues au niveau
des ambassadeurs. Elles ont permis aux parties de procéder à
un échange de vues sur les questions se rapportant aussi bien
à la conduite qu'à la substance des négociations.
En outre, douze sessions ciblées plus restreintes ont été
consacrées aux questions techniques spécifiques identifiées
au niveau des ambassadeurs, permettant d'approfondir les discussions.
Ces sessions ciblées étaient centrées sur les six
domaines suivants : les questions juridiques, la dimension " développement
" des APE, l'agriculture et les accords de pêche, les services,
l'accès aux marchés et les questions liées au commerce.
Sur l'ensemble de ces questions, des points de divergence et de convergence
ont été identifiés et compilés dans un rapport
conjoint publié le 2 octobre à Bruxelles.
Des convergences sur les principes généraux
Il est désormais communément admis que les APE n'auront
de sens que s'ils renforcent les initiatives d'intégration régionale
existant dans les pays ACP sans les compromettre. Dans cette perspective,
les APE devront servir à consolider les marchés ACP avant
de promouvoir l'intégration commerciale avec l'UE. Ces objectifs
sont largement partagés, comme en témoigne le rapport
conjoint publié par les deux parties et qui devrait théoriquement
tenir lieu d'orientations pour la seconde phase.
Autre point soulevé, la consolidation des acquis capitalisés
dans le cadre de l'accord de Cotonou. Il s'agit, entre autre, de maintenir
et d'améliorer le niveau actuel de l'accès préférentiel
au marché européen pour les exportations ACP. En ce qui
concerne les protocoles relatifs aux produits de base, il s'agit de
les réexaminer dans le contexte des nouveaux accords commerciaux,
notamment du point de vue de leur conformité avec les règles
de l'OMC, en vue de sauvegarder les avantages qui en découlent.
Pour ce qui concerne les pays ACP non-PMA qui ne seront pas en mesure
de conclure des APE, des études spécifiques seront menées
aux fins d'aboutir à des alternatives leur permettant de bénéficier
d'un nouveau cadre commercial à la fois conforme à leur
situation et compatible avec les règles de l'OMC.
A l'issue du processus de négociation des APE, aucun Etat ACP
partie ou non à un APE ne devrait se retrouver dans une situation
moins favorable que celle dans laquelle il se trouve actuellement. Cela
est conforme à l'Accord de Cotonou.
Dans le domaine de l'agriculture et de la pêche, il y a eu des
convergences sur l'importance cruciale de l'agriculture pour la réalisation
des objectifs énoncés dans l'Accord de Cotonou, à
savoir : promouvoir l'intégration harmonieuse et progressive
des Etats ACP dans l'économie mondiale dans le respect de leurs
choix politiques et de leurs priorités de développement,
encourageant ainsi leur développement durable et contribuant
à l'éradication de la pauvreté dans les pays ACP.
La même convergence a était aussi notée sur la nécessité
pour les pays et régions ACP de diversifier la structure de leurs
exportations et d'augmenter la valeur ajoutée de celles-ci. Dans
cette perspective, les deux parties ont convenu qu'il est essentiel
de traiter les questions telles que la TCDT (transformation, commercialisation,
distribution et transport).
Dans cette perspective, un accent particulier sera mis dans la recherche
de solutions aux préoccupations des pays ACP, en particulier
celles des PMA, des petits Etats en développement insulaires
(PEDI), des pays enclavés, des pays non-PMA importateurs nets
de produits alimentaires ou très endettés, des petites
économies et des pays producteurs d'un seul produit de base,
ainsi qu'aux considérations autres que commerciales, telles que
le développement rural et la préservation de l'environnement.
Il a été décidé, pour cela, d'examiner,
dans le cadre des négociations des APE, les questions liées
aux mesures sanitaires et phytosanitaires (SPS) ainsi que l'impact des
restitutions à l'exportation de l'UE au cas par cas. S'agissant
des mesures SPS, l'UE a souscrit à la recommandation des ACP
visant à renforcer les capacités nationales et régionales
des pays ACP selon le cas, y compris celles relatives aux institutions
d'évaluation et de certification. Elle a jugé que cela
représente une des premières priorités et a reconnu
l'utilité de mettre en place, dans le cadre des APE, un mécanisme
de coordination et de concertation sur les questions SPS. Quelques divergences
de vue subsistent toutefois sur cette question en raison du fait que
les pays ACP demande le maintien du statu quo en ce qui concerne les
mesures SPS de la CE.
Au moment où la deuxième phase est entamée, ces
quelques points de convergences sur certains principes généraux
cachent cependant mal les profondes divergences encore perceptibles
aussi bien dans les procédures de négociation que sur
les questions techniques.
Des divergences de vues insuffisamment mises à nu
Sur l'approche des négociations, les pays ACP sont encore fondés
sur leur conviction que la première phase " tous ACP "
est une phase de négociation proprement dite devant déboucher
sur un accord ACP-UE liant juridiquement les parties. Pour l'UE par
contre, celle-ci n'est qu'une phase de clarification.
Sur les résultats de la première phase, les divergences
de vues observées depuis le début des négociations
n'ont pas, jusqu'ici, été aplanies. Aux yeux des pays
ACP, la conclusion de la 1ère phase devra aboutir à la
définition d'engagements clairement définis et contraignants.
Selon leurs orientations pour les négociations des APE, un accord
tous-ACP-UE devra être conclu. Tel n'est pas la position de l'UE
pour qui la 1ère phase n'exige pas d'engagements puisque les
négociations des APE ont déjà une base juridique
qui est l'Accord de Cotonou.
Si les deux parties s'accordent sur la nécessaire compatibilité
des APE avec les règles de l'OMC, elles ne s'entendent pas par
contre sur leur impact potentiel sur le développement des ACP.
Pour ces derniers, les règles existantes de l'OMC ne sont pas
de nature à favoriser la mise en uvre de stratégies
de développement cohérentes dans les Etats ACP et doivent
être adaptées de façon à prendre en compte
leurs situations et leurs intérêts spécifiques,
alors que l'UE, pour sa part pense que ces règles offrent la
flexibilité suffisante pour les APE.
Concernant la clause de non-exécution, les pays ACP estiment
que les APE ne doivent pas inclure une telles clause, car cela équivaudra
à la mise en place d'un mécanisme d'imposition de sanctions
commerciales, tandis que l'UE opte plutôt pour le contraire.
Sur la question des périodes de transition les pays ACP proposent
un moratoire de cinq ans avant le début du démantèlement
tarifaire, ainsi qu'un processus d'évaluation pour s'assurer
que la période de transition ne s'achèvera pas avant que
les économies ACP aient atteint un certain niveau de développement.
Pour l'UE par contre, un calendrier de libéralisation ouvert
établi en fonction de la réalisation d'objectifs spécifiques
ne serait pas compatible avec les dispositions de l'OMC.
Concernant les règles d'origine, les ACP proposent une différenciation
entre celles applicables aux ACP et à l'UE dans le cadre des
APE, de façon à prendre dûment en compte les différences
entre leurs niveaux d'industrialisation et de développement.
L'UE n'est pas cependant favorable à des règles d'origine
asymétrique. Pour elle, les règles ne peuvent être
différentes que d'une région à l'autre pour certains
produits lorsque les besoins et les problèmes particuliers des
régions concernées le justifient.
Sur la lancinante question de la libéralisation du commerce des
services, les deux parties ne s'accordent pas encore. Alors que les
ACP estiment que rien dans l'Accord de Cotonou n'oblige à libéraliser
le commerce des services dans le cadre des APE, l'UE pensent au contraire
que la question n'est plus de savoir s'il faut libéraliser les
services dans le cadre des APE ou pas, mais quand faut-il le faire.
Les réserves émises par les ACP sont motivées par
le fait que, pour eux, les avantages de la libéralisation du
commerce des services ne sont pas automatiques et un pays ne peut pas
compter exclusivement sur des entreprises étrangères pour
développer son secteur des services, notamment les services de
base tels que l'eau, la santé et l'éducation.
Sur les relations entre les APE et l'OMC, notamment en ce qui concerne
les domaines spécifiques et controversés des thèmes
de Singapour, la l'UE estime que les APE devrait aller plus loin que
l'OMC et les ACP ne devraient pas laisser le processus de l'OMC dicter
l'ordre du jour des négociations des APE. En insistant fortement
sur le fait que les APE doivent nécessairement tenir compte des
pourparlers à l'OMC, les pays ACP ont affirmé que tant
que des règles sur le commerce n'auront pas été
élaborées au niveau multilatéral dans les autres
domaines proposés par l'UE et en matière de politique
de la concurrence, d'investissement et de facilitation du commerce,
les ACP ne seront pas disposés à négocier des règles
dans le cadre des APE. L'OMC n'a pas encore décidé de
la manière de traiter certaines des questions liées au
commerce au niveau multilatéral.
La CEDEAO élabore sa " feuille de route " mais s'inquiète
des rapports de force avec l'UE
Choisie comme cadre institutionnel est espace économique devant
servir de cadre de négociation d'un APE avec l'Union européenne,
la CEDEAO s'est officiellement lancée dans les pourparlers le
6 octobre dernier à Cotonou, au Bénin. Elle a adopté
une position commune, mis en place un " comité régional
de négociations " composé par des experts et des
fonctionnaires de haut niveau et élaboré une " feuille
de route " (qui doit être reformulée pour intégrer
d'autres préoccupations de développement) pour la conduite
de négociations avec l'UE dirigée à l'ouverture
des négociations par Pascal Lamy, commissaire européen
au commerce.
Ces négociations seront basées sur une approche globale,
couvrant notamment l'approfondissement du processus d'intégration
régionale, l'amélioration de la compétitivité,
la mise à niveau des entreprises Ouest africaines et la réalisation
d'infrastructures. Le processus de négociation a été
élargi à des acteurs de la société civile
régionale, fortement représentées à Cotonou
à l'ouverture de la deuxième phase, et le secteur privé.
Au regard des profondes divergences qui subsistent encore entre les
positions des ACP et celles de l'UE sur plusieurs points, et de l'échec
de la cinquième conférence ministérielle de l'OMC
à Cancun, plusieurs experts de la CEDEAO et des membres d'organisations
de la société civile d'Afrique de l'Ouest ont exprimé
leurs inquiétudes face au déséquilibre des rapports
de force entre les deux parties et à la capacité de la
CEDEAO à laisser son empreinte sur l'issue des négociations.
" L'APE est une bonne initiative, " a laissé entendre
un expert du comité de la CEDEAO, " mais c'est la manière
dont les négociations seront menées qui nous inquiète.
Nous sommes dans un système où se sont les plus forts
qui vont toujours imposer leurs idées. Dans un tel contexte,
nous ne pouvons plus parler de négociations ".
La société civile partage les mêmes craintes. Elle
appelle les gouvernements à faire preuve de prudence tant que
les règles ne seraient pas clairement définies. Mme Bibiane
Mbaye Gahamanyi de l'ONG Enda Tiers Monde et du secrétariat de
la plate-forme de la société civile ouest africaines sur
l'Accord de Cotonou, estime qu'il est impératif pour les pays
ACP, le bloc de la CEDEAO en particulier, de rester soudés et
solidaires. Si la CEDEAO n'a pas une force commerciale significative,
elle constitue néanmoins une entité politique importante
dont il faut tenir compte.
L'objectif final des négociations des APE entre les 76 pays
ACP, répartis en groupes régionaux, et l'Union européenne
est d'établir, à l'horizon 2008, une zone de libre-échange
bâtie sur des normes compatibles avec les règles de l'OMC.
Sources : www.acpsec.org, www.ecowas.int, www.allafrica.com; AFP.