Coton africain : la France propose aux Quinze une nouvelle initiative
en faveur du coton africain
A travers un document intitulé, Non papier de la France : Pour
une initiative Européenne " Filière coton et développement
" en Afrique (Doc. n° 88/03 PROBA), la France propose aux autres
Membres de l'Union Européenne d'évoquer la problématique
du coton lors des sessions du Conseil Affaires Générales
Relations extérieures de l'Union Européenne consacrées
spécifiquement au développement dès le 18 novembre
2003.
Cette proposition qui vient à un moment où l'OMC lancent
de timides tentatives pour relancer les pourparlers agricoles bloqués
depuis Cancun, devait ensuite être examinée par le conseil
du développement de l'Union, dans le cadre d'une réunion
tenue à Bruxelles par les ministres des Affaires étrangères
des Quinze. Le " programme d'action " préparé
par la France s'appuie sur " trois axes majeurs ", "
la correction des facteurs externes de déstabilisation du marché
" (autrement dit les subventions des pays riches), " la consolidation
des filières africaines " et enfin " l'élaboration
d'un cadre permettant de répondre aux effets de la volatilité
des cours ", selon le document de présentation de la proposition
française.
Selon le gouvernement français, cette démarche qu'il
tente de faire porter à toute l'Europe est une réponse
concrète aux problèmes soulevés par " l'initiative
coton " lancée par quatre pays producteurs d'Afrique de
l'ouest et du centre (Mali, Bénin, Burkina Faso et Tchad), avant
la conférence ministérielle de l'Organisation mondiale
du commerce (OMC) à Cancun en septembre dernier. L'incapacité
des pays développés et notamment des Etats-Unis, qui subventionnent
massivement leur secteur cotonnier, à répondre aux demandes
des pays africains avait contribué à l'échec de
la conférence
Selon le document français, " l'enjeu des filières
coton en termes de développement est vital parce qu'elles concernent
2 millions de producteurs et quinze millions de personnes parmi les
plus pauvres et parce qu'elles sont très performantes, même
si leur compétitivité pourrait être menacée
par un relâchement des efforts de recherche et d'adaptation technologique
". La disparition de ces filières " aurait de graves
conséquences en termes de paupérisation des zones rurales,
renforcement de l'exode, incitation indirecte aux cultures illicites
et déstabilisation des pays concernés ", ajoute le
texte. Dans le cadre de l'OMC, le document français demande que
l'Union européenne soutienne les quatre pays producteurs africains
et fasse aboutir la réforme des subventions " par le biais
d'un découplage partiel entre les aides versées aux producteurs
et les quantités produites ".
En second lieu, il suggère de réaliser " un plan
de développement durable des zones cotonnières "
visant " la restructuration, la consolidation et le développement
des filières coton ". Il propose notamment de renforcer
" l'organisation et la représentation des producteurs et
des interprofessions, notamment en soutenant financièrement leur
entrée dans le capital des compagnies cotonnières ".
Il s'agit, dit le texte, de " promouvoir une filière coton
équitable en Afrique et les conditions d'une transformation industrielle
du coton au niveau régional ".
Le troisième volet de l'initiative consisterait à appuyer
les fonds nationaux existants de protection contre la volatilité
des cours et la création de nouveaux, à " apporter
un soutien à la mise en place d'un fonds d'assurance régional
privé pour garantir un revenu minimum aux producteurs ",
financé initialement par l'UE et d'autres bailleurs, notamment
les Etats-Unis. Paris propose enfin de mobiliser les institutions financières
internationales (FMI, Banque Mondiale, etc.) " afin de permettre
l'adaptation de leurs modalités d'intervention à la volatilité
des cours des matières premières " et de poursuive,
au bénéfice des pays producteurs, le programme d'allègement
de la dette des pays les plus pauvres en cas de dégradation de
leurs exportations par suite d'un choc d'origine externe.
*****************************************************
L'UE adopte sa stratégie de négociation post-Cancun
Dès l'échec de la Conférence ministérielle
de Cancun, l'UE s'est lancée dans un processus interne de consultations
devant mener à l'adoption d'un document de stratégie destiné
à apporter une contribution pour la relance des négociations
à l'OMC. Au terme de ce processus, un document de synthèse
a été publié le 26 novembre dernier. Il regroupe
les thèmes de négociation en 3 groupes définis
et hiérarchisés selon l'aptitude de l'Union à faire
des concessions supplémentaires. Si la Commission considère
qu'elle va faire des efforts sur certains sujets de négociation
ou que la situation actuelle permet d'aller de l'avant sur d'autres,
elle maintient que sur quelques points spécifiques - Tarifs industriels
et Services -, il appartient aux autres Membres de l'OMC de faire des
concessions pour débloquer les négociations. Par ailleurs,
elle rappelle que sa volonté de négocier ne doit pas faire
oublier l'échec de Cancun. Cette attitude entre en droite ligne
avec les déclarations faites par les commissaires européens
Lamy et Fischer qui estompent le doute européen sur l'efficacité
du multilatéralisme. Quand bien même, cet engagment pour
le renforcement du système multilatéral devra être
soutenu par une série de réformes minimales.
Le moins que l'on puisse dire est que l'UE montre de bonnes dispositions
sur un certain nombre de domaines - Thèmes de Singapour, Commerce
et Environnement et Indications Géographiques - dans lesquels
elle estime encore pouvoir faire des concessions.
Sur les thèmes de Singapour, l'UE propose une approche qui délierait
ces questions des autres domaines de négociation du cycle de
Doha. Elle considère que certains thèmes de Singapour
- voire la totalité - peuvent être négociés
sous la forme d'accords plurilatéraux qui n'engageraient que
ceux des Membres qui le souhaitent, tout en restant dans le cadre de
l'OMC. L'UE estime que chacun des thèmes de Singapour présente
des spécificités propres qui justifie son retrait du paquet
de Doha.
Sur les relations entre Commerce et environnement, la nécessité
du soutien du développement durable par le commerce est réitéré.
Mais l'accent est surtout mis sur l'engagement politique d'assurer la
cohérence entre les règles environnementales et les règles
commerciales et sur l'ouverture des marchés aux pays en développement
dans le commerce des biens et services environnementaux. Sur ce dernier
point, le renforcement des capacités des pays en développement
à travers l'assistance technique est considéré
comme une des mesures d'accompagnement.
Sur la question des Indications Géographiques, trois objectifs
principaux sont poursuivis dans la négociation avec en toile
de fond le souci du développement rural à travers le monde.
Ces 3 objectifs sont l'extension du niveau de protection qui couvre
actuellement les vins et les alcools à d'autres produits ; la
récupération d'une liste limitée d'IG utilisées
dans des pays d'où ces indications géographiques ne sont
pas originaires et la création d'un registre multilatéral
pour les IG.
Enfin, l'UE envisage de réactualiser le dossier sur les matières
premières dans le cadre de l'OMC à travers l'adoption
d'un plan d'action en début 2004.
Dans sa communication, l'UE dégage deux domaines dans lesquels
- Agriculture et Coton - elle estime que l'état actuel des propositions
et des préoccupations des différents membres permettrait
de commencer sérieusement des négociations.
D'abord, sur la question de l'Agriculture, la Commission commence par
rappeler qu'elle a consenti un certain nombre de concessions qui pourraient
faciliter la négociation, mais qui n'ont pas eu l'écho
escompté chez les partenaires (offre de réductions substantielles
dans la boîte orange incluant les subventions qui ont un réel
effet de distorsion sur les échanges et acceptation des disciplines
dans la boîte bleue).
A titre d'exemple, elle mentionner l'offre d'élimination des
subventions les plus nuisibles pour les produits les plus sensibles
des pays en développement dont aucun n'a présenté
de liste de produits pour s'en prévaloir. Par ailleurs, l'UE
estime que d'autres Membres de l'OMC, les pays en développement
dits émergents notamment, devraient suivre son exemple d'offrir
un accès sans quotas et avec franchise de droit de douane pour
les PMA pour lutter contre l'érosion continue des marges de préférences
au bénéfice de ces pays.
Ensuite, sur la question du coton, l'UE penche pour une solution spécifique
qui contiendrait trois éléments: un engagement explicite
d'accorder un accès au marché sans droits de douane ni
contingents pour les importations des pays les moins avancés;
une réduction substantielle des soutiens domestiques qui perturbent
le plus les échanges et enfin, et enfin l'élimination
des soutiens aux exportations, où la Commission inclura le coton
comme produit d'intérêt particulier aux pays en voie de
développement dans la liste des produits pour lesquels les subventions
européennes à l'exportation seront éliminées.
Mais la commission inscrit cette solution spécifique dans le
cadre des négociations agricoles à l'OMC ; ce qui semble
aller dans le sens contraire des exigences des pays africains signataires
de l'initiative sectorielle sur le coton. En outre, l'UE continue de
mettre l'accent sur le rôle des autres organisations internationales
compétentes pour soutenir la modernisation et la restructuration
du secteur du coton dans les PMA. Ce raisonnement est dès fois
perçu par les défenseurs de l'initiative comme une tentative
de négation de l'impact réel des subventions sur la crise
du coton.
Plus critique à l'endroit des autres Membres, l'UE estime que
dans deux domaines précisément - les tarifs industriels
et les services - ceux ci doivent aller dans le sens de faire des concessions
supplémentaires pour rester fidèle aux prescriptions du
mandat de Doha.
Sur les tarifs industriels, l'UE estime que les propositions présentées
à Cancun pour la diminution des droits de douane, sous formes
d'exception et d'exclusions de réductions tarifaires, "
auraient abouti à un degré très faible d'engagements
" de la part des pays en développement dont ce secteur représente
70% des exportations. L'UE s'estime donc en droit d'attendre un niveau
d'engagement plus élevé. En outre, elle maintient sa proposition
de " réduire les droits de douanes selon une formule unique,
pour s'attaquer aux pics tarifaires et escalades tarifaires, et négocier
des réductions réciproques approfondies pour le textile
et les vêtements aussi proche de zéro que possible. "
Sur le commerce des services, la Commission attend un peu plus d'engagement
de la part des pays développés. Elle s'attend encore à
une prise explicite d'engagement pour mettre aux négociations
sur les services de vraiment démarrer. Pour mieux stigmatiser
sa position d'avant garde sur la question, elle réitère
sa proposition pour l'ouverture des échanges de services "
notamment ceux d'intérêt particulier pour les pays en développement
tels que l'entrée temporaire de prestataires de services (mode
4).
Sources : http://europa.eu.int/
*****************************************************
UEMOA : Les ministres de l'agriculture et du Commerce se concertent
sur les négociations post-Cancun
Les Ministres chargés du Commerce et de l'Agriculture des États
membres de l'Union Économique et Monétaire Ouest Africaine
(UEMOA), réunis le 21 novembre 2003, à Ouagadougou, au
Burkina Faso, à l'initiative de la Commission de l'Union Économique
et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA), ont tenu une concertation
régionale sur les négociations post Cancun, en vue de
définir une stratégie régionale de défense
des positions communes de l'Union.
L'objectif primordial était d'assurer la coordination des positions
de négociations des États membres de l'UEMOA sur les questions
en discussion au sein de l'OMC après Cancun, en vue de leur participation
efficiente et efficace aux négociations et leur insertion au
système commercial multilatéral pour tirer pleinement
avantage du processus de négociations post Cancun. A cet égard,
les pays membres insistent sur le fait que les questions de développement
restent leur priorité dans les discussions.
Les ministres ont dégagés des positions communes sur
un certain nombre de points de négociations :
Agriculture : En raison de la part prépondérante qu'occupe
le secteur de l'agriculture dans l'économie des États
membres de l'UEMOA, avec près de 70% de la population active,
les pays membres estiment que les négociations sur ce thème
doivent faire l'objet d'une attention toute particulière de l'UEMOA.
A cet effet, les négociations sur l'agriculture doivent viser
à établir un système commercial multilatéral
équitable et évoluer vers les objectifs suivants :
- la réduction substantielle des niveaux des droits applicables
aux produits agricoles;
- le libre accès de tous les produits agricoles originaires des
pays en développement et des pays les moins avancés aux
marchés des pays développés ;
- la réduction substantielle des mesures de soutien interne visant
à promouvoir la production agricole et pouvant créer des
distorsions sur le marché ;
- l'examen critique de l'utilisation des mesures de la "boîte
verte" et de la "boîte bleue", en vue d'en limiter
l'utilisation abusive ;
- l'élimination des subventions à l'exportation ;
- l'appui au développement du secteur agricole dans les pays
en développement en général et les PMA en particulier.
Coton : En ce qui concerne l'initiative sectorielle sur le coton, les
Etats membres insistent sur la nécessité de traiter cette
question de manière spécifique, en dehors des négociations
agricoles et sur celle de trouver des solutions idoines relatives à
la mise en place d'un système de réduction des soutiens
à la production cotonnière en vue de leur élimination
totale. Ils réaffirment la nécessité de mesures
transitoires en faveur des pays en développement africains producteurs
de coton, notamment par la mise en place d'un mécanisme de compensation
des pertes de revenus liées aux pratiques de subventions des
pays développés.
Outre ces actions visant à assainir le fonctionnement du marché
mondial du coton, l'UEMOA se fixe comme objectif d'assurer, avec l'appui
des partenaires bilatéraux et multilatéraux, la transformation
d'au moins 25% du coton produit dans la zone, à l'horizon 2010.
Sur la question de l'accès aux marchés pour les produits
non agricoles, les Etats membres soulignent l'urgence de parvenir à
un accord sur les modalités visant la réduction des crêtes
tarifaires, la progressivité des droits et l'élimination
des obstacles non tarifaires.
En ce qui concerne les "questions de Singapour", les pays
membres affirment rester solidaires de la position de l'Alliance tripartite
Afrique, Caraïbes et Pacifique (ACP), Union Africaine (UA) et Pays
les Moins Avancés (PMA), à savoir différer le lancement
des négociations sur ces questions et demander aux groupes de
travail concernés de continuer leurs travaux de clarification.
Prenant en compte le statut des États membres de l'UEMOA, ceux-ci
restent favorables au maintien du principe du traitement spécial
et différencié en faveur des pays en développement
et des PMA et proposent l'adoption d'un protocole pour la mise en uvre
effective des engagements pris à ce titre par les pays développés
membres de l'OMC.
Sources : www.uemoa.int