De
Dakar à Kigali, les pays africains assouplissent leur discours
et affirment leur volonté de relancer les négociations
multilatérales
Plus de 78 Ministres
du Commerce et hauts représentants des pays moins avancés
se sont réunis à Dakar, du 4 au 5 mai 2004, dans le but
de discuter des moyens de relancer les négociations commerciales
dans l'impasse depuis l'échec de la cinquième conférence
ministérielle de l'OMC à Cancun. Trois semaines plus tard,
les Ministres du commerce des Etats Membres de l'Union Africaine (UA)
se sont réunis à Kigali, au Rwanda les 27 et 28 Mai derniers.
Ils ont dans la même veine souligné l'urgence de débloquer
les négociations à l'OMC et considèrent le Conseil
Général de juillet prochain comme l'étape cruciale
devant mener à l'aboutissement du travail de Doha. Trente quatre
des 49 PMA sont des pays d'Afrique, et la plupart des Membres de l'UA
sont des pays en développement qui oeuvrent pour plus de flexibilité
dans les négociations commerciales. Ce n'est donc pas un hasard
si, globalement, ce sont les même préoccupations qui reviennent.
Lors de ces deux
rencontres, les discussions se sont focalisées principalement
sur les sujets tels que l'Agriculture, l'initiative sur le coton, l'accès
aux marchés des produits non agricoles, les questions de Singapour,
les questions de développement, les services etc.
Ouvrant la réunion
de Dakar, la Ministre du commerce du Sénégal a affirmé
que celle-ci permettra aux PMA de faire des propositions concrètes,
en tant que force de négociation, sur les sujets clé actuellement
en discussion à l'OMC, en se basant sur la Déclaration
de Dhaka pour les PMA et sur le texte de Derbez, retenu comme base de
relance des négociations post-Cancun.
A sa suite, le Ministre
tanzanien du Commerce, en sa qualité de porte parole du Groupe
des PMA à Genève, s'est félicité de la tenue
à Dakar de cette rencontre qui consolide l'alliance entre les
PMA, notée depuis 2001 suite à la réunion de Zanzibar
où ils avaient élaboré une plate-forme commune
contre leur marginalisation dans le système commercial. Il est
revenu sur la nécessité de lever les contraintes qui empêchent
les empêchaient de profiter réellement des opportunités
du système commercial. A son avis, le cas du coton est l'exemple
le plus édifiant des injustices vécues par les PMA face
aux maintiens des subventions et des mesures de soutien internes de
certains pays développés, dont les effets de distorsions
ne sont plus à démontrer. A Kigali aussi, cette question
a été abordée. Le consensus demeure sur la substance
de la demande des pays africains producteurs de coton. Aussi bien les
PMA que les Membres de l'UA continuent de se focaliser sur les deux
points essentiels : l'élimination totale des subventions à
l'exportation sur une période de trois ans, ainsi que celle des
soutiens internes liés à la production sur quatre ans,
le tout à partir du 1er janvier 2005 ; et la mise en place d'un
Fonds de soutien à la filière Coton. En plus, l'accent
est mis sur la mise en uvre des décisions de la rencontre
de Cotonou des 23 et 24 Mai derniers, notamment les aspects liés
aux développement, sans oublier que l'essence de la question
restant liée au commerce, un solution devrait aussi être
trouvée à l'OMC.
L'agriculture
en vedette
Pour une réunion
destinée à offrir aux PMA une occasion de passer en revue
leurs positions Pré-Cancun, de faire le bilan des pourparlers
commerciaux depuis l'échec de Cancun et de convenir, s'il y a
lieu, de nouvelles propositions pour contribuer à la relance
des négociations, en toute souveraineté, la réunion
de Dakar a, du fait de la présence et de la place du négociateur
européen Pascal Lamy, tourné à un dialogue entre
l'UE et les PMA. Même si, comme à son habitude, Lamy n'a
occupé les devants de la scène des PMA qu'au premier jour
de la réunion, cela a suffi à mettre le ver dans le fruit
pour le reste des discussions et à influencer, peut-être
à leur insu, les positions des ministres réunis à
Dakar.
C'est assurément
dans le volet agricole que les propositions du Commissaire européen
ont le plus retenu l'attention. Il a ainsi rappelé qu'en ce qui
concerne les subventions à l'exportation, une proposition substantielle
a été faite par l'Union Européenne en vue d'éliminer
les subventions à l'exportation sur une liste de produits d'intérêt
pour les pays en développement. L'UE a t-il affirmé est
même prête à aller beaucoup plus loin en mettant
sur la table l'ensemble des subventions à l'exportation, à
condition que les autres membres de l'OMC en fassent autant. Sur le
soutien interne, l'Union est disposée à réduire
fortement ses soutiens, à condition d'être suivi notamment
par les Etats Unis. Le même état d'esprit sous-tend aussi
les positions de l'UE sur l'accès aux marchés, où
Lamy a rappelé la mise en place depuis 2001 de l'initiative "
Tout sauf les armes " qui permet un accès illimité
sans aucune restriction quantitative, ni droits de douanes aux produits
en provenance des PMA, à l'exception des armes.
" Si j'étais
vous, je prendrais le train qui est parti plutôt que celui resté
à quai ". Telle est la formule anecdotique, mais, révélatrice
que Lamy a choisie pour donner ses précieux " Conseils "
au Ministres des PMA sur le dossier coton. D'après lui, les PMA,
les promoteurs de l'initiative sectorielle sur le coton en particulier,
gagneraient à concentrer leurs efforts sur l'agriculture , où
le coton ne serait qu'un élément parmi d'autres, afin
de profiter des avancées sur ce dossier qui " bouge ".
Cet étonnant conseil a d'ailleurs amené un des experts
des PMA à se demander si Pascal Lamy parle des mêmes négociations
agricoles que celles qui ont cours à l'OMC lorsqu'il postule
que les choses bougent dans ce domaine. Selon cette source, bien au
faite des négociations, il n'existe à ce jour aucun progrès
sérieux sur les négociations sur l'agriculture qui pourrait
décrisper les pourparlers. Et ce n'est certainement pas la proposition,
encore au conditionnel, de l'Union européenne de supprimer ses
subventions à l'exportation qui pourrait donner le déclic.
Accordant à
la question agricole une place importante à Kigali, les pays
africains ont pour leur part fait du traitement spécial et différencié
leur maître-mot. S'ils veulent relancer les négociations
commerciales, ils insistent beaucoup sur la vulnérabilité
de leur économie et la nécessité de dispositions
spécifiques les concernant. Ainsi, les modalités des négociations
sur l'agriculture doivent tenir pleinement compte des besoins en matière
en matière de développement et des préoccupations
de l'Afrique, en y incluant des mesures de traitement spécial
et différencié appropriées comme le stipule l'article
9.4 de l'Accord sur l'Agriculture. Ces négociations devraient
alors aménager un espace politique qui permettrait aux pays africains
de poursuivre leurs politiques agricoles qui répondent à
leurs objectifs de développement, à leurs stratégies
de réduction de la pauvreté, à leurs préoccupations
en matière de sécurité alimentaire et de moyens
de subsistance. Les ministres africains disent aussi leur préoccupations,
dans le domaine de l'accès aux marchés, sur de la formule
mixte telle qu'énoncée dans le texte de Derbez. Ils préconisent
que la formule de réduction tarifaire qui sera agréée
devrait tenir pleinement compte des besoins et préoccupations
des pays africains en matière de développement. Faisant
ressortir une vielle revendication, l'accent a été aussi
mis sur le problème de la permutation entre les boîtes
distinguant les aides et subventions versées par les Etats à
leur agriculteurs. Il est ainsi demandé aux Membres de l'OMC
de mettre en place un mécanisme permanent faisant partie du Cadre
Global pour empêcher les transferts de subventions entre les catégories
au détriment des agriculteurs des pays du sud.
Compromis et
flexibilité : les maître-mots de la démarche des
pays africains
Tout comme les autres
participants, le Directeur général de l'OMC, a souhaité
que la déclaration de Dakar reflète les priorités
des PMA, tout en les invitant à faire preuve de souplesse sur
leur position afin de contribuer à la relance des négociations.
Une souplesse poussée peut être trop loin selon certains
observateurs, qui a amené les PMA à adopter le texte de
Derbez comme base de relance des négociations et à lâcher
du lest sur les thèmes de Singapour. Au lieu d'insister sur un
strict parallélisme entre les efforts faits par les PMA et ceux
des autres, les Ministres ont pris Lamy et d'autres au mot et se sont
" déshabillés " les premiers - pour reprendre
le reproche fait à Lamy par le ministre français de l'agriculture-.
"Les choses sont en train de se débloquer", a estimé
Alain Raharijaoua, expert et conseiller du ministre du Commerce de Madagascar.
Les PMA ont décidé d'être plus flexibles, d'agir
avec plus de souplesse en réponse aux efforts consentis par l'Union
européenne et les Etats-Unis. De plus, "nous sommes presque
à la fin du programme de Doha et on a encore rien fait".
Et d'ajouter: "On a vu que l'UE et les Etats-Unis sont fait des
concessions, à nous, PMA et membres du G 90 de faire des efforts."
Une chose est sûre, c'est que "maintenant on va pouvoir avancer,
ce que l'on ne pouvait pas dire il y a encore deux mois".
C'est dans le domaine des thèmes de Singapour que la flexibilité
des PMA se manifeste le plus clairement. En décidant d'aborder
la facilitation des échanges, les PMA assouplissent une position
farouchement défendue avant et à Cancun qui consistait
à refuser l'ouverture des négociations sur l'ensemble
des quatre thèmes de Singapour ( voir article sur les thèmes
de Singapour). Une position qu'ils avaient partagée avec les
pays de l'Union africaine et les pays ACP dans le cadre du G-90. Bien
que confirmant cette concession de taille, le Consensus de Kigali tient
à rappeler les inquiétudes africaines à l'origine
de leur appréhension sur les thèmes de Singapour. Ils
se disent préoccupés par leurs conséquences potentiellement
graves sur leurs économies ; et bien que disposés à
s'engager sur l'élaboration d'un programme de travail plus focalisé
et précis au sujet de la question de la facilitation des échanges,
ils continuent de poser comme condition la clarification d'un certain
nombre de questions par consensus explicite, avant de convenir des modalités
de négociations. Il s'agit notamment de la nécessité
d'éliminer les contraintes liées aux ressources et à
la capacité des pays en développement, du coût de
la mise en uvre des nouvelles règles, de la question de
savoir comment et qui va assumer le coût. Il est également
nécessaire d'avoir des éclaircissements sur la validité
d'application du mécanisme de règlement des différends
et si les nouvelles règles sont contraignantes ou pas.
Le traitement Spécial et Différencié comme fil
conducteur de la rencontre de Kigali
De par sa transversalité,
c'est le thème qui est le plus revenu dans les discussions à
Kigali. En plus de préoccupations spécifiques qui lui
sont liées, des dispositions qui ont été prises
dans les autres domaines de négociation l'invoquent régulièrement
pour mieux assurer l'intégration des pays africains dans le système
commercial. Les ministres s'inquiètent de l'absence de progrès
tangibles sur cette question et du respect du mandat de Doha. Ils aimeraient
que toutes les questions relatives aux dispositions du traitement spécial
et différencié, qui doivent être rendues plus précises,
efficaces et opérationnelles, se déroulent en session
extraordinaire du Comité sur le commerce et le Développement.
Par ailleurs, sur
les problèmes d'accès aux marchés pour les produits
non agricoles, les propositions contenues dans le texte de Derbez constituent
des sources de préoccupation sérieuses, en ce qu'elles
sont en contradiction avec le principe de la réciprocité
moins que totale, tel qu'énoncé dans la déclaration
de Doha. Pour éviter ou amoindrir les risques liées à
la crise de désindustrialisation, il doit être tenu constamment
en compte les besoins de flexibilité des pays africains par l'application
d'un traitement spécial et différencié quelque
soit la formule qui sera adoptée à l'OMC. En définitive,
le cadre qui doit être adopté doit être tel que les
barrières non tarifaires ne réduiront pas à néant
les opportunités d'accès aux marchés pour les exportations
africaines.
De même, dans
le domaine des services, les participants à la rencontre se désolent
qu'aucun pays africain n'a soumis d'offres durant la phase actuelle
des négociation. Ils optent pour le respect du principe de libéralisation
progressive tel qu'énoncé dans l'AGCS et préconisent
une place plus prépondérante pour les secteurs et les
modes d'exportations qui intéressent africains, en particulier
la question de la libre circulation des personnes (mode 4).
Tout en appelant
à l'organisation d'une réunion internationale, dans les
meilleurs délais, regroupant les PMA et l'ensemble des partenaires
au développement, en vue de la mise en place d'un dispositif
efficace de suivi de la mise en uvre des programmes du Cadre Intégré,
les pays africains réunis à Kigali réaffirment
aussi la requête faite depuis longtemps par l'Union Africaine
pour l'obtention de statut d'observateur permanent, compte tenu de son
mandat en matière de politique commerciale. Cette requête
devrait être traitée d'une manière prioritaire par
l'adoption d'une décision urgente du Conseil général
de l'OMC.
********************************************
ACP/UE : Une
série de décisions sur les négociations commerciales
sur les APE et à OMC
Au début
du mois ( les 4, 5, 6 et 7 mai), les pays ACP se sont retrouvés
à Gaborone au Botswana dans le cadre de réunions de haut
niveau : le Conseil des ministres ACP et la Conseil des ministres UE/ACP.
Ces rencontres ont permis de prendre un certain nombre de décisions
sur les négociations commerciales concernant l'OMC et les APE
ainsi que sur des thèmes spécifiques comme les normes
sanitaires. Il a aussi été beaucoup question de l'actualité
de l'élargissement de l'UE.
Les 4 et 5 Mai,
s'est tenue le Conseil des ministres ACP Pour le renforcement de la
stratégie ACP en vue de la révision de l'Accord de Cotonou
et des négociations des APE et à l'OMC.
Les ministres ont affirmés que la solidarité entre les
différents pays ACP doit être le maître mot dans
leur stratégie de négociations commerciales aussi bien
avec l'UE que dans le contexte de l'OMC.
Aussi, la révision
de l'Accord de Cotonou à l'ordre du jour, ne doit pas simplement
être une simple renégociation, mais intégrer les
aspects de développement qui doivent être présents
tout au long du processus. Cela étant, ils ont approuvé
le calendrier et la structure des négociations qui se conduiront
à trois niveaux : ministériel, ambassadorial et technique.
Sur la négociation
des Accords de partenariat économique, le ministres ACP ont réaffirmé
leur volonté de se focaliser sur des points liés à
la première phase Tous ACP. Les négociations de cette
première phase doivent être englobées dans quatre
questions d'une grande acuité. Ce sont les questions liées
au commerce (à l'exclusion des questions de Singapour), les règles
d'origine, le règlement des différends et la clause de
non-exécution. En outre, les ministres ACP veulent dénier
toute possibilité de lien entre les APE en négociation
et les dispositions de l'Accord de Cotonou relatives aux consultations
politiques et aux sanctions y afférentes. Enfin, le problème
des Etats ACP non PMA qui ne sont pas en mesure de conclure des accords
de partenariat est revenu sur la table. Les ministres ACP ont demandé
le report à 2006 de l'examen de leur situation.
Sur l'évolution
du Programme de travail de Doha à l'OMC, la volonté de
faire face aux exigences de la situation post-Cancun postule que les
stratégies déjà mises en place soient affinées.
Pour ce faire, un programme exécutoire à moyen terme a
été entériné. Il s'articule autour des points
suivants: la tenue de deux réunions du G 90 sous l'initiative
de la Guyane et de Maurice, qui se tiendront respectivement en juin
et juillet 2004 ; la présentation des points de vue ACP à
la prochaine session de la CNUCED en juillet 2004 ; et la tenue d'une
réunion extraordinaire des Ministres du Commerce ACP avant la
prochaine session du Conseil général de l'OMC.
Les ministres ont
par ailleurs délibéré sur la problématique
des normes sanitaires et de l'accès de leurs produits aux marchés
européens. Ils ne voudraient pas que les normes sanitaires soient
transformées en des barrières non tarifaires dans le cadre
d'un protectionnisme déguisé. Ils ont ainsi, sous la forme
d'une décision, prévu de demander un programme d'aide
aux producteurs de café, de cacao et d'arachide par le biais
d'une assistance technique et financière à l'UE.
A la suite de leur
réunion interne, les ministres ACP ont rencontré dès
le lendemain leurs homologues de l'UE. Ils leur ont présenté
leurs positions sur des questions cruciales pour la coopération,
questions sur lesquelles divergent les analyses des deux parties sur
conclusions et résolutions prises la veille et liées aux
APE. Mais ils ont surtout fait état de leur préoccupation
en ce qui concerne l'élargissement de l'UE.
Le Conseil conjoint
s'est penché sur la situation des produits de base - sucre, riz,
banane et coton - dont chacun constitue parfois la ressource la plus
importante pour certains pays ACP. Ce fut l'occasion pour les ministres
ACP de poser le problème de l'érosion des avantages qui
leur sont conférés par l'Union et demandent une intervention
plus énergique. Dans la même veine, ils considèrent
que l'élargissement de l'Union ne constitue pas seulement une
opportunité d'un marché plus large avec plus de partenaires
avec qui coopérer, mais un risque que l'aide au développement
qui sera accordée aux nouveaux Membres soit ponctionnée
dans la part qui leur était jusque là réservée.
En conclusion, les
Ministres ACP insistent sur l'imbrication des différentes négociations
commerciales et estiment que leurs pays ne peuvent pas continuer à
prendre à l'OMC des engagements qu'ils ne pourront pas respecter
et qu'ils ont besoin de plus de temps pour renforcer leurs capacités
et pouvoir vraiment insérer sans à-coup le commerce global.
Sources : www.acpsec.org
********************************************
Le point sur
les OGM en Afrique: Des brèches qui s'élargissent
Un certain nombre
de faits récents ont mis en évidence les défis
sérieux auxquels les pays africains continuent d'être confrontés
en ce qui concerne l'adoption de la biotechnologie dans le continent.
Si certains pays tels que le Nigeria sont en train de se frayer un chemin
dans le développement de ce secteur, d'autres gouvernements et
groupes sont hésitants. La sécurité sanitaire,
la santé, la sécurité alimentaire, l'environnement,
les besoins réglementaires et les préoccupations des ONG
figurent au nombre des considérations dont les gouvernements
doivent tenir compte pour décider d'adopter ou non de telles
technologies et comment le faire.
Réglementation
des produits contenant des OGM au Botswana : une bataille difficile
?
Un atelier organisé
le 28 avril par le ministère de l'Agriculture du Botswana a révélé
qu'arriver à élaborer un cadre pour la réglementation
des OGM pourrait être une tâche ardue. Les représentant
de Biotechnology Alliance de la Namibie - un des pays à un stade
avancé de la formulation d'un cadre - ont noté que la
mise en place du cadre nécessitait souvent que l'on procède
par tâtonnements. Les problèmes mentionnés lors
de l'atelier comprenaient les suivants : la révision des lois
en vigueur ; la question de savoir si une nouvelle législation
sur les importations et le commerce était nécessaire ;
et les contrôles fragmentés disséminés dans
différents ministères à travers le pays. D'autres
participants ont noté des difficultés dans la surveillance
des produits alimentaires qui passent les frontières, en raison
du grand besoin de produits alimentaires dans un continent souvent soumis
à des pénuries alimentaires graves et à la famine.
Tout en citant les opportunités qu'offrent les cultures OGM,
par exemple un rendement durable accru, le Dr Mmasera Manthe-Tsuaneng,
coordinateur national de la prévention des risques biotechnologiques
au Botswana, a également expliqué les menaces qu'elles
présentent : " Les conséquences socio-économiques
sont potentiellement graves, par exemple, le remplacement des cultures
de rente et la perturbation des systèmes agricoles à petite
échelle qui sont courants dans des pays en développement
tels que le Botswana. " Le Botswana a ratifié le Protocole
de Carthagène sur la prévention des risques biotechnologiques,
qui requiert des pays qu'ils mettent en uvre les cadres nécessaires
pour la prévention des risques biotechnologiques.
Le gouvernement
nigérian appuie une initiative sur la biotechnologie
Dans un Mémorandum
d'accord signé le 3 mai, l'USAID (US Agency for International
Development) a promis de fournir 2,1 millions de dollars US (près
de 380 millions de nairas) pendant trois ans pour appuyer le Projet
NABP (Nigeria Agriculture Biotechnology Project) et le réseau
WABNET (West African Biotechnology Network). Le gouvernement nigérian,
l'Institut international de l'agriculture tropicale (IIAT) et l'USAID
appuient conjointement cette initiative de biotechnologie. Selon le
ministre des sciences et de la technologie nigérian, le professeur
Turner Isoun, le projet encouragera la croissance économique
et l'utilisation durable des ressources naturelles et favorisera la
santé, le développement environnemental, industriel et
agricole dans la sous-région africaine. Rick Roberts, chargé
d'Affaires à l'ambassade américaine au Nigeria, a également
mis l'accent sur les avantages pour le Nigeria : " Le rendement
à la fois des cultures de niébé et de manioc pourrait
plus que doubler grâce au développement de variétés
résistantes aux insectes et aux maladies. " Toutefois, Environmental
Rights Action of Nigeria (ERAN), la branche nigériane de Friends
of the Earth International, a critiqué ce projet qu'il qualifie
de " néo-colonial ", en soutenant qu'il menace d'éroder
la souveraineté alimentaire et de priver les Nigérians
du droit à une alimentation sûre. " [Les organismes
génétiquement modifiés (OGM)] ont des impacts environnementaux,
économiques, culturels, éthiques, politiques et sanitaires
négatifs potentiels " a déclaré Doifie Ola,
porte-parole d'ERAN. Il a ajouté que l'Afrique était en
train de devenir une décharge pour les produits rejetés
ailleurs, avec l'industrie biotechnologique et les gouvernements qui
" poussent " certains produits vers l'Afrique, sans égard
pour la prévention des risques biotechnologiques et les modes
de subsistance des Africains.
Des ONG africaines
font part de leur préoccupation aux donateurs d'aide alimentaire
Le 4 mai, plus de
60 ONG de 15 pays africains ont envoyé une lettre au Programme
alimentaire mondial (PAM) et à l'USAID pour faire part de leur
préoccupation concernant le fait que l'Angola et le Soudan s'étaient
vus refuser le droit de choisir d'accepter ou non une aide alimentaire
contenant des OGM. Selon les ONG, des pressions peu appropriées
avaient été exercées sur les gouvernements pour
qu'ils lèvent les restrictions sur l'aide alimentaire contenant
des OGM. A la suite des recommandations du comité consultatif
de la SADC (Southern African Development Community) en matière
de biotechnologie et de prévention des risques biotechnologiques,
l'Angola avait fixé comme condition à l'importation d'aide
alimentaire génétiquement modifié que les céréales
soient moulues avant leur entrée. Les ONG prétendent que
le PAM avait averti l'Angola que l'aide alimentaire serait réduite
si ce pays continuait à insister sur une telle exigence. En réponse
à la lettre, le PAM a réfuté cela. " Nous
avons informé le gouvernement de l'Angola que s'il insistait
pour que tous les produits alimentaires contenant des OGM soient moulus,
le processus de livraison serait retardé parce que l'Angola n'a
pas la capacité de moudre de grandes quantités de céréales
Il faudrait moudre les céréales à l'étranger
et nous aurions à trouver quelqu'un pour payer " a commenté
Michael Huggins, porte-parole régional du PAM pour l'Afrique
australe. En outre, les ONG soutiennent que l'USAID a totalement supprimé
l'aide alimentaire au Soudan en réaction au fait que ce pays
avait exigé que l'aide alimentaire soit certifiée sans
OGM. Huggins a rejeté ces allégations, en notant que "
Le gouvernement américain vient de faire des dons de 33.000 tonnes
métriques d'aide alimentaire à ce pays ". Dans un
rapport du 4 mai, Earthlife Africa, ERA, GRAIN et SafeAge mettent en
exergue des alternatives sans OGM aux niveaux national, régional
et international, que les donateurs devraient mettre à la disposition
du Soudan et de l'Angola.