ACP-UE
: les Etats ACP fournisseurs de sucre s'attaquent aux arguments avancés
par la Commission européenne en vue de la réforme du protocole
sucre
Alors que l'Union européenne tente de mettre en place un mécanisme
pour la réforme de son régime sucrier, sous le coup d'une
condamnation par un panel de l'OMC, suite à une plainte du Brésil,
les pays ACP fournisseurs de sucre sont montés au créneau
pour défendre le protocole dont une réforme brutale pourrait
avoir des effets dévastateurs pour leurs économies.
Lors d'une réunion tenue à Bruxelles du 4 au 6 octobre
dernier, avec pour objectif de s'entendre sur les meilleurs arguments
à opposer aux propositions de la commission, mises sur la table
le 14 juillet 2004, les Etats ACP fournisseurs de sucre présents
ont été unanimes à reconnaître que si ces
propositions devaient être adoptées telles qu'elles sont
actuellement, elles présenteraient de graves menaces sur les
industries ACP et, en conséquences, sur le tissu socio-économique.
Le protocole sucre est une composante essentielle du régime communautaire
du sucre et un élément majeur de la convention de Lomé,
signé avec 16 Etats ACP, qui stipule que l'UE pourra importer
1,3 millions de tonnes de sucre par année, à des prix
très proches des prix élevés reçus par les
fermiers producteurs de sucre de betteraves. Ce protocole est un accord
commercial préférentiel qui lie depuis longtemps les ACP
et la Communauté européenne. Les ACP qui disent s'être
pleinement et scrupuleusement acquittés de leurs obligations
au titre de ce protocole attendent en retour de l'UE qu'elle continue
à remplir les siennes dans ce même cadre.
Selon les représentants ACP présents à la réunion
de Bruxelles, " l'industrie sucrière joue un rôle
multifonctionnel dans les pays ACP. Elle offre une grande diversité
d'avantages directs et indirects et les possibilités de diversification
par l'introduction de cultures autres que le sucre sont très
limitées ". C'est pourquoi, conscients que seules une réduction
des coûts et une modernisation de l'industrie sucrière
peut améliorer la compétitivité de ce secteur,
ces Etats ont entrepris des réformes intensifs. Ils reconnaissent
toutefois que la durabilité de ces réformes dépend,
pour une large part, du " maintien de recettes stables et prévisibles
et des prix rémunérateurs".
Les pays ACP fournisseurs de sucre considèrent leur démarche
comme étant d'autant plus légitime que les préférences
dont ils revendiquent le maintien sont reconnues non seulement dans
le cadre des accords bilatéraux EU-ACP, mais aussi par leurs
partenaires au niveau multilatéral. L'accord-cadre de l'OMC du
1er août dernier prend en effet pleinement acte de l'importance
des préférences commerciales tout en inscrivant la question
de leur examen dans le calendrier multilatéral. De plus, "
aux termes de l'accord-cadre d'août 2004, les membres de l'OMC
peuvent désigner les produits sensibles pour lesquels les engagements
de réduction tarifaire seront moins importants. Dans ce cas,
aucune obligation ne découlerait des négociations à
l'OMC en matière de réduction draconienne et immédiate
des prix, comme le propose la Commission. Les ACP considèrent
que d'ici 2008, la situation dans le secteur international du sucre
sera plus claire et que, par conséquent, il n'est pas nécessaire
que la réforme commence avant 2008 ".
La stratégie adoptée par les pays ACP semble se limiter,
pour l'heure, à appeler la Commission européenne à
respecter ses engagements. Le niveau de réduction des prix et
les délais pour l'entrée ne vigueur et le démantèlement
du mécanisme d'intervention sont jugés, d'une part non
conformes aux obligations énoncées dans le protocole relatif
au sucre, et d'autre part comme une négation du rôle multifonctionnel
du sucre dans les pays ACP. L'impact d'une réforme brutale qui
ne tiendrait pas compte de cet aspect aurait des conséquences
graves sur l'emploi, l'investissement, le développement rural,
la sécurité alimentaire et la protection et la préservation
de l'environnement etc.
La commission européenne estime elle-même qu'une baisse
de 25% du prix du sucre européen entraînerait pour les
exportateurs ACP une perte de revenu d'environ 250 millions d'euros
par an. Conscients de cela, les pays ACP, soutenus par le G 90, avaient,
en juillet dernier, émis l'idée d'une compensation totale
à la baisse des prix garantis de l'UE et des mesures de sauvegarde
pour leurs exportations de sucre. Ils ont réaffirmé en
octobre qu'une éventuelle baisse des prix doit être entièrement
compensée selon un mécanisme de décaissement automatique
et prévisible. Ces décaissements de fonds devraient s'effectuer
selon une méthode simple, et devraient intervenir en temps et
être récurrents.
Les ACP et les PMA déplorent le fait que la Commission ait ignoré
la proposition présentée le 3 mars 2004 dans laquelle
les PMA demandaient une adaptation de l'Initiative TSA par le biais
d'un accès accru sous forme d'un deuxième quota valable
jusqu'en 2016, en lieu et place d'un accès en exemption de quotas.
Les PMA sont d'avis qu'il est essentiel de maintenir un marché
administré d'une manière harmonieuse de façon à
assurer un prix garanti élevé et rémunérateur.
En l'absence d'une telle approche, les propositions de la Commission
ne profiteront qu'aux utilisateurs industriels de sucre dans l'UE et
aux grands exportateurs de plusieurs produits de base.
Sources : notes ICTSD, ACP (www.acpsec.org).
********************************************
Réunion
à Harare d'experts de l'Afrique australe sur les biotechnologies
Dans le but de discuter de la problématique des biotechnologies,
de ses bénéfices, des risques encourus et des questions
éthiques qu'elles soulèvent, les pays africains se sont
regroupés depuis 2003 sous la bannière de l'"African
Policy Dialogues on Biotechnology ". Coordonnée par le NEPAD
et l'International Food Policy Research Institute(IFPRI), en collaboration
avec le Food, Agriculture and Natual Resources Policy Analysis Network
(FARNPAN), cette plate-forme d'experts organise, entre autres activités,
des réunions où se discutent les problématiques
évoquées précédemment dans le but de développer
une stratégie commune sur les biotechnologies. La première
de ces réunions s'est déroulée à Johannesburg
les 25 et 26 avril 2003. La seconde eut lieu il y a quelques semaines
à Harare (Zimbabwe) du 20 au 22 septembre 2004, rassemblant des
représentants de toute l'Afrique australe. Si ceux-ci ont réitérés
leur volonté de développer une approche commune sur les
biotechnologies, les opinions ont fortement divergé sur la potentialité
des OGM à résoudre le problème de la faim sur le
continent africain.
Dans son discours d'ouverture, le Dr Olivia Muchena, Ministre du Zimbabwe
pour la Science et le Développement technologique a relevé
ces différentes sensibilités concernant les biotechnologies,
qu'elles soient économiques, sociales ou écologiques.
Elle a ajouté que " les découvertes scientifiques,
génétiques et moléculaires, élargissent
le champ des solutions pour éliminer la pauvreté, augmenter
leurs revenus, vivre plus longtemps, être en bonne santé,
avoir un standard de vie élevé, participer plus activement
à la vie communautaire et mener des vies plus créatives.
" Dans le même temps, le Dr Muchena a tenu a ajouter que
les partisans de ces technologies avaient souvent exagéré
ses avantages pour les raisons économiques, politiques et sociales.
" Nous savons que la pauvreté et la faim sont causées
par plusieurs facteurs économiques, sociaux et politiques. On
ne peut réduire les causes de la pauvreté à un
manque de développement technologique. " a-t-elle ajouté.
Le scepticisme sur les biotechnologies s'est pleinement exprimé
à Harare. Il se retrouve par exemple dans les propos de Joshua
Mpinga de Zambie : " Nous devons être sur nos gardes en permanence
contre de nouvelles formes d'exploitation (
) la biotechnologie
est simplement une autre manière pour certains de s'enrichir,
et de nous rendre plus dépendants. Si les Européens et
les Américains veulent se battre pour les bénéfices
liés aux biotechnologies, ils ne doivent pas nous utiliser comme
champ de bataille. " Dans le même ordre d'idées, un
membre de l'organisation écologique " Friends of the Earth
" rajoute : " contrairement aux promesses des sociétés
de biotechnologie, la réalité de ces 10 dernières
années montre que la sécurité des produits génétiquement
modifiés ne peut être assurée, qu'ils ne sont ni
meilleurs marchés ni de meilleure qualité et qu'ils ne
sont pas la solution miracle pour résoudre le problème
de la faim dans le monde ".
Joseph Mugabe, Secrétaire Exécutif du Forum Science et
Technologie du NEPAD a appelé les gouvernements africains à
augmenter leur part du budget consacré à la recherche
scientifique pour être mieux informer des risques et bénéfices
potentiels des biotechnologies. Il a rajouté que les incertitudes
et la confusion que l'on trouve dans les réponses données
par les gouvernements africains au développement des biotechnologies
sont source d'inquiétude et nécessitent une vision commune
sur le sujet.
Les choix politiques des pays d'Afrique australe sur les biotechnologies
sont apparus en 2002 quand il s'est agi d'accepter ou non une aide alimentaire
contenant du mais génétiquement modifié américain.
Plusieurs pays, dont la Zambie, le Zimbabwe, le Malawi et le Mozambique
avaient dans un premier temps rejeté cette aide alimentaire l'acceptant
finalement à la condition qu'elle fût moulue.
********************************************
Le Prix Nobel de la
Paix 2004 attribué à l'écologiste Kenyanne Wangari
Maathai
Le Prix Nobel de la Paix 2004 a été attribué à
une Kenyanne : Wangari Maathai. Première femme africaine de l'histoire
à recevoir cette distinction, Wangari Maathai accède ainsi
à une nouvelle reconnaissance internationale pour son action
écologiste et son travail dans le domaine social.
Biologiste, elle fut la première femme d'Afrique orientale à
passer un doctorat, à devenir professeur et à diriger
un département (à l'Université de Nairobi). Elue
écologiste au parlement kenyan depuis décembre 2002, devenue
en janvier 2003, ministre-adjoint à l'Environnement, aux Ressources
naturelles et à la Faune sauvage, elle est également à
la tête du plus grand projet de reboisement d'Afrique le "
Green Belt Movement " (" Mouvement Ceinture Verte ",
GBM) créé en 1977. Cette organisation a pour but de promouvoir
la biodiversité tout en créant des emplois et en donnant
aux femmes plus d'autonomie au sein de la société. Grâce
à l'action de son mouvement contre la déforestation, facteur
de sécheresse et de pauvreté pour les populations locales,
plus de 30 millions d'arbres ont été plantés au
Kenya et des dizaines de milliers de personnes, dont beaucoup de femmes,
travaillent dans les pépinières du mouvement.
Défense de l'environnement et promotion de la paix sont étroitement
liées, a-t-elle rappelé le jour de sa nomination, à
la radiotélévision publique norvégienne NRK : "L'environnement
et les ressources naturelles sont un aspect important de la paix parce
que, lorsqu'on détruit nos ressources, lorsque nos ressources
se raréfient, nous nous battons pour nous les approprier. Nous
plantons les graines de la paix, maintenant et pour le futur",
et de conclure : "En protégeant l'environnement, nous améliorons
aussi la façon de gouverner".
"Son approche holistique du développement durable embrasse
la démocratie, les droits de l'Homme en général
et les droits des femmes en particulier", a souligné le
comité Nobel. "Elle pense au niveau mondial et agit sur
le plan local", a-t-il ajouté. "La paix sur la terre
dépend de notre capacité à améliorer notre
environnement", a indiqué le comité Nobel.