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Volume: 3

Numéro: 9

14 Octobre. 2004

ACP-UE : les Etats ACP fournisseurs de sucre s'attaquent aux arguments avancés par la Commission européenne en vue de la réforme du protocole sucre

Alors que l'Union européenne tente de mettre en place un mécanisme pour la réforme de son régime sucrier, sous le coup d'une condamnation par un panel de l'OMC, suite à une plainte du Brésil, les pays ACP fournisseurs de sucre sont montés au créneau pour défendre le protocole dont une réforme brutale pourrait avoir des effets dévastateurs pour leurs économies.

Lors d'une réunion tenue à Bruxelles du 4 au 6 octobre dernier, avec pour objectif de s'entendre sur les meilleurs arguments à opposer aux propositions de la commission, mises sur la table le 14 juillet 2004, les Etats ACP fournisseurs de sucre présents ont été unanimes à reconnaître que si ces propositions devaient être adoptées telles qu'elles sont actuellement, elles présenteraient de graves menaces sur les industries ACP et, en conséquences, sur le tissu socio-économique.

Le protocole sucre est une composante essentielle du régime communautaire du sucre et un élément majeur de la convention de Lomé, signé avec 16 Etats ACP, qui stipule que l'UE pourra importer 1,3 millions de tonnes de sucre par année, à des prix très proches des prix élevés reçus par les fermiers producteurs de sucre de betteraves. Ce protocole est un accord commercial préférentiel qui lie depuis longtemps les ACP et la Communauté européenne. Les ACP qui disent s'être pleinement et scrupuleusement acquittés de leurs obligations au titre de ce protocole attendent en retour de l'UE qu'elle continue à remplir les siennes dans ce même cadre.

Selon les représentants ACP présents à la réunion de Bruxelles, " l'industrie sucrière joue un rôle multifonctionnel dans les pays ACP. Elle offre une grande diversité d'avantages directs et indirects et les possibilités de diversification par l'introduction de cultures autres que le sucre sont très limitées ". C'est pourquoi, conscients que seules une réduction des coûts et une modernisation de l'industrie sucrière peut améliorer la compétitivité de ce secteur, ces Etats ont entrepris des réformes intensifs. Ils reconnaissent toutefois que la durabilité de ces réformes dépend, pour une large part, du " maintien de recettes stables et prévisibles et des prix rémunérateurs".

Les pays ACP fournisseurs de sucre considèrent leur démarche comme étant d'autant plus légitime que les préférences dont ils revendiquent le maintien sont reconnues non seulement dans le cadre des accords bilatéraux EU-ACP, mais aussi par leurs partenaires au niveau multilatéral. L'accord-cadre de l'OMC du 1er août dernier prend en effet pleinement acte de l'importance des préférences commerciales tout en inscrivant la question de leur examen dans le calendrier multilatéral. De plus, " aux termes de l'accord-cadre d'août 2004, les membres de l'OMC peuvent désigner les produits sensibles pour lesquels les engagements de réduction tarifaire seront moins importants. Dans ce cas, aucune obligation ne découlerait des négociations à l'OMC en matière de réduction draconienne et immédiate des prix, comme le propose la Commission. Les ACP considèrent que d'ici 2008, la situation dans le secteur international du sucre sera plus claire et que, par conséquent, il n'est pas nécessaire que la réforme commence avant 2008 ".

La stratégie adoptée par les pays ACP semble se limiter, pour l'heure, à appeler la Commission européenne à respecter ses engagements. Le niveau de réduction des prix et les délais pour l'entrée ne vigueur et le démantèlement du mécanisme d'intervention sont jugés, d'une part non conformes aux obligations énoncées dans le protocole relatif au sucre, et d'autre part comme une négation du rôle multifonctionnel du sucre dans les pays ACP. L'impact d'une réforme brutale qui ne tiendrait pas compte de cet aspect aurait des conséquences graves sur l'emploi, l'investissement, le développement rural, la sécurité alimentaire et la protection et la préservation de l'environnement etc.

La commission européenne estime elle-même qu'une baisse de 25% du prix du sucre européen entraînerait pour les exportateurs ACP une perte de revenu d'environ 250 millions d'euros par an. Conscients de cela, les pays ACP, soutenus par le G 90, avaient, en juillet dernier, émis l'idée d'une compensation totale à la baisse des prix garantis de l'UE et des mesures de sauvegarde pour leurs exportations de sucre. Ils ont réaffirmé en octobre qu'une éventuelle baisse des prix doit être entièrement compensée selon un mécanisme de décaissement automatique et prévisible. Ces décaissements de fonds devraient s'effectuer selon une méthode simple, et devraient intervenir en temps et être récurrents.

Les ACP et les PMA déplorent le fait que la Commission ait ignoré la proposition présentée le 3 mars 2004 dans laquelle les PMA demandaient une adaptation de l'Initiative TSA par le biais d'un accès accru sous forme d'un deuxième quota valable jusqu'en 2016, en lieu et place d'un accès en exemption de quotas. Les PMA sont d'avis qu'il est essentiel de maintenir un marché administré d'une manière harmonieuse de façon à assurer un prix garanti élevé et rémunérateur. En l'absence d'une telle approche, les propositions de la Commission ne profiteront qu'aux utilisateurs industriels de sucre dans l'UE et aux grands exportateurs de plusieurs produits de base.
Sources : notes ICTSD, ACP (www.acpsec.org).

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Réunion à Harare d'experts de l'Afrique australe sur les biotechnologies

Dans le but de discuter de la problématique des biotechnologies, de ses bénéfices, des risques encourus et des questions éthiques qu'elles soulèvent, les pays africains se sont regroupés depuis 2003 sous la bannière de l'"African Policy Dialogues on Biotechnology ". Coordonnée par le NEPAD et l'International Food Policy Research Institute(IFPRI), en collaboration avec le Food, Agriculture and Natual Resources Policy Analysis Network (FARNPAN), cette plate-forme d'experts organise, entre autres activités, des réunions où se discutent les problématiques évoquées précédemment dans le but de développer une stratégie commune sur les biotechnologies. La première de ces réunions s'est déroulée à Johannesburg les 25 et 26 avril 2003. La seconde eut lieu il y a quelques semaines à Harare (Zimbabwe) du 20 au 22 septembre 2004, rassemblant des représentants de toute l'Afrique australe. Si ceux-ci ont réitérés leur volonté de développer une approche commune sur les biotechnologies, les opinions ont fortement divergé sur la potentialité des OGM à résoudre le problème de la faim sur le continent africain.

Dans son discours d'ouverture, le Dr Olivia Muchena, Ministre du Zimbabwe pour la Science et le Développement technologique a relevé ces différentes sensibilités concernant les biotechnologies, qu'elles soient économiques, sociales ou écologiques. Elle a ajouté que " les découvertes scientifiques, génétiques et moléculaires, élargissent le champ des solutions pour éliminer la pauvreté, augmenter leurs revenus, vivre plus longtemps, être en bonne santé, avoir un standard de vie élevé, participer plus activement à la vie communautaire et mener des vies plus créatives. " Dans le même temps, le Dr Muchena a tenu a ajouter que les partisans de ces technologies avaient souvent exagéré ses avantages pour les raisons économiques, politiques et sociales. " Nous savons que la pauvreté et la faim sont causées par plusieurs facteurs économiques, sociaux et politiques. On ne peut réduire les causes de la pauvreté à un manque de développement technologique. " a-t-elle ajouté.

Le scepticisme sur les biotechnologies s'est pleinement exprimé à Harare. Il se retrouve par exemple dans les propos de Joshua Mpinga de Zambie : " Nous devons être sur nos gardes en permanence contre de nouvelles formes d'exploitation (…) la biotechnologie est simplement une autre manière pour certains de s'enrichir, et de nous rendre plus dépendants. Si les Européens et les Américains veulent se battre pour les bénéfices liés aux biotechnologies, ils ne doivent pas nous utiliser comme champ de bataille. " Dans le même ordre d'idées, un membre de l'organisation écologique " Friends of the Earth " rajoute : " contrairement aux promesses des sociétés de biotechnologie, la réalité de ces 10 dernières années montre que la sécurité des produits génétiquement modifiés ne peut être assurée, qu'ils ne sont ni meilleurs marchés ni de meilleure qualité et qu'ils ne sont pas la solution miracle pour résoudre le problème de la faim dans le monde ".

Joseph Mugabe, Secrétaire Exécutif du Forum Science et Technologie du NEPAD a appelé les gouvernements africains à augmenter leur part du budget consacré à la recherche scientifique pour être mieux informer des risques et bénéfices potentiels des biotechnologies. Il a rajouté que les incertitudes et la confusion que l'on trouve dans les réponses données par les gouvernements africains au développement des biotechnologies sont source d'inquiétude et nécessitent une vision commune sur le sujet.

Les choix politiques des pays d'Afrique australe sur les biotechnologies sont apparus en 2002 quand il s'est agi d'accepter ou non une aide alimentaire contenant du mais génétiquement modifié américain. Plusieurs pays, dont la Zambie, le Zimbabwe, le Malawi et le Mozambique avaient dans un premier temps rejeté cette aide alimentaire l'acceptant finalement à la condition qu'elle fût moulue.

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Le Prix Nobel de la Paix 2004 attribué à l'écologiste Kenyanne Wangari Maathai

Le Prix Nobel de la Paix 2004 a été attribué à une Kenyanne : Wangari Maathai. Première femme africaine de l'histoire à recevoir cette distinction, Wangari Maathai accède ainsi à une nouvelle reconnaissance internationale pour son action écologiste et son travail dans le domaine social.

Biologiste, elle fut la première femme d'Afrique orientale à passer un doctorat, à devenir professeur et à diriger un département (à l'Université de Nairobi). Elue écologiste au parlement kenyan depuis décembre 2002, devenue en janvier 2003, ministre-adjoint à l'Environnement, aux Ressources naturelles et à la Faune sauvage, elle est également à la tête du plus grand projet de reboisement d'Afrique le " Green Belt Movement " (" Mouvement Ceinture Verte ", GBM) créé en 1977. Cette organisation a pour but de promouvoir la biodiversité tout en créant des emplois et en donnant aux femmes plus d'autonomie au sein de la société. Grâce à l'action de son mouvement contre la déforestation, facteur de sécheresse et de pauvreté pour les populations locales, plus de 30 millions d'arbres ont été plantés au Kenya et des dizaines de milliers de personnes, dont beaucoup de femmes, travaillent dans les pépinières du mouvement.

Défense de l'environnement et promotion de la paix sont étroitement liées, a-t-elle rappelé le jour de sa nomination, à la radiotélévision publique norvégienne NRK : "L'environnement et les ressources naturelles sont un aspect important de la paix parce que, lorsqu'on détruit nos ressources, lorsque nos ressources se raréfient, nous nous battons pour nous les approprier. Nous plantons les graines de la paix, maintenant et pour le futur", et de conclure : "En protégeant l'environnement, nous améliorons aussi la façon de gouverner".

"Son approche holistique du développement durable embrasse la démocratie, les droits de l'Homme en général et les droits des femmes en particulier", a souligné le comité Nobel. "Elle pense au niveau mondial et agit sur le plan local", a-t-il ajouté. "La paix sur la terre dépend de notre capacité à améliorer notre environnement", a indiqué le comité Nobel.


 

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