Le Rapport final du Groupe
Spécial sur le Sucre publié
Le 15 octobre dernier,
le Groupe Spécial de l'OMC sur les subventions accordées
aux producteurs européens de sucre a rendu public son rapport
final. Ce rapport a confirmé les conclusions du rapport préliminaire
dont quelques éléments s'étaient ébruités
http://www.ictsd.org/pass_synthese/04-09-16/story1.htm. Le groupe spécial
a conclu que les Communautés européennes subventionnent
les exportations de sucre au delà du niveau formellement notifié
à l'OMC, et en violation des dispositions de l'accord sur l'agriculture.
Le groupe spécial a aussi considéré que les exportations
de sucre bénéficiant de subventions sont au delà
de ce qu'il leur est légalement admis à l'OMC.
Les exportations
de (sucre C) bénéficient bel et bien de subventions
Les plaignants avaient formulé une réclamation concernant
l'exportation de "sucre C" qui est hors quotas. Ils ont soutenu
que ces exportations étaient subventionnées du fait de
subventions croisées avec les recettes tirées de la production
relevant des quotas A et B. Le Brésil avait soutenu que le "sucre
C " "ne pouvait être commercialisé sur le territoire
douanier de l'UE " et que les bénéfices (de l'UE)
provenaient donc d'autres facteurs, comme "les tarifs douaniers
élevés, le soutien interne basé sur des prix d'intervention
et les subventions directes à l'exportation ".
Les Communautés Européennes ont soutenu l'arguent contraire
en faisant valoir que les exportations de "sucre C" ne bénéficient
pas de subventions à l'exportation et que cette réclamation
se fonde notamment sur une interprétation erronée des
dispositions de l'OMC concernant les subventions aux exportations de
produits agricoles et est contraire à l'obligation d'être
de bonne foi.
En fin de compte,
le Groupe Spécial a conclu que les exportations de sucre communautaire
produit hors quota (sucre C) bénéficient effectivement
de subventions à l'exportation. L'interprétation erronée
dont se prévaut l'Union Européenne et le fait que les
plaignants en fussent toujours conscients sans prendre de mesures appropriées
ne leur enlèvent pas le droit de s'en plaindre en temps opportun,
selon le raisonnement du Groupe Spécial.
Sucre de ACP
et Inde : la note de bas de page sur le calendrier de l'OMC n'a pas
de valeur juridique obligatoire
Outre la réclamation
sur le sucre C, une seconde demande concernait les restitutions à
l'exportation de 1,6 million de tonnes de sucre, correspondant à
des importations communautaires préférentielles en provenance
des pays ACP et de l'Inde. Les plaignants ont soutenu que l'Union européenne
ne respecte pas l'engagement qu'elle a pris de réduire ses subventions
aux exportations, et qu'elle viole l'accord OMC. L'Union européenne
soutient pour sa part que les exportations d'équivalent sucre
des pays ACP et de l'Inde sont parfaitement conformes au calendrier
des engagements et aux dispositions de l'OMC concernant les subventions
aux exportations des produits agricoles, dans la mesure où une
note de bas de page de son document d'engagement excluait le 1,6 millions
tonnes dont il est question. Dans ses conclusions, le Groupe Spécial
a noté que la note de bas de page n'avait pas de valeur juridique
et ne pouvait pas modifier les engagements contenus dans le document
de base de l'Union Européenne. Le Groupe Spécial a par
ailleurs refusé de tenir en considération les demandes
formulées au titre de l'Accord sur les subventions et les mesures
compensatoires dans la mesure où les dispositions de l'accord
sur l'agriculture ont suffi à résoudre le différend
et que les plaignants n'avaient pas bien argumenté leurs demande
au titre de cet accord.
Tierces parties
élargies et Amicus Curia Brief
Dans le processus
de règlement des différends sur le sucre, le Groupe Spécial
a accordé des droits de tierces parties élargis à
tous les Membres Tierces parties, allant même au delà de
ce qui est habituellement prévu par l'Organe de règlement
des Différends. Cependant, il a refusé de donner suite
à une position écrite sous forme de amicus curiae bief
d'une association représentant des producteurs de sucre allemands
Wirtschaftliche Vereinigung Zucker (WVZ). Bien que le Groupe Spécial
a autorisé les parties à faire des commentaires sur le
document, il a décidé de ne pas en tenir compte du fait
qu'il a été soumis en retard et qu'il était basé
sur des informations confidentielles fournies par le Brésil.
Quelques réactions
des protagonistes
Dans un communiqué
de presse distribué sur le jour de la publication officielle
du rapport sur le sucre ( IP/04/1237), l'UE a annoncé son intention
de faire appel de la décision. "L'Union respectera ses obligations
internationales. En même temps, elle défendra les intérêts
légitimes des producteurs communautaires de sucre et l'accès
préférentiel au marché de l'UE dont bénéficient
les pays en développement", a déclaré Pascal
Lamy, commissaire au Commerce. Pour sa part, Le commissaire à
l'Agriculture, Franz Fischler a rappelé que l'Union avait déjà
commencé à restructurer "radicalement son régime
du sucre (...) pour des raisons internes". "Cette réforme
rendra le secteur communautaire du sucre plus compétitif et plus
favorable aux échanges", a-t-il conclu. Ce processus prévoyant
notamment la réduction des exportations, des subventions et de
la production sur quatre ans, doit débuter en juillet 2005, avec
une évaluation prévue lieu en 2008.
Quant au Brésil,
partie vainqueur au différend, il a affirmé dans un communiqué
que "le panel (de l'OMC) a condamné de façon claire
et ferme les deux éléments du régime sucrier que
le Brésil avait contestés ". Pour rappel, ces deux
éléments sont "l'exportation subventionnée
d'excédents de production ('sucre C'), et l'exportation subventionnée
de sucre en provenance de certains pays de l'ACP "