Régime sucrier européen
: Le parlement européen se prononce sur le projet de réforme
Trois commissions
du parlement européen( Agriculture, Commerce et Développement
Durable) se sont réunies le 30 novembre dernier à Bruxelles,
pour examiner le projet de réforme du système sucrier
de l'Union suite à la récente réforme de la Politique
Agricole Commune (PAC). En réunion conjointe, les trois commissions
se sont prononcées sur les propositions de réforme de
la commission européenne du 14 juillet 2004. Une réforme
conciliant le respect des règles de l'OMC et les intérêts
divergents de certains pays membres de la communauté européenne
et ceux des PED a constitué le nud gordien des pourparlers.
Le processus de réforme du système sucrier qui devrait
commencer en principe en 2005 et aboutir en 2008 tourne autour de trois
grands axes : la baisse des quotas de production, la réduction
progressive des prix (prés de 40%) et l'attribution de compensation
aux producteurs de la communauté.
Des positions divergentes sur la réforme
Selon Monsieur Bruno Buffaria, parlant au nom de la commission européenne,
" le déséquilibre constaté sur le marché
communautaire du sucre est dû à des changements externes
Nous pouvons maintenir les choses en l'état mais les mécanismes
internes d'intervention prévus par l'actuel système aboutiraient
à une réduction des quotas de production tant dans les
pays en développement que dans toutes les régions européennes."
Il ajoute dans la même veine que " si nous maintenons le
statu quo nous ne serons pas à même de restructurer l'industrie
sucrière et nous n'aiderons ni les PED ni les régions
européennes en retard de développement ". Pour lui,
seule la réforme aidera au moins les industries les plus compétitives
à mener à bien leurs activités. Cette position
est cependant battue en brèche par plusieurs représentants
eu égard à son caractère radical. Pour eux, la
réforme proposée par la commission n'a guère de
souci pour le développement durable du marché du sucre.
C'est ainsi que Monsieur Jean Claude Fruteau, rapporteur sur la question,
a considéré que la réforme devrait viser à
atteindre quatre objectifs : la conformité avec les règles
de l'OMC, l'accroissement de la concurrence du marché sucrier,
l'assurance de conditions de vies décentes aux betteraviers européens
et la contribution au développement des pays pauvres extra-communautaires
.
Intervenant sur la question, le professeur Jean François Sneesens
de l'université de Louvain, a indiqué que " la commission,
dans sa proposition, va plus loin que les règles de l'OMC "
parce que contraignant même les Etats membres à des réductions
de production sans agir à l'endroit des pays en développement.
En termes lapidaires, tous les députés qui se sont exprimés,
ont embouché la même trompette que Fruteau en considérant
qu'un certain interventionnisme est indispensable dans le marché
ainsi qu'une certaine part de réglementation des prix. Le sucre
est perçu comme étant le secteur le plus protégé
en Europe et la réglementation de celui-ci n'a presque pas changé
depuis sa mise en place en 1968.Il constitue le seul secteur qui n'a
pas encore été touché par la PAC et le processus
de réforme entamé depuis 1992.
La place des PED en particulier des pays ACP dans cette réforme
Pour sa part, Monsieur Derrick Heaven, directeur général
de la Sugar Industry Authority of Jamaica, estime que la réforme
proposée aura un effet préjudiciable pour les pays ACP
dans la mesure où ces derniers ne seront pas en mesure d'exporter
leur sucre vers l'UE aux conditions fixées. Plusieurs arguments
ont déjà été avancés dans ce sens.
Certains estiment en effet que l'OMC n'obligeait pas l'UE à réduire
les prix de façon draconienne et immédiate contrairement
à la teneur de la proposition.
De surcroît, l'ampleur des réductions de prix, les calendriers
de mise en uvre et le démantèlement des mécanismes
d'intervention restent inacceptables parce que constituant une rupture
par rapport aux obligations consignées dans le protocole sur
le sucre et une perte de bénéfices considérable
aussi bien du point de vue de l'emploi, des investissements, du développement
durable, de la sécurité alimentaire, que de la protection
et la conservation de l'environnement. Des inquiétudes ont aussi
été notées par les PMA concernant les atteintes
aux attentes légitimes en matière de préférences
commerciales au titre de l'Initiative " Tout sauf les armes ".
A en croire les pays ACP , les propositions de la réforme de
la commission européenne avantageront uniquement les utilisateurs
industriels du sucre dans l'union européenne et les grands exportateurs
de denrées de base. Sous ce registre, M.Heaven martèle
: " le seul pays qui sortira gagnant de cette réforme sera
le Brésil parce qu'étant le producteur le moins cher au
monde et ne compte pas parmi les ACP".
Le Protocole ACP-UE conclu en 1975 et l'Initiative TSA(Tout sauf les
armes) signée par les PMA exportateurs de sucre et l'UE, sont
au cur du secteur sucrier. Le protocole relatif au sucre est en
effet un accord contractuel autonome dans lequel les deux parties s'engagent
à s'acquitter de leurs obligations respectives. Au terme de l'article
premier de celui-ci, l'UE " s'engage pour une durée indéterminée,
à acheter et à importer, à des prix garanties,
des quantités spécifiées de sucre de canne, brut
ou blanc, originaire des Etats ACP et que lesdits Etats s'engagent à
lui fournir ". L'Initiative TSA quant à elle, a pour la
première fois permis aux ACP-PMA d'exporter du sucre sur le marché
de l'UE dans le cadre d'un accord-cadre en leur assurant une part équitable
et une livraison méthodique des quotas attribués sur le
marché européen.