Banane africaine : Ivoiriens et camerounais à Bruxelles
pour défendre leurs intérêts.
Du 12 au 18 février 2005, une mission conjointe du Cameroun
et de la Côte d'Ivoire s'est rendue à Bruxelles auprès
de la Commission européenne pour plaider le dossier de la banane
qui s'achemine vers de grandes mutations avec l'entrée en vigueur
le 1er janvier 2006 d'un régime de droit de douane unique appliqué
aux bananes autres que celles des territoires communautaires et des
pays ACP.
Au cours de son séjour à Bruxelles, la mission conjointe
a eu des séances de travail intenses avec les Etats membres de
la CE. Les délégations Ivoiriennes et Camerounaises conduites
par les ministres du commerce, de l'agriculture et les ambassadeurs
des deux pays à Bruxelles ont ainsi présenté les
arguments sociaux et économiques qui militent en faveur du maintien
des mesures européennes visant la protection de la banane des
pays ACP. Au Cameroun par exemple, la filière de la banane est
le deuxième pourvoyeur d'emplois, après l'Etat, avec une
production annuelle de 300 000 tonnes. Un chiffre certainement très
en deçà des 4,5 millions de tonnes de bananes produites
chaque année en Equateur, mais qui renferme de gros enjeux à
la fois économiques, sociaux et politiques.
Aperçu du contexte
Actuellement, les importations européennes sont régies
par un système complexe de quotas tarifaires et de droits de
douane différenciés selon les origines. A partir de 2006,
elles ne seront régies que par un droit de douane appliqué
aux bananes autres que celles des territoires communautaires et des
pays ACP (Afrique, Caraïbes et Pacifique). En théorie, le
niveau de ce droit de douane doit être fixé de façon
à maintenir la situation actuelle, en termes de prix à
la consommation dans l'UE et de structure par origine des approvisionnements
(territoires communautaires, pays ACP et Amérique latine).
On peut remonter à 1993 pour situer les causes les plus immédiates
des discussions en cours sur la banane, avec la mise en place d'une
organisation commune du marché de la banane sur l'ensemble de
l'Europe. C'est à partir de là que les Etats-Unis et certains
Etats latinos américains ont engagé une série de
procédures contre le régime d'importation des bananes
dans l'Union européenne suspecté de favoriser les pays
ACP.
Pour régler le différend, un accord avait été
conclu le 11 avril 2001, entre le commissaire européen au Commerce,
Pascal Lamy, et le représentant américain au Commerce.
Au terme de cet accord, il était convenu que le régime
des quotas aménagés restera en vigueur jusqu'au 31 décembre
2005. A partir du 1er janvier 2006, ce régime serait supprimer
au profit d'un régime exclusivement tarifaire. Concrètement,
cela signifie qu'on ne fixerait plus des quantités par source
d'approvisionnement, mais en vertu des dispositions de la dérogation
prescrite par les textes de l'Organisation mondiale du commerce (OMC).
Dans le cadre du nouveau régime, les bananes ACP continueraient
à bénéficier d'une préférence tarifaire,
par rapport aux bananes des pays d'Amérique Latine. Les "
bananes dollars " devant s'acquitter d'un droit de douane à
préciser. Le débat actuel porte sur la détermination
de cette taxe, dans la perspective de l'échéance du 1er
janvier 2006. Dans cette optique, la commission européenne a
notifié à l'OMC, le 31 janvier 2005, son intention de
porter la préférence tarifaire à 230 euros par
tonne. Les pays latino-américains ont vigoureusement protesté
contre cette décision. Ils estiment que si ces droits étaient
confirmés, la banane africaine et notamment, celle du Cameroun,
prendra des parts de marché importantes. Une équipe de
chercheurs de l'INRA français a développé récemment
un modèle dynamique du marché mondial de la banane de
façon à apprécier, en fonction du niveau du droit
imposé aux " fruits dollar " d'Amérique latine,
les conséquences de ce nouveau régime douanier. Selon
cette étude, pour maintenir à court terme le prix moyen
des bananes dans l'UE à son niveau actuel, il serait nécessaire
de fixer le droit de douane aux alentours de 227 euros par tonne. Un
droit de douane plus faible conduirait à un prix communautaire
plus bas, une augmentation de la consommation dans l'UE, une croissance
des exportations des pays de la zone dollar et une décroissance
des exportations du groupe des pays ACP. Un droit de douane plus élevé
aurait les effets contraires.
A titre d'exemple, Un droit de douane relativement bas (100 euros/t)
affecterait très gravement l'industrie caribéenne de la
banane. Leurs exportations vers l'UE déclineraient de 157 200
tonnes dans la période de base à moins de 100 000 tonnes
en 2008, soit une baisse de 37%.
Un droit de douane relativement élevé (300 euros/t) permettrait
au groupe des pays ACP d'augmenter leurs exportations vers l'UE de 276
300 tonnes, de 642 400 tonnes dans la période de base à
918 700 tonnes en 2008. Cette croissance bénéficierait
essentiellement au Cameroun et à la Côte d'Ivoire, puisque
les exportations des Caraïbes n'augmenteraient que de 18 800 tonnes
Et les préférences
Suite à d'intenses négociations au cours de la quatrième
Conférence ministérielle de l'OMC à Doha en novembre
2001, l'UE a obtenu des dérogations au titre des obligations
inscrites à l'article I (permettant de poursuivre les importations
bénéficiant de préférences tarifaires pour
les pays ACP, visées dans l'Accord de Cotonou) et l'article XIII
du GATT (autorisant la conservation du quota C relatif aux bananes en
provenance des pays ACP).
Le cas particulier de la politique communautaire de la banane renvoie
à la question plus générale de la fin des préférences
spécifiques accordées par l'UE aux pays ACP (Afrique,
Caraïbes et Pacifique). L'exemple de la banane montre le besoin
à considérer chaque pays individuellement et non l'ensemble
des pays ACP comme un seul groupe. Cela étant, toute réforme
de ce schéma doit tenir compte du fait que les pays bénéficiaires
ne sont pas homogènes et que la réforme doit être
graduelle. Le problème est rendu plus difficile par le fait que
les coûts de production sont très variables à l'intérieur
d'un pays ACP donné, notamment entre les producteurs positionnés
sur le marché domestique et les entreprises tournées vers
les marchés d'exportation.
Sources : Cameroun tribune, Allafrica, Cnuced, Inra.