Agriculture : Les ministres du commerce clés arrivent à
un compromis sur les équivalents ad valorem
Les ministres du commerce de 30 Membres clés de l'OMC ont réalisé,
le 4 mai dernier, une avancée technique dans les discussions
sur l'agriculture, sur une question qui empoisonnait les progrès
globaux dans les discussions du Cycle de Doha. Les ministres sont arrivés
à un compromis préliminaire sur le mode de conversion
des tarifs agricoles 'spécifiques', sur la base des quantités
importées, en équivalents 'ad valorem', c'est-à-dire
les tarifs fondés sur le prix du produit. Les Membres sont en
désaccord depuis des mois sur le processus de conversion ; le
règlement de cette question est une condition préalable
requise pour la poursuite du reste des négociations sur l'agriculture.
L'accord a été facilité par le groupe dit des 'cinq
parties intéressées' - Australie, Brésil, UE, Inde
et États-unis -, lors d'une réunion 'mini-ministérielle
tenue en marge d'un sommet de l'Organisation pour la coopération
et le développement économiques (OCDE), à Paris.
Toutefois, cet accord doit encore être convenu par l'ensemble
des Membres de l'OMC et certains éléments, notamment le
processus à travers lequel les Membres vérifieraient les
équivalents ad valorem les uns des autres, restent indéterminés.
Les délégations à Genève ont examiné
les directives pour les conversions en équivalents ad valorem,
produites par la réunion de Paris, au cours d'une réunion
du 10 mai, convoquée par le président du Comité
des négociations agricoles, l'ambassadeur Tim Groser de la Nouvelle-Zélande.
Aucune délégation ne s'est opposée à la
forme large de l'accord, bien que certaines aient demandé plus
de temps pour l'examiner.
Les ministres aplanissent les divergences politiques à Paris
La conversion en équivalents ad valorem est un exercice mathématique
à travers lequel les taux tarifaires 'par tonne' ou 'par litre'
sont exprimés en pourcentage de la valeur du produit commercialisé.
Les tarifs spécifiques peuvent masquer des taux 'ad valorem'
très élevés : si une tonne de riz ne coûte
que 100 dollars US, un tarif spécifique de 100 dollars par tonne
sur ce riz équivaudrait à un taux ad valorem de 100%.
Le coût des produits importés est donc central au calcul
des équivalents ad valorem - et plus le prix à l'importation
'par unité' est élevé, plus l'équivalent
ad valorem est faible. La détermination des prix à l'importation
est simple pour certaines lignes tarifaires : les Membres doivent utiliser
la méthode de la 'valeur unitaire' dans de tels cas, en fondant
la conversion sur les volumes des importations et sur les valeurs des
importations notifiées, présentées à la
Base de données intégrées de l'OMC (BDI).
Des complications surviennent, toutefois, avec certains produits tels
que le sucre et les fromages, pour lesquels les prix à l'importation
diffèrent souvent de manière significative des prix mondiaux
compilés dans la base de données des statistiques du commerce
des produits de base (COMTRADE) de l'ONU. Les cas pour lesquels les
deux ensembles de données produisent des prix (et en conséquence,
des taux ad valorem) particulièrement divergents sont mis de
côté et les conversions ad valorem sont par la suite effectuées
sur la base des données à la fois de la BDI et de COMTRADE.
Les exportateurs de produits agricoles avaient fait pression en faveur
d'une conversion fondée de manière plus étroite
sur des prix mondiaux plus faibles. Ceux-ci auraient mené à
une hausse des équivalents ad valorem, ouvrant ainsi la voie,
à terme, à des réductions tarifaires plus fortes
pour les produits de base. L'UE et les pays du G-10, qui accordent des
niveaux de protection relativement élevés à leurs
secteurs agricoles, étaient en faveur de donner plus de 'poids'
aux données plus élevées de la BID. Ils soutenaient
que les facteurs liés à la qualité des produits
seraient négligés si les prix utilisés étaient
plus proches des données COMTRADE que de celles de la BDI. Ils
ont soutenu, en outre, dans les discussions, que les tarifs spécifiques
peuvent parfois équivaloir de fait à des taux ad valorem
assez faibles.
Deux divergences essentielles avaient empêché un accord.
La première portait sur le poids spécifique accordé
aux estimations de chaque ensemble de données. La seconde avait
trait à l'échelonnement - le point de savoir s'il fallait
déterminer un prix sur la base des ensembles de données
de la BDI et de COMTRADE puis effectuer une seule conversion en équivalents
ad valorem ; ou d'abord calculer les équivalents ad valorem pour
chaque ensemble de données puis arriver à un point entre
les deux chiffres qui en résultent, sur la base de la pondération
convenue.
Le compromis prépare les produits agricoles à des abaissements
tarifaires plus forts
A la suite des négociations tenues à Paris, les participants
à la réunion mini-ministérielle se sont mis d'accord
sur des chiffres spécifiques pour les moyennes de pondération
des estimations de prix de la BID et de COMTRADE. Les prix des produits
de base seront pondérés en se rapprochant davantage des
prix COMTRADE plus faibles, alors que les prix des produits transformés
seront relativement plus proches des niveaux plus élevés
de la BDI. Concernant l'échelonnement, la pondération
des prix dans les deux ensembles de données se fera avant que
ne soit effectuée une conversion unique en équivalents
ad valorem. L'échelonnement final convenu était conforme
aux souhaits de l'UE et a permis à l'UE et au G-10 de se mettre
d'accord sur une pondération plus biaisée en faveur des
données COMTRADE qu'ils n'avaient été initialement
disposés à l'accepter.
Selon l'accord réalisé à Paris, une pondération
de '82.5/17.5' sera appliquée aux données COMTRADE et
BDI pour déterminer les niveaux de prix pour les produits de
base. Ces chiffres situent le prix de conversion en équivalents
ad valorem entre les niveaux de prix indiqués par chaque ensemble
de données. 82.5/17.5 signifie que le prix pour la conversion
en équivalents ad valorem serait à un niveau de 17,5%
en se rapprochant du chiffre de la BDI plus élevé par
rapport aux chiffres COMTRADE. Par exemple, si le prix COMTRADE pour
un produit non transformé est de 100 dollars US par kilo, et
le prix BDI de 200 dollars US par kilo, le compromis serait un prix
de 117,5 dollars US par kilo, à utiliser pour la conversion en
équivalents ad valorem. Pour les produits transformés,
la pondération convenue serait de '60/40'. Ceci signifie que
le différentiel de prix antérieur, pour un produit transformé,
donnerait un chiffre de 140 dollars US par kilo, aux fins de la détermination
de l'équivalent ad valorem.
En termes de formule, les prix de conversion en équivalents ad
valorem ajustés pour les deux types de produits seraient exprimés
comme suit :
Non transformés = (0,825 x prix COMTRADE) + (0,175 x prix BDI)
Transformés = (0,6 x prix COMTRADE) + (0,4 x prix IDB)
Les ministres saluent l'accord ; Groser convoque une réunion
à Genève
A la suite du compromis, le représentant américain au
commerce extérieur, Rob Portman a observé que " c'était
une avancée significative
Sans cela
le cycle aurait
continué d'être bloqué. " Le commissaire européen
au commerce, Peter Mandelson, a ajouté que l'accord sur les équivalents
ad valorem ne représentait qu'une première étape
et qu'il restait beaucoup à faire, alors que Celso Amorim, du
Brésil, soulignait que toutes les parties avaient, à la
fin, fait preuve de flexibilité. Certaines sources à Genève
ont fait part de leur satisfaction de voir le désaccord sur les
équivalents ad valorem résolu, car la question avait été
inutilement grossie, de manière déraisonnable. S'exprimant
le 5 mai, à Kingston, le ministre jamaïcain des Affaires
étrangères et du commerce, K. D. Knight, avait semblé
encore moins optimiste à propos d'un accord éventuel sur
l'agriculture, en déclarant que " certains produits [agricoles]
sensibles doivent être protégés contre la concurrence,
" autrement " nous allons avoir un blocage à HongKong.
"
Le sucre a été explicitement omis de la liste de produits
de base pour lesquels il a été demandé aux Membres
d'élaborer des équivalents ad valorem dès que possible.
A Paris, les délégués avaient débattu du
point de fonder la conversion sur les prix définis par les bourses
du sucre de Londres et de New York. Toutefois, tant les États-unis
que l'UE ont trouvé cette idée problématique, l'UE
déclarant qu'elle lèserait les pays ACP (Afrique, Caraïbes
et Pacifique), qui bénéficient actuellement d'un accès
préférentiel au marché européen.
Lors de la réunion du 10 mai, les États-unis, le Brésil,
la Suisse et l'Australie ont vivement invité les Membres à
accepter l'accord de compromis. Aucun pays n'a exprimé d'opposition
explicite à l'accord, bien qu'un petit nombre de pays aient déclaré
avoir besoin de plus de temps pour l'examiner. Certaines délégations
- dont la Chine - ont jugé l'accord imparfait, mais se sont dites
disposées à l'accepter pour faire avancer les négociations.
Les Philippines ont soutenu que la distinction entre les produits de
base et les produits finis - spécifiquement les abaissements
tarifaires plus faibles sur les derniers - était inutile, en
particulier du fait que la progressivité des droits (tarifs faibles
sur les matières premières, tarifs progressivement plus
élevés pour les produits transformés) était
déjà un problème.
Les pays producteurs de sucre, notamment Maurice, les Philippines, Antigua
et Barbuda et la Barbade, ont fait part de leur préoccupation
concernant l'exclusion du sucre de l'accord sur les équivalents
ad valorem. L'Australie a, par contre, soutenu que les prix du sucre
étaient tellement faussés par la protection aux États-unis
et dans l'UE qu'ils finiraient probablement par faire l'objet d'abaissements
tarifaires forts, indépendamment de la base de données
de prix utilisée. Groser a déclaré aux Membres
que la vérification des calculs des équivalents tarifaires
des uns et des autres ne serait pas une entreprise majeure si la méthodologie
utilisée pour les calculer n'était pas suffisamment spécifique.
Acceptant une suggestion avancée par l'Australie et le Mexique,
Groser avait fixé le 20 mai comme " date limite soft "
pour que les grands pays fournissent leurs calculs des équivalents
ad valorem. Les petits pays, a-t-il déclaré, bénéficieraient,
pour ce faire, d'un délai supplémentaire, ainsi que d'une
assistance du Secrétariat.
Au cours de la prochaine semaine de l'agriculture, fixée du 30
mai au 3 juin, les délégués doivent se concentrer
sur les questions d'accès aux marchés. Groser a déclaré
qu'il aimerait voir les Membres démarrer les discussions sur
la formule de réduction tarifaire, au cours de cette semaine.