L'UE adopte
un nouveau Système de Préférences Généralisées
(SPG)
Les pays de l'UE ont accepté le 23 juin dernier la réforme
du SPG. Celle-ci s'articule autour des lignes directrices énoncées
en juillet dernier par la Commission européenne (http://www.ictsd.org/africodev/edition/synthese/04-07/surlefil.htm)
en accordant une attention particulière " aux pays qui en
ont le plus besoin ", notamment aux économies vulnérables,
moins avancées, y compris aux pays victimes du Tsunami.
Le nouveau modèle proposé par le commissaire européen
chargé du commerce, Peter Mandelson, se veut plus simple, plus
équitable et plus transparent que celui actuellement en vigueur.
Adopté avec trois mois de retard, particulièrement du
fait que les membres s'attelaient à parvenir à un accord
avec la Chine sur les exportations de textiles, il vise globalement
à réorienter les préférences commerciales
accordées vers les pays économiquement vulnérables,
tout en respectant les dispositions de l'OMC et surtout en excluant
des pays à croissance économique rapide comme la Chine
et l'Inde.
Quoi de neuf ?
A la différence de l'actuel SPG (qui date de 1995), le nouveau
SPG comporte trois volets principaux au lieu de cinq, avec une couverture
plus grande concernant le nombre de produits, (300 produits supplémentaires)
particulièrement dans les secteurs de l'agriculture et de la
pêche, dans le régime général qui offre également
une réduction de 3.5% des droits de douane réguliers pour
les produits sensibles, réduction des droits de douane à
zéro pour les produits non sensibles. Celui-ci entrera en vigueur
à partir du 1er janvier 2006 et s'appliquera jusqu'à 2008.
En outre, si la nouvelle version conserve l'Initiative Tout sauf les
armes , elle ajoute d'autres préférences tarifaires supplémentaires
regroupées sous un nouveau régime appelé "
SPG Plus " qui entrera en vigueur le 1er juillet 2005. Le "
SPG Plus " est un régime d'encouragement destiné
particulièrement aux pays économiquement vulnérables
et moins avancés, qui leur octroie une élimination des
droits de douane (portés à zéro) pour 7200 produits.
Toutefois, pour bénéficier du " SGP Plus ",
ces pays doivent satisfaire à des critères. Entre autres,
ils doivent représenter moins de 1% des importations de l'UE
sous SPG, attester de la ratification et la mise en uvre effective
des principales conventions internationales (au total 27) relatives
aux droits sociaux et droits du travail, à la protection de l'environnement
et à la bonne gouvernance.
D'autres aspects importants dans cette nouvelle formule sont à
relever. Les préférences ne seront pas accordées
de manière définitive ou perpétuelle. En effet,
la réforme comporte un processus de graduation selon lequel tout
produit ou groupe de produits d'exportation bénéficiant
des préférences tarifaires qui excède 15% du total
des importations de l'UE (de ce même produit) en provenance des
pays SPG sera " gradué " ; par conséquent, ce
même produit ne bénéficiera plus d'un accès
préférentiel. Ce " seuil de graduation " diffère
pour le secteur des textiles et vêtements pour lequel il est fixé
à 12.5%.
Les premières critiques fusent, surtout sur les règles
d'origine
Tous ou presque s'accordent sur la générosité
du SPG de l'UE (le plus généreux de tous les SPG). Certains
communiqués de presse de la Commission européenne le qualifient
à la fois de " plus simple, plus clair et plus équitable
". Ce qui réjouit Peter Mandelson qui considère le
SPG comme le " plus important instrument commercial en faveur du
développement
notamment [pour] ceux qui ont été
durement touchés par le tsunami en décembre dernier."
Des pays comme le Sri Lanka peuvent, à ce propos, être
éligibles. Par rapport aux pays victimes du Tsunami, la presse
asiatique indique pour sa part, que l'UE pourrait introduire une mesure
spéciale pour réduire les tarifs existants sur les exportateurs
de crevettes Thaï au 1er juillet, au lieu de six mois après
l'entrée en vigueur du nouveau SPG.
Le groupe international d'aide Oxfam salue quant à lui le nouveau
système de préférences généralisées.
Cependant, il estime que les bénéfices issus de ce nouveau
SPG sont limités à cause de l'échec de l'UE à
pouvoir établir un lien entre le premier et la réforme
sur les règles d'origine. Son représentant à Bruxelles,
Luis Morago, affirme que " le nouveau régime sera insignifiant
pour les 50 pays les moins avancés du monde si les règles
d'origine demeurent rigides ", ajoutant que " cette question
traîne depuis des années à cause du manque de volonté
de la Direction générale du commerce [de l'UE] de les
simplifier et les améliorer ". Celui-ci est rejoint par
un autre fonctionnaire, du même groupe, Louis Belanger qui estime
que la Commission européenne ne prête pas attention aux
appels lancés par certains pays comme le Royaume Uni et la Suède,
en faveur d'une simplification des règles d'origine afin de permettre
aux pays les plus pauvres un accès en franchise pour les produits
fabriqués avec des intrants importés de n'importe quel
pays.
S'agissant toujours des règles d'origine, des critiques sont
émises, cette fois par rapport au régime " Tout sauf
les armes ", inchangé. En fait, les règles d'origine
dans le cadre de ce régime sont taxées d'onéreuses,
rendant souvent l'accès au marché pratiquement insignifiant.
A titre d'exemple, un vêtement fabriqué au Maldives ne
bénéficierait d'un accès préférentiel
que seulement si le tissu et le produit en question sont originaires
dudit pays. Autrement dit, des vêtements produits sur ce même
territoire, Maldives, avec du tissu chinois seraient hautement taxés.
Pour terminer, par rapport au seuil de graduation, les premiers pays
concernés sont la Chine et l'Inde. Le premier verra ses exportations
vers l'UE graduées à 80%, bien qu'il continuera dans le
SPG. Quant au second, l'Inde, ses produits textiles ne seront pas couverts
par les préférences tarifaires prévues dans le
nouveau régime. Cependant, ses exportations de vêtements
continueront de bénéficier de l'accès préférentiel.