L'arbitre de l'OMC se prononce contre les nouveaux taux tarifaires
européens pour la banane
L'arbitre de l'OMC s'est prononcé, le 1 août dernier,
contre les taux tarifaires en régime NPF (Nation la Plus Favorisée)
proposés par l'UE pour les importations de bananes, le dernier
épisode d'un différend commercial interminable sur la
banane, entre l'UE et les pays latino-américains.
L'arbitre a jugé que le tarif proposé par l'UE, de 230
euros par tonne, " ne préserverait, au minimum " les
opportunités actuelles d'accès aux marchés offertes
aux fournisseurs bénéficiant du régime NPF - essentiellement
en Amérique latine - par le régime européen de
contingents tarifaires existant pour la banane. L'arbitre a également
estimé que le niveau tarifaire proposé élargirait
de fait la marge d'accès préférentiel aux marchés
dont bénéficiaient les exportations des pays d'Afrique,
des Caraïbes et du Pacifique (ACP), au détriment des fournisseurs
de banane bénéficiant du régime NPF. L'arbitre
n'a toutefois pas indiqué en quoi consisterait un taux tarifaire
raisonnable pour les fournisseurs en régime NPF.
Dans sa décision, l'arbitre a constaté des insuffisances
dans la méthodologie et les données relatives aux prix
utilisées par l'UE pour arriver au nouveaux taux tarifaires.
En particulier, l'arbitre a convenu avec les pays latino-américains
que l'UE aurait dû prendre en compte l'avantage que les nouveaux
tarifs donneraient aux fournisseurs ACP, par rapport aux pays bénéficiant
du régime NPF.
Contexte de l'arbitrage
Le 31 janvier 2005, l'UE avait notifié à l'OMC son nouveau
tarif proposé de 230 euros pour les importations de banane en
régime NPF, censé remplacer le système de contingents
tarifaires actuel, tout en maintenant une préférence pour
les pays ACP, ce nouveau tarif devant entrer en vigueur le 1er janvier
2006. Les pays latino-américains exportateurs de banane ont immédiatement
rejeté ce taux tarifaire. Par contre, les pays ACP ont fait pression
pour que l'UE rehausse encore davantage les tarifs de la banane - du
niveau de base actuel de 75 euros à 275 euros par tonne - pour
protéger leur accès préférentiel au marché
européen. Les négociations entre les pays latino-américains
et l'UE pour résoudre ce différend n'ont pas abouti à
un compromis, ce qui incité les pays latino-américains
à faire une demande d'arbitrage à l'OMC.
L'option de l'arbitrage résulte d'une dérogation accordée
à l'UE par les Membres de l'OMC, en marge de la Conférence
ministérielle de l'OMC à Doha, en novembre 2001. La dérogation
autorisait l'UE à accorder un accès aux marchés
préférentiel aux exportations de banane en provenance
des pays ACP - à la condition que des tierces parties telles
que les pays d'Amérique latine et d'Amérique centrale
exportateurs de banane, aient le droit de faire une demande d'arbitrage
avant l'entrée en vigueur des futurs tarifs sur la banane remplaçant
le système de contingents.
Les pays latino-américains réservent un accueil favorable
à la décision, les pays ACP font part de leur déception
Les exportateurs latino-américains de bananes ont fait part
de leur satisfaction concernant la décision de l'arbitre. Le
ministre du commerce de l'Equateur, Oswaldo Molestina, a noté
que les Latino-Américains espéraient un niveau tarifaire
faible de 33 euros par tonne. Selon le ministre : " l'Equateur
et les autres exportateurs latino-américains estiment que [le
tarif] ne peut pas dépasser 75 euros, et en fonction de nos calculs
à l'aide de la méthodologie correcte, il ne devrait pas
dépasser 33 euros. " Les pays ACP exportateurs de banane,
pour leur part, ont fait part de leur déception concernant cette
décision. Marshall Hall, président des Exportateurs de
banane jamaïcains, a simplement spécifié que la décision
" n'est pas du tout en notre faveur et nous ne sommes pas satisfaits.
" Hall a également noté que les producteurs de banane
seraient " pratiquement anéantis. "
Préalablement à la publication de cette décision
arbitrale, les exportateurs de banane camerounais et ivoiriens avaient
également rendu publique, le 26 juillet dernier, une déclaration
dans laquelle ils soulignaient l'importance que revêtaient leurs
secteurs de la banane pour la réduction de la pauvreté
et le développement durable de leurs économies. Selon
la déclaration, le taux tarifaire de 75 euros ou moins préconisé
par les exportateurs latino-américains " éliminerait
les exportations ACP vers l'UE. "
Prochaines étapes
Selon les termes de la dérogation, l'UE doit rectifier le régime
tarifaire proposé, en conformité avec la décision
arbitrale. L'UE doit à présent entamer de nouvelles consultations
avec les pays latino-américains. Si l'UE et ces pays ne sont
pas en mesure d'arriver à un accord mutuellement satisfaisant,
le même arbitre aura à déterminer " si l'UE
a rectifié la question. " La seconde décision arbitrale
sera notifiée au Conseil général de l'OMC et si
l'UE omet une fois de plus de s'y conformer, la dérogation "
cessera de s'appliquer à la banane, à l'entrée
en vigueur du nouveau régime tarifaire de l'UE. "
Dans un communiqué de presse du 1er août, l'UE a fait
part de son intention " d'étudier attentivement le rapport
de l'arbitre et d'examiner les options disponibles pour faire avancer
ce processus. " L'UE a également réitéré
son intention d'avoir un système uniquement tarifaire en place
le 1er janvier 2006, comme convenu lors de la Conférence ministérielle
de Doha. La Commission exécutive européenne a déclaré
qu'elle initierait des consultations d'ici peu avec les pays concernés
et " qu'elle s'attend à leur engagement constructif. "
Les pays latino-américains qui ont fait une demande d'arbitrage
sont la Colombie, le Costa Rica, l'Equateur, le Guatemala, le Honduras
et le Panama.
La décision de l'arbitre, WT/L/616, est disponible à
: http://docsonline.wto.org
Le communiqué de presse de l'UE est disponible à :
http://www.europa.eu.int/rapid/pressReleasesAction.do?reference=IP/05/1030&format=HTML&aged=0&language=en&guiLanguage=en