CEDEAO : le Comité ministériel de suivi de la négociation
des APE évalue le processus en cours et plaide pour un APE centré
sur le développement plus que sur le commerce
Le Comité Ministériel de Suivi des négociations
de l'Accord de Partenariat Economique Afrique de l'Ouest - Communauté
Européenne s'est réuni le 16 juillet 2005 à Dakar
sous la présidence du ministre du commerce, de l'industrie de
l'artisanat et de la promotion du secteur privé de la République
du Niger, M. Habi Mahamadou SALISSOU. Cette réunion a enregistré
la présence des ministres du commerce et des finances de l'Afrique
de l'ouest. Les ministres avaient pour entre autres tâches d'examiner
le rapport de la réunion des experts qui s'est tenue quelques
jours avant. Quatre questions fondamentales ont ainsi été
passées en revue et ont débouché sur des conclusions
et recommandations qui devraient orienter les décisions et les
prises de position à différents niveaux. Ces questions
sont entre autres: l'état des négociations de l'APE avec
l'Union Européenne, l'état des négociations multilatérale
dans le cadre de l'OMC et l'adoption du Tarif Extérieur Commun
de la CEDEAO.
La réunion des experts se penche l'état des préparatifs
de la région
Huit groupes thématiques ont été mis sur pied
pour élaborer des positions de négociation et en général
renforcer les capacités des groupes de négociation qui
participeront aux groupes thématiques conjoints A.O - CE. Les
premières réunions de ces groupes ont eu lieu en février
2005 et la seconde série de réunions est en cours.
En vue de la constitution d'une union douanière, le processus
d'extension du TEC de l'UEMOA à l'ensemble des pays de la CEDEAO
est en cours comme convenu notamment dans la feuille de route des négociations
de l'APE. Certains pays dont la Guinée Conakry sont déjà
au stade de la mise en uvre. Pour les autres, les listes d'exception
(type A et B) ainsi que les justificatifs sont en cours d'élaboration.
Etat d'avancement des discussions entre l'Afrique de l'Ouest et
la CE
Les experts ont rappelé la mise sur pied de 5 groupes thématiques
conjoints et ont constaté un désaccord entre les deux
parties en ce qui concerne le cinquième groupe. L'Afrique de
l'Ouest veut que ce groupe soit consacré aux secteurs de production
agriculture, pêche, produits artisanaux et industriels, tandis
que la CE, souhaite que ce groupe soit consacré à de simples
analyses sectorielles et ne soit pas un groupe de négociation.
Le rapport conjoint du groupe I sur la zone de libre-échange
et l'union douanière a été adopté lors de
la dernière réunion du Comité régional de
négociation (CRN) au niveau des hauts fonctionnaires qui a eu
lieu à Dakar en juin dernier. Une seconde divergence a été
toutefois constatée, le côté européen ayant
émis une réserve sur le point concernant les compensations
des pertes des recettes douanières. Ce point est ainsi resté
suspens.
Les OSC dans leur communication ont souligné leur rejet d'un
APE purement commercial et ont recommandé la recherche d'un cadre
de véritable partenariat économique basé sur le
principe de non-réciprocité et de protection des industries
naissantes de l'A.O. Elles ont aussi rappelé les positions des
ministres de l'UA sur les questions de Singapour et la nécessité
d'adopter des politiques régionales communes sur ces questions
avant d'entrer en négociation avec toute tierce partie. Par ailleurs,
les OSC demandent que l'adoption du TEC de l'Uemoa soit suspendue pour
permettre une concertation de tous les acteurs concernés et prendre
en compte les préoccupations des organisations paysannes pénalisées
par un TEC agricole trop bas. Ceux-ci estiment que l'adoption du TEC
de l'UEMOA risque de compromettre la mise en uvre de la politique
agricole commune de la CEDEAO, l'Ecowap. Enfin, la société
civile attire l'attention sur le processus de négociation qui
s'est emballé pour des raisons de calendrier et ne permet pas
une concertation démocratique.
Lors de la réunion du CRN au niveau des hauts fonctionnaires
de février 2005 à Bruxelles, les deux parties ont examiné
une structure de rapport conjoint. Cinq parties ont été
proposées, (Introduction, Environnement institutionnel en A.O.,
Approfondissement du processus d'intégration en A.O., Amélioration
de la compétitivité, Modalités de mise en uvre
et Mobilisations des ressources). La partie européenne accepte
cette structuration sous réserve de préciser que les parties
sur l'amélioration de la compétitivité et la mobilisation
des ressources ne relèvent pas des groupes de négociation
mais de la TFPR.
La première réunion de la TFPR a eu lieu en marge de la
réunion des hauts fonctionnaires de juin dernier à Dakar.
Elle s'est résumée à l'adoption de dispositions
d'opérationalisation, notamment la création d'un bureau
tournant.
Conclusions de la réunion des experts
Les discussions sur l'état de négociations ont permis
aux experts de constater que la CE confirme à chaque étape
des discussions, son refus de négocier et de s'engager sur les
questions de développement qui constituent pourtant la principale
préoccupation de la région. En conséquence, ils
ont recommandé aux ministres que la région exige un engagement
politique de la CE sur la question des ressources additionnelles pour
faire face aux coûts d'ajustement et à l'amélioration
de la compétitivité des économies ouest-africaines.
Sur les thèmes de Singapour, les experts ont rappelé que
les questions d'investissement et concurrence figurent bel et bien sur
la feuille de route et que la région a accepté de les
négocier. Il y a cependant eu des divergences, certains experts
étant d'avis, comme la société civile, que les
négociations sur ces thèmes étaient prématurées.
Le rapport des experts a en définitive mentionné la présence
des questions de Singapour sur la feuille de route tout en se gardant
de faire des recommandations pour les négociations.
En outre, le rapport des experts a fait une très brève
mention de la communication de la société civile, indiquant
que celle-ci se posait des questions sur la cohérence des négociations
APE par rapport aux stratégies de développement de la
région.
Deux autres points sur l'état d'avancement des négociations
sur l'Agenda de Doha ainsi que les préparatifs de la 4ème
foire de la CEDEAO faisaient partie de l'ordre du jour. Sur le premier
point, le représentant des ambassadeurs à Genève
a indiqué que les travaux n'avaient pas connu d'avancée
notable et que les discussions prévues en fin juillet apporteraient
plus de lumière. Enfin le dernier point a consisté en
un point d'information sur la foire qui se tiendra à Abuja.
La réunion ministérielle
Après lecture du rapport des experts et avant les débats
des ministres, la représentante de la société civile
a demandé à chacun des ministres présents la faveur
de pouvoir intervenir très brièvement pour éclaircir
la position de la société civile qui n'avait pas été
correctement rendue par le rapport des experts. La faveur accordée,
l'intervention de la société civile a mis en exergue certains
points forts sur lesquelles elle voulait attirer l'attention des ministres
:
- L'APE est parti pour être un accord de libre-échange
qui loin d'être profitable à l'Afrique de l'Ouest, lui
portera plutôt préjudice. En conséquence, les
OSC rejettent cet accord sous sa forme actuelle et demandent aux gouvernements
de mettre un terme aux négociations d'un APE/ALE.
Les Osc estiment que tout accord avec l'UE doit être basé
sur :
- la non-réciprocité qui permettrait à la région
de créer et protéger son marché interne et de
soutenir son processus de développement pour le porter à
un niveau satisfaisant. Les OSC recommandent à ce propos d'obtenir
que le partenaire européen soutienne la soumission du groupe
ACP à l'OMC sur l'art XXIV du GATT;
- la cohérence avec les politiques régionales, bilatérales
et multilatérales, en particulier avec les positions de l'Union
africaine, spécialement en ce qui concerne les questions de
Singapour;
En outre, sur l'intégration régionale, les OSC insistent
sur la nécessité de revoir le TEC UEMOA et de ne pas l'appliquer
à toute la région Afrique de l'Ouest en ce qui concerne
les produits agricoles notamment.
Les ministres ont tous exprimé leur insatisfaction en ce qui
concerne la non prise en compte de la dimension développement.
Certains ministres ont évoqué la possibilité de
"descendre du train" autrement dit de se retirer des négociations,
si leurs préoccupations continuaient à être ignorées.
Certains ont également tenu à marquer qu'ils partagent
entièrement et "officiellement" les positions de la
société civile et les soutiennent. Ils demandent que la
CE s'engagent sur la question des ressources additionnelles et qu'elles
soutiennent effectivement la soumission ACP sur l'art XXIV du GATT.
Faisant allusion au rapport conjoint du groupe technique I sur la zone
de libre-échange, le Burkina Faso s'est élevé contre
le fait d'accepter un document avec une réserve touchant une
question de fond telle que celle de la compensation des pertes de recettes
douanières. L'UEMOA a suggéré à ce propos
d'adopter le principe de l'engagement unique, l'accord serait ainsi
valable sur tous les points ou dans le cas contraire, pas valable du
tout, s'il y a un manque de consensus sur un point quelconque.
Sur les questions de Singapour, les ministres ont réaffirmé
leurs positions de l'UA prises lors de la conférence des ministres
du commerce de l'UA au Caire, selon laquelle ces questions ne devraient
pas être incluses dans l'APE. Des ministres des pays UEMOA ont
également reconnu que les conditions dans lesquelles le TEC de
l'UEMOA a été adopté ne leur étaient pas
favorables, qu'ils n'étaient pas "prêts" et qu'ils
se le "sont fait dicter". Il y aurait donc lieu pour eux de
relire le TEC UEMOA pour certains secteurs.
Dans leur unanimité, les ministres ont exprimé le souhait
d'être plus régulièrement consultés et ils
ont indiqué leur volonté de s'impliquer de manière
plus effective dans la négociation de l'APE.
En règle générale, des avancées dans la
prise de position des ministres sur le traitement des questions de développement
ainsi que sur la cohérence dans les différents niveaux
de négociations (APE et OMC) sont notées. La possibilité
pour certains pays de se retirer des négociations a été
évoquée pour la première fois. Il est à
déplorer que le rapport sur les conclusions et recommandations
de la réunion ministérielle (adopté dans la soirée
et sans la version anglaise) ait reflété les positions
des ministres d'une manière relativement "timide" tel
que l'a fait remarquer l'un des délégués.
Sources : Compte-rendu Enda.