ACP-PMA : les pays signataires du protocole ACP/UE sur le sucre se
penchent sur leur industrie sucrière menacée par la proposition
de réforme européenne et proposent la réactivation
du G90 pour mieux défendre leurs intérêts
Les ministres représentant les Etats ACP signataires du protocole
ACP-UE sur le sucre et les Pma fournisseurs de sucre au titre de l'Initiative
"TSA" se sont réunis à Kisumu (Kenya) du 22
au 25 septembre 2005, à l'occasion de la 9ème Conférence
ministérielle spéciale ACP sur le sucre en vue d'examiner
des stratégies visant à promouvoir le développement
durable de leurs industries sucrières, notamment à la
lumière des propositions radicales de la Commission européenne
pour réformer le régime communautaire du sucre.
Les ministres ont noté que les Etats ACP et les PMA ont toujours
été prêts à travailler avec l'Union européenne
dans toutes les enceintes appropriées pour examiner des stratégies
destinées à promouvoir leur développement socio-économique
durable grâce au commerce, en particulier du sucre, conformément
à l'accord de Cotonou et d'autres instruments contraignants.
Ils ont déploré l'absence de progrès enregistrés
jusqu'ici et indiqué qu'une occasion de réaliser le développement
durable était en train d'être perdue, ce qui aura des conséquences
très négatives.
Ils considèrent en effet que la proposition UE de réforme
est déséquilibrée et discriminatoire envers les
ACP. Le manque de cohérence des politiques communautaires compromet
la capacité de ces pays à utiliser le commerce comme un
moyen d'atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement
(OMD).
Ils se sont ainsi dit préoccupés par le fait que, sous
sa forme actuelle, la proposition de la Commission aura des conséquences
très graves, y compris la destruction de leurs industries sucrières,
ce qui entraînera des effets dévastateurs sur les Etats
ACP et PMA, notamment sur leur tissu social, l'emploi, la sécurité
et la réalisation des OMD à laquelle les Etats ACP et
les Etats membres de l'UE attachent la plus haute importance.
L'offre de mesures d'accompagnement de la Commission en faveur des
Etats ACP, d'un montant de 40 millions d'euros la première année
et d'un montant non précisé les années suivantes,
est jugée insuffisante par les ministres pour donner aux Etats
ACP les garanties fermes nécessaires pour moderniser, restructurer
et améliorer leur compétitivité. A cet égard,
les ministres notent en outre que, selon le Royaume-Uni, 100 millions
d'euros seront nécessaires la première année et,
les années suivantes, 500 millions d'euros chaque année.
Les ministres ont rejeté l'argument de la Commission selon lequel
l'ouverture du marché communautaire aux PMA dans le cadre de
l'Initiative "TSA" impose les baisses drastiques de prix proposées.
Ils ont également noté que ces baisses si importantes
des prix vont bien au-delà de ce qui est exigé de l'UE
pour honorer les engagements qu'elle sera probablement amenée
à prendre à l'OMC. Ils ont de plus noté leur inquiétude
devant l'absence de mesures d'accompagnement spécifiques en faveur
des PMA dans le cadre de l'Initiative "TSA".
Le cas de St-Kitts-et-Nevis, Etat ACP signataire du Protocole sur le
sucre, a été donné en exemple pour montrer les
effets négatifs de la proposition européenne. Ce pays
a été contraint d'arrêter sa production de sucre
destiné à l'exportation, puisqu'en raison de la baisse
de 39% du prix du sucre proposée par la Commission cette production
ne serait plus rentable. Les ministres ont ainsi demandé instamment
à la Commission européenne de fournir immédiatement
à St-Kitts-et-Nevis un appui budgétaire pour l'exercice
2006, appui nécessaire tant pour accompagner le processus de
transition que pour assurer une diversification et une adaptation plus
large, comme indiqué dans le Plan d'action.
Les ministres ont convenu de la nécessité de restructurer
leurs industries du sucre, mais que la réforme doit être
menée à leur propre rythme, en tenant compte des spécificités
de chaque industrie et de chaque pays. Ils ont réaffirmé
leur souveraineté et leur capacité à prendre leurs
propres décisions, pour le bien de leurs populations, et demandent
à l'UE de donner à ses délégations nationales
un mandat clair pour jouer un rôle de soutien dans le cadre de
ce mandat et ce, dans l'esprit du partenariat ACP-UE, tout en procédant
à l'examen des mesures d'accompagnement.
Ils ont convenu que les Etats ACP et les PMA participeront activement
et efficacement aux négociations à l'OMC avant et après
la Conférence ministérielle à Hong Kong. Ils ont
également convenu que les ACP et les PMA poursuivront une stratégie
active de construction d'alliances à l'OMC et qu'ils travailleront
avec les parties concernées à la réactivation du
G90.
Les ministres ont reconnu les efforts menés dans le cadre des
missions ministérielles de sensibilisation et ceux des ambassadeurs
ACP et PMA. Ils ont dès lors convenu à l'unanimité
de la nécessité d'une réunion d'urgence au plus
haut niveau entre les chefs d'Etat ACP et PMA, le président de
la Commission, M. Barroso, le président du Conseil UE, M. Tony
Blair et le président du Parlement européen, en vue de
dégager une solution acceptable pour tous les acteurs concernés
du régime UE sur le sucre.
Les ministres ont vivement apprécié l'offre du vice-président
de la République du Kenya, l'honorable Dr Moody Awori, de porter
d'urgence la présente déclaration à l'attention
de S E. Mwai Kibaki, président du pays hôte de la 9ème
Conférence ministérielle spéciale sur le sucre
et de procéder à des consultations avec le président
du Conseil ACP et tous les chefs d'Etat ACP et PMA afin de faciliter
un dialogue immédiat au plus haut niveau.
C'est le 22 juin dernier que la Commission exécutive européenne
de l'UE a rendu public un nouveau plan de réforme du marché
du secteur du sucre, qui doit transformer de manière significative
un système en place depuis 40 ans. La proposition comprend une
réduction en deux étapes, de 39%, du prix garanti du sucre
blanc ; une compensation aux agriculteurs de l'UE à hauteur de
60% de la baisse des prix sous forme d'une subvention découplée,
liée au respect de normes de gestion environnementale et foncière
; et un programme de restructuration visant à encourage les producteurs
les moins compétitifs à abandonner le secteur du sucre,
ainsi qu'un appui aux fermetures d'usines. La réforme offre également
une assistance aux pays ACP (Afrique, Caraïbes et Pacifique) qui
bénéficient actuellement d'un accès préférentiel
sur le marché du sucre européen.
Le Protocole ACP-UE conclu en 1975 et l'Initiative TSA (Tout sauf les
armes) signée par les PMA exportateurs de sucre et l'UE, sont
au cur du secteur sucrier. Le protocole relatif au sucre est en
effet un accord contractuel autonome dans lequel les deux parties s'engagent
à s'acquitter de leurs obligations respectives. Au terme de l'article
premier de celui-ci, l'UE "s'engage pour une durée indéterminée,
à acheter et à importer, à des prix garanties,
des quantités spécifiées de sucre de canne, brut
ou blanc, originaire des Etats ACP et que lesdits Etats s'engagent à
lui fournir." L'Initiative TSA quant à elle, a pour la première
fois permis aux ACP-PMA d'exporter du sucre sur le marché de
l'UE dans le cadre d'un accord-cadre en leur assurant une part équitable
et une livraison méthodique des quotas attribués sur le
marché européen.
Sources : le Potentiel ; acpsec.org