Sur la route de Hong Kong, les pays ACP radicalisent et harmonisent
leur position sur le coton.
Des pays ACP producteurs de coton se sont réunis du 2 au 4 novembre
dernier à Lomé, au Togo, pour se pencher sur les problèmes
de la filière en perspective de la 6ème conférence
ministérielle de l'OMC qui se tiendra à Hong Kong du 13
au 18 décembre. A l'OMC, les pays africains ont réitéré
leur proposition d'élimination des subventions suivant un calendrier
précis et de mise en place d'un fonds d'urgence.
En dépit des déclarations d'intention des pays du Nord,
de l'engagement des pays membres de l'OMC dans l'accord-cadre de juillet
de traiter le coton de manière " spécifique, ambitieuse
et rapide " et la victoire du Brésil sur les Etats-Unis,
le dossier coton ne connaît encore aucune avancée qui pourrait
faire espérer une solution à Hongkong. C'est pourquoi
les pays ACP producteurs, avec à leur tête ceux du C4 (Bénin,
Mali, Burkina Faso et Tchad), ont pris la mesure de tous les enjeux
et ont décidé de négocier en rangs serrés
pour que leurs préoccupations ne soient pas sacrifiés
sur l'autel des jeux d'intérêts entre les pays développés
et les grands pays en développement membres de l'OMC.
C'est en effet suite au constat selon lequel les propositions qui ont
été faites depuis le mois d'avril 05, n'ont connu aucune
avancée que ces pays ont jugé nécessaire de réagir
avant d'aller à Hong Kong. Le 1er août 2004, l'OMC avait
promis de traiter cette question du coton de manière " ambitieuse,
rapide et spécifique ". Un an après, force est de
constater que ce traitement n'est ni spécifique - le coton semble
être dilué dans les négociations agricoles - , ni
rapide - il n'y a à ce jour aucun engagement chiffré et
daté pour une élimination des subventions sur le coton
-, ni ambitieux - la demande de mise en place d'une fonds d'urgence
entre autres n'a connu aucune réponse satisfaisante.
Le 19 avril 2005, le groupe Africain à l'OMC a introduit une
communication au niveau du sous-comité du coton sur les modalités
de mise en uvres des demandes contenues dans l'initiative sectorielle
en faveur du coton. Et la date butoir pour l'élimination de toutes
formes de subventions à l'exportation était le 1er juillet
2005 et pour les soutiens internes le 21 septembre. Ces propositions
sont restées sans suite.
C'est au vu de toutes ces contraintes que les pays ACP se sont concertés
pour dresser une stratégie commune pouvant faire avancer le dossier.
Des propositions antérieures ont ainsi été réitérées.
Elles tournent principalement autour de 3 (trois) points essentiels
: d'abord l'accès des pays ACP au marché pour le commerce
international du coton ; ensuite l'élimination des soutiens interne
et des subventions à l'exportation des pays du nord, enfin mettre
sur pied un fonds d'urgence d'appui à la production cotonnière.
Cette proposition a été formellement réitérée
lors de la réunion du Sous-comité coton le 18 Novembre
dernier. Ces propositions portent sur les points suivants :
" L'élimination totale des subventions sur le coton d'ici
au 31 décembre 2005
" La réduction substantielles des soutiens internes qui
causent des préjudices graves au commerce du coton selon le calendrier
de mise en uvre ci-après : réduction de 80% des
subventions d'ici au 31 décembre 2006 ; 10% supplémentaire
de réduction pour le 1er janvier 2008 et les 10% restants pour
le 1er janvier 2009.
" L'élaboration des disciplines interdisant la conversion
des soutiens non autorisés en soutiens autorisés, et de
mettre en place des moyens de contrôle y afférents
" La mise en place d'un Fonds d'urgence pour faire face aux déficits
liés à la baisse des prix du coton sur le marché
international
" La mobilisation de l'assistance technique et financière
pour le développement de la filière cotonnière
en Afrique
S'agissant de l'accès au marché, les pays ACP demande
une amélioration de l'accès ce qui donnera la possibilité
au producteurs ainsi qu'aux exportateurs de bien se positionner sur
le marché international. Cela mènera vers une meilleure
représentativité et une base consolidée des produits
bruts du coton. Et pour ce qui est des produits dérivés
du coton, les pays ACP demandent un accès libre et sans contingent.
Les soutiens internes et les subventions à l'exportation ont
aussi fait l'objet d'une attention particulière au cours de cette
rencontre de Lomé. En effet cette question est l'une des plus
controversée, elle est au cur de tous les désaccords.
Elle constitue l'exemple type de relations commerciales inégales.
Les subventions des pays du nord menacent l'unique "gagne pain"
de millions de personnes dans les pays du Sud. Aussi le coton africain
n'est plus rentable face à ses concurrents subventionnés,
bien qu'il soit de haute qualité et produits à des coûts
inférieurs de moitié. Dès lors la survie de la
filière coton dans les pays ACP est menacée, d'où
l'urgence d'une solution sur les subventions et les pays ACP comptent
ressortir cette solution au cours de cette 6ème conférence
de Hong Kong. Et les décisions qui devraient être prises
doivent porter sur d'abord un calendrier de réduction accélérée
des subventions et leur élimination d'ici une date fixe ensuite
une indemnité financière pour compenser les pertes de
revenus des PMA. Mais il faut préciser que ces propositions ont
été faites depuis la fin du mois d'avril 2003. Et justement
depuis, les choses semble stagner. Et les subventions continuent de
causer un préjudice inestimable aux producteurs des pays ACP.
La demande de compensation des pertes subies apparaît donc comme
des plus pertinentes
Les pays ACP ne demandent pas de cadeaux, ils veulent juste que les
principes de libre concurrence, de loyauté et d'échanges
équitables soient respectés et l'OMC ne peut pas fermer
les yeux sur une telle situation. Il n'y aura pas d'échappatoire
à Hongkong. L'OMC devra se prononcer et se pencher avec beaucoup
de rigueur la question. Et c'est comme un cri de cur que ces pays
ACP ont lancé. Dans l'espoir aussi que toutes les parties ne
resteront pas cantonner sur leurs positions afin d'éviter le
spectre de Cancun.
L'enseignement qu'ont peut tirer de cette rencontre de Lomé
c'est que les pays ACP ont compris qu'ils ont tout à gagner dans
l'harmonisation de leurs positions de négociation sur le coton
mais aussi sur tous les autres sujets qui seront soulevés au
cours de cette conférence.