CEMAC : Les Ministres du commerce adoptent une démarche commune
et optent pour le développement.
Du 02 au 03 novembre s'est tenue au Palais des Congrès de Yaoundé
au Cameroun, une rencontre des pays de la Communauté Economique
et Monétaire d'Afrique Centrale (CEMAC), en vue de la définition
d'une position commune sur les différentes questions qui feront
l'objet de négociation lors de la prochaine Conférence
Ministérielle de l'Organisation Mondiale du Commerce qui se tiendra
à Hong Kong du 13 au 18 décembre 2005. La rencontre des
Ministres en charge du Commerce qui a eu lieu le 03 novembre était
précédée par des réunions des experts qui
ont formulé des recommandations de positions à adopter
par les Ministres. Etaient présents à cette rencontre,
en plus des experts locaux et des négociateurs accrédités
à Genève, les Ministres en charge du commerce du Cameroun,
du Congo, de RCA de Guinée Equatoriale, un représentant
de l'Union Africaine, le Secrétaire Exécutif de la CEMAC.
Lors de la cérémonie d'ouverture de ces travaux, le Ministre
du Commerce du Cameroun, pays hôte, a formulé de vu
que les recommandations des experts intègrent quatre dimensions
qui permettraient de prendre en charge la dimension développement
des négociations en cours. Notamment :
- la nécessité du renforcement des capacités de
négociation et de formulation des règles commerciales
de la CEMAC,
- la prise en compte dans la position, de la nécessité
du renforcement des capacités d'ajustement des coûts de
mise en uvre des règles commerciales internationales, notamment
en ce qui concerne les pertes fiscales et des emplois,
- la prise en compte dans la position, des préoccupations de
renforcement des capacités d'offre des pays de la sous région
- la prise en compte dans la position, de la nécessité
du renforcement des capacités d'échanger dans le respect
des normes internationales.
Les recommandations adoptées par les Ministres de la CEMAC.
Les experts ont travaillé sur trois thèmes : Commerce
et développement, Commerce des biens, Facilitation des échanges
et commerce des services. Au terme de leurs travaux les recommandations
formulées ont été lues amandées et adoptées
par les Ministres. Concernant la cohérence des positions dans
les différents processus de négociations commerciales
en cours, les Ministres reconnaissent l'urgence que les acteurs politiques
de haut niveau de la sous région jouent un rôle important
et proactif dans les processus en cours. Dans ce sens les Ministres
estiment qu'il est hautement souhaitable que mandat soit donné
par les Chefs d'Etat à la CEMAC et la CEEAC pour coordonner les
négociations commerciales à l'OMC et des APE pour les
pays de la sous région. Concernant la prise en compte de la dimension
développement dans les négociations commerciales multilatérales,
les Ministres déplorent l'érosion continue des préférences
commerciales dont bénéficiaient les pays de la CEMAC et
demandent :
- La mise en place d'un système de compensation afin d'en atténuer
des effets néfastes.
- Une plus grande flexibilité politique dans les règles
de l'OMC afin de permettre aux Etats de mettre en uvre leurs propres
stratégies de développement.
- La finalisation au plus tard lors de la conférence de Hong
Kong, d'une initiative d'aide au commerce conformément à
la discussion du comité de développement de la Banque
Mondiale et du Fonds Monétaire International de septembre 2005.
Une telle initiative devrait permettre de renforcer les capacités
relatives aux reformes complémentaires et aux investissements
nécessaires pour faire face aux coûts d'ajustement notamment
en ce qui concerne les contraintes d'offre, les pertes de recettes fiscales
et d'emplois.
1- Une réforme institutionnelle dans le cadre des Accords de
Partenariat Économiques (APE), afin :
* De faciliter l'accès au Fonds européen de Développement,
et la mise à la disposition des Etats en temps voulu des informations
fiables et détaillées sur les apports d'aide;
* D'assurer des fonds supplémentaires pour l'aide au commerce
européen au niveau le plus pertinent (national et régional).
Plus précisément, assurer que les APE, en cas d'accord,
prévoient bien une compensation suffisante des manques à
gagner dus à l'élimination des tarifs douaniers :
* D'assurer la disponibilité d'une aide accrue pour promouvoir
la production nationale d'une part et, d'autre part, la compétitivité
et la diversification de l'offre d'exportation. Cette aide devrait être
accompagnée par des mécanismes souples d'accès
et de décaissement des fonds.
* De développer un mécanisme de surveillance des APE avec
des indicateurs pro-développement adaptés au contexte
spécifique de la région, notamment dans le cadre de l'accès
au marché, de la flexibilité dans les échanges
et de l'aide au développement. Concernant le commerce des biens
(les produits agricoles et produits non agricoles), les Ministres ont
exprimé des intérêts offensifs et défensifs.
Les intérêts offensifs sont relatifs à :
2 - l'accès aux marchés où les ministres
demandent :
* L'élimination sans réciprocité, des barrières
tarifaires et non tarifaires dans les pays développés
* La réduction de la progressivité des droits de douanes
* L'établissement d'un fonds de compensation pour l'érosion
des préférences.
* Le soutien interne où les Ministres demandent:
* La réduction des soutiens internes dans les pays développés
en particulier pour les produits suivants : le sucre, le tabac, la banane,
le coton, le maïs, les fruits et légumes.
* Prévoir un fonds de compensation en faveur des pays en développement
producteurs.
3- La concurrence à l'exportation des produits agricoles
où les Ministres demandent:
* L'élimination des subventions à l'exportation et la
création d'un fond de compensation pour les pays importateurs
nets de produits alimentaires
* L'élimination de toutes formes de subvention au coton
4- L'accès au marché des produits non agricoles
où les Ministres demandent:
* La possibilité de protéger certains produits ou secteurs
industriels, notamment les industries naissantes concurrencées
par les importations.
* La mise en place d'un mécanisme de compensation des pertes
de recettes douanières
* Des règles d'origines plus simples et plus libérales
dans le cadre du système commercial multilatéral. Les
intérêts défensifs de la sous régions CEMAC
relatifs à l'agriculture à l'OMC exprimé par les
Ministres consistent à:
- Identifier les produits spéciaux et sensibles
- Identifier les conditions pour faciliter l'usage d'un mécanisme
de sauvegarde spécial
- Garder l'espace pour utiliser les subventions dans la région
dans le futur
Les Ministres ont également adopté des positions sur
d'autres questions relatives au commerce des services. Notamment
- L'intégration du Traitement Spécial et Différencié
(TSD) dans certaines dispositions de l'article XXIV du GATT, pour accorder
des concessions non réciproques aux PED et PMA.
- La réalisation d'une étude préalable avant toute
position sur la formule de réduction des tarifs, afin d'éclairer
les pays de régions sur l'impact de celle-ci sur leurs économies.
Concernant l'initiative sur le coton, les Etats membres de la CEMAC
soutiennent les pays co-auteurs de l'initiative sectorielle en faveur
du coton et demandent que le coton soit traité de manière
ambitieuse, rapide et spécifique comme il a été
décidé par le Conseil Général de l'OMC à
la session de la fin du mois de juillet 2004.
Concernant le verdict de l'organe de règlement des différents
de l'OMC sur la banane, les Ministres ont exprimé leur vive préoccupation
et exprimé leur solidarité aux pays producteurs. Ils ont
demandé que le processus d'érosion des préférences
par rapport à la banane africaine soit stoppé, et que
l'OMC veille à ce que les préférences soient maintenues.
Concernant la facilitation des échanges et le commerce des services,
les Ministres, face à l'insuffisance des informations sur ces
questions, ont adopté que le Cameroun puisse formuler une position
pertinente prenant en compte les intérêts des pays de la
sous région. Les travaux ont été sanctionnés
par une déclaration finale et rendez-vous a été
pris pour la rencontre de l'Union africaine prévue pour la fin
novembre. Le Ministre du Cameroun a souhaité que les pays de
la CEMAC restent fermes et soudés avant, pendant et après
Hong Kong.
Sources : Notes Enda, Rapport SAILD