L'UEMOA et le secteur privé ouest africain passe en revue la
question des APE à Dakar
Les pays de la CEDEAO s'acheminent lentement vers la fin des préférences
commerciales que l'UE leur accorde avec l'entrée en vigueur des
nouveaux types d'accords commerciaux appelés APE (Accords de
Partenariat Economique). C'est pourquoi l'heure est aujourd'hui à
la préparation des acteurs. C'est ainsi que des rencontres de
concertation et de mise à niveau se tiennent dans les différentes
capitales des pays de la sous région, pour expliquer et sensibiliser
les différents acteurs sur les enjeux et les perspectives de
cet Accord qui apparaît pour beaucoup d'observateurs, inévitable.
La chambre consulaire régionale (CCR) de l'UEMOA, s'inscrivant
dans cette perspective de sensibilisation et eu égard a sa mission
d'implication du secteur privé dans le processus d'intégration
régionale, a rencontré le secteur privé sénégalais
en même temps que celui sous régionale, les 22 et 23 mai
2006 à Dakar. Cette rencontre qui a eu lieu à la chambre
de commerce et d'industrie de Dakar sous la présidence du ministre
sénégalais du commerce vise selon le président
de l'Union nationale des chambres de commerce d'industrie et d'agriculture
du Sénégal, M. Mamadou Lamine Niang, à "prendre
connaissance de l'état d'avancement des négociations en
cours avec l'Union européenne ; d'examiner les conséquences
des APE sur les entreprises et le secteur productif de l'Afrique de
l'Ouest ; et de formuler une vision partagée sur ce que doit
être l'APE et sur ce que doit être notre stratégie
de négociations".
Au cours de cette rencontre, les études d'impacts commanditées
par l'Union ont été passées en revue de même
que le rôle du Tarif Extérieur Commun (TEC) dans la libéralisation
des échanges en plus des politiques et stratégies d'appui
aux entreprises.
Partage sur les études d'impacts commandités par l'Union.
Les résultats des études d'impacts sur les APE commanditées
par la commission de l'UEMOA étaient inscrits au menu de la rencontre
de Dakar entre l'UEMOA et le secteur privé. Il a été
relevé que les APE constituent un nouveau régime dont
les conséquences à court, moyen et long terme ne sont
pas très avantageuses pour les pays de la région UEMOA.
Les études d'impacts font état d'une perte de recettes
douanières et fiscales d'un montant de 100 milliards par an pour
la sous région. Et les pays pris individuellement en souffriront
énormément. En guise d'exemple, on peut citer le Sénégal
qui perdrait plus de 44 milliards de francs CFA par an sur une période
de 10 ans à partir de l'entrée en vigueur des APE. En
effet ces accords supposent une libéralisation et un désarment
tarifaire plus importants que ce qui a existé jusqu'ici au niveau
multilatéral comme au niveau bilatéral. L'objectif étant
de mettre sur place une zone de libre échange entre l'UE et la
CEDEAO plus la mauritanie. Toutes les études d'impact réalisées
sur ces APE laissent entrevoir des conséquences néfastes
aussi bien pour les objectifs de développement que pour l'intégration
de la sous région. Mais leur signature semble être la voie
choisie par l'Union. Il a en effet été soutenu par les
fonctionnaires de l'Union qu'avec ou sans APE, l'Union européenne,
qui ne jouit d'aucun avantage tarifaire particulier, continuera de vendre
sur les marchés africains. Et que dans tous les cas, ceux ci
vont perdre, à partir de 2008, les préférences
tarifaires non réciproques sur les marchés européens,
au profit des pays concurrents d'Asie et d'Amérique latine. Il
apparaît ainsi qu' " un accord commercial, quel qu'il soit,
n'offre aucune garantie, ni aucun avantage acquis. Il offre seulement
des opportunités qu'il appartient de saisir." Mais les conséquences
pour les pays africains pourraient être particulièrement
néfastes, du fait des liens entre le franc Cfa et l'euro. Les
acteurs économiques de la sous région sont appelés
à prendre en considération, dès à présent,
ce nouveau régime en faisant montre de plus d'initiatives, de
compétitivité et de se préparer à une concurrence
rude des produits européens.
Par ailleurs au fur et à mesure que l'on approche de ces échéances,
les opposants à ces APE (essentiellement la société
civile) se radicalisent et initient des campagnes de sensibilisation
pour stopper ces accords. Et ce ne sont pas les assurances données
par les officiels de l'Union sur " la transparence des relations
commerciales Afrique de l'Ouest et l'UE" qui arrêtera la
détermination de la société civile dans cette lutte
contre les APE sur leur forme actuelle.
Le TEC et la libéralisation des échanges
Il est admis aujourd'hui que la première étape vers la
réalisation d'un marché commun est la transformation des
espaces économiques nationaux des Etats membres en une Union
douanière. Et des mesures importantes ont été prises
pour cela. Il s'agit de la mise en place d'un marché financier
régional, d'une législation communautaire de la concurrence,
une politique commerciale commune, et la libre circulation des personnes.
Ainsi la réalisation de cette union douanière passe principalement
par deux réformes : d'abord la libéralisation du commerce
intercommuataire ensuite le Tarif Extérieur Commun. Sur la première
réforme, il est à noter que pour les produits de cru et
de l'artisanat traditionnel, la libre circulation en franchise des droits
et taxes d'entrée est effective depuis le 1er juillet 1996. S'agissant
des produits industriels originaires agréés, la réduction
s'est opérée de façon progressive, du 1er juillet
1996 au 31 décembre 1999. Ainsi, en 2000, la réduction
des droits dans la zone UEMOA est arrivée à zéro,
à l'exception de la Guinée-Bissau. Quant aux produits
industriels originaires non agréés, ils bénéficient
d'une réduction de 5 % sur les droits et taxes d'entrée
depuis le 1er juillet 1996.
Pour la seconde réforme relative au TEC, elle permet de simplifier
les systèmes tarifaires en vigueur dans l'Union, une meilleure
garantie de développement de l'outil de production communautaire,
une plus grande ouverture des pays de l'Union sur le marché mondial,
entre autres. Il faut noter qu'il y'a un grand débat autour de
la question et beaucoup de personnes réfutent ce TEC qu'il considère
comme non-conforme aux objectifs de développement de la sous
région. Mais l'Union a tout de même élaboré
un projet de législation communautaire de la concurrence, qui
a pour objectif principal, d'assurer le fonctionnement correct du marché
commun et la répartition efficace des ressources. Il interdit
les accords entre entreprises et les décisions d'associations.