Les ACP et la Grande-Bretagne préoccupés par les exigences
de l'UE dans les discussions sur les APE
Le Commissaire européen au commerce, Peter Mandelson, a défendu
les plans en vue de nouveaux accords commerciaux avec certains des pays
les plus pauvres du monde, en dépit de critiques croissantes
formulées contre les exigence de l'UE par ses partenaires potentiels,
par les groupes qui font campagne en faveur du développement
et plus récemment, par le gouvernement britannique.
S'adressant aux ministres du commerce et du développement de
l'UE, le 16 octobre, au Luxembourg, Mandelson a insisté sur le
fait que Bruxelles n'avait " aucun objectif mercantiliste "
dans les 'Accords de partenariat économique' (APE) qu'il négociait
avec 79 membres du groupe de pays d'Afrique, d'Asie et du Pacifique
(ACP), essentiellement d'anciennes colonies des Etats Membres de l'UE.
Les négociations sur les APE ont été lancées
en 2002, en raison de l'expiration, fin 2007, d'une dérogation
de l'OMC qui autorise l'UE à appliquer des droits tarifaires
faibles sur les exportations ACP. Contrairement aux préférences
unilatérales, qui ont été jugées illégales
au titre du droit de l'OMC, les APE doivent être essentiellement
réciproques. Ceci veut dire que les pays ACP auront à
ouvrir leurs marchés aux exportations européennes.
Inquiétude des ACP et du Royaume Uni
Les ministres ACP s'inquiètent du fait qu'ils seront forcés
de libéraliser le commerce des biens et des services trop fortement
et trop rapidement. Lors d'une réunion du 12 octobre, organisée
à Bruxelles par South Centre, une organisation internationale
basée à Genève, le Ministre sénégalais
du commerce, Mamadou Diop, a appelé à repousser au-delà
du 1er janvier 2008 la date limite pour la signature des APE. Selon
Kaliopate Tavola, Ministre du commerce de Fidji, " une climat pessimiste
prévaut " dans sa propre région du Pacifique. "
Au début des négociations, nous attendions beaucoup de
l'idée des APE comme outil du développement. Mais au point
où en sont les choses actuellement, l'accord menace d'écraser
nos fragiles économies. Certaines petites îles peuvent
simplement choisir de se retirer totalement de l'accord. "
Leur homologue de la Barbade, Dame Billie Miller, a déclaré
que l'UE devrait s'investir davantage dans la constitution de capacités
et le renforcement de la compétitivité des pays ACP, avant
d'attendre de ces pays qu'ils ouvrent leurs marchés aux échanges.
Elle a également déclaré que Bruxelles devrait
prévoir des compensations plus importantes pour les pertes de
recettes tarifaires qui résulteraient de la libéralisation.
De nombreux gouvernements ACP sont fortement tributaires des droits
de douane pour leurs recettes. Plusieurs pays ACP craignent également
les tentatives de l'UE visant à inclure dans les APE des règles
sur l'investissement étranger, la concurrence et la passation
des marchés publics. L'UE avait souhaité que ces questions
fassent partie des négociations du Cycle de Doha à l'OMC,
mais avait dû y renoncer, à terme, face à la forte
opposition des pays en développement.
Deux Secrétaires d'Etat du gouvernement britannique ont formulé
des préoccupations similaires dans une lettre ouverte adressée
à Mandelson et au Commissaire au développement européen,
Louis Michel. " L'UE doit
accorder aux pays ACP le temps
qui leur est raisonnablement nécessaire pour ouvrir leurs propres
marchés, tout en fournissant des sauvegardes effectives pour
que la concurrence déloyale des produits européens subventionnés
ne compromette pas les produits africains à leur propre porte,
" a écrit Ian McCartney, Ministre du commerce du Royaume
Uni, et son collègue Gareth Thomas, Secrétaire d'État
pour le développement (Paliamentarian Minister). " Nous
ne pensons pas, non plus, qu'il soit acceptable d'obliger les pays ACP
à négocier des règles sur l'investissement, la
concurrence et la passation des marchés publics, tant qu'ils
ne l'ont pas spécifiquement demandé. " Ils ont fait
part de leur inquiétude concernant le fait qu'il ne restait guère
plus qu'un peu plus qu'année pour les négociations et
ont exhorté la Commission européenne à se montrer
flexible au cas où un pays en développement serait peu
disposé à entrer dans un APE.
Mandelson rejette les critiques
Le Commissaire européen au commerce a rétorqué
que les concessions commerciales réciproques entraîneraient
une évolution fondamentale des relations UE-ACP, qui passeraient
" de l'offre de préférences tarifaires - une bouée
de sauvetage qui s'érode (eroding lifeline) à la mise
en place de marchés régionaux et internationaux durables
pour les ACP. " Il a ajouté que l'UE était certes
disposée à se montrer flexible sur la date limite de janvier
2008, mais qu'il était " politiquement irréaliste
de penser que les Membres de l'OMC conviendraient de proroger la dérogation
actuelle, et certainement pas sans faire payer le prix fort. "
Mandelson a fait valoir que les préférences commerciales
s'érodaient n'importe comment, " de sorte qu'il ne sert
à rien pour les pays ACP de s'accrocher au passé, comme
le veulent certaines ONG. " Selon le Financial Times, Mandelson
avait déclaré, auparavant, que l'investissement, la concurrence
et la passation des marchés publics étaient déjà
présents dans " des feuilles de route convenues de manière
conjointe " entre l'UE et les pays ACP.
Au Luxembourg, Mandelson a identifié certaines questions auxquelles
il fallait répondre Durant les négociations. L'une était
de savoir si Bruxelles pouvait offrir un accès total en franchise
de droits et sans contingents au titre des APE, sans compromettre les
réformes des subventions agricoles sur des produits tels que
le sucre ; une autre portait sur la durée de périodes
de transition acceptables pour la libéralisation dans les pays
ACP - des périodes allant jusqu'à 25 ans ont été
suggérées.
Hausses de l'aide liée au commerce annoncées
Le 17 octobre, les Ministres du commerce et du développement
de l'UE ont convenu de rehausser l'aide liée au commerce de 2
milliards d'euros. La moitié de ce montant proviendra du budget
de la Commission européenne, et le reste des gouvernements membres
de l'UE. Une grande partie des nouvelles dépenses en matière
d'aide ciblera les pays ACP, pour les aider à mettre en uvre
les APE.