Afrique de l'ouest : les APE en question. La société
civile intensifie son combat et les gouvernements sont dans le doute.
Le moins que l'on puisse dire, c'est que les accords de partenariat
économique actuellement en négociation sont loin de faire
l'unanimité en Afrique de l'ouest. De ombreux acteurs de la sous
région ont, du lancement des négociations à ce
jour, montré leur opposition à la mise en place d'un accord
de libre-échange fondé sur les principes de la réciprocité
entre l'UE et les pays de la CEDEAO, quelque soit par ailleurs la dénomination
de celui-ci. Les ONG, organisation de producteurs, syndicats de travailleurs,
mouvements de femmes et d'étudiants, membres de la plate-forme
de la société civile ouest africaine sur les APE et du
réseau Africa Trade network (ATN) ou en alliance avec eux, ont
lancé une campagne internationale depuis 2003 pour dénoncer
les APE sous leur forme actuelle.
De nombreuses autres organisation du patronat africain se sont jointes
directement ou indirectement à la campagne en partageant les
arguments de base. De même plusieurs ONG du Nord on servi de relais
pour attirer les gouvernements et des populations de l'UE sur les dangers
et les risques que ces accords faisaient inévitablement courir
aux populations africaines dans leur ensemble. Ces arguments ont renforcés
par une séries d'études menées par de multiples
institutions, dont certaines jouissent d'une crédibilité
sans faille, qui ont pour l'essentiel aboutit à la conclusion
que les APE pourraient compromettre les efforts de développement
faits par la sous région ouest africaine, pour se limiter à
cet exemple, en fragilisant la production agricole et industrielle,
en baissant l'investissement public dans les secteurs sociaux de base,
en détournant les échanges commerciaux intra-régionaux
et en sapant du coup les bases de l'intégration régionale
que l'APE dit chercher à promouvoir.
Les incertitudes et les doutes soulevés par l'APE ont engendré
récemment, au-delà des dénonciations et des critiques,
une recherche effrénée d'alternatives à l'accord
de partenariat ou d'accords de partenariat alternatifs. Il semble cependant
que les différents acteurs impliqués dans les négociations
autant que les institutions n'aient pas la même lecture de cette
démarche. Quoi qu'il en soit, un regard lucide sur la situation
montre que la perception de cette accord a beaucoup changé, y
compris aux yeux de certains gouvernements de la région et d'autres
acteurs qui jadis montraient un zèle pour le moins incompréhensible
en faveur de la conclusion de l'accord.
Si les organisations de la société civile ont dès
le départ proclamé leur opposition à l'APE sous
sa forme présentée, les ministres d'Afrique de l'ouest
ont aussi dernièrement pris de plus en plus de recul par rapport
aux contenu et aux dates convenus pour la signature de l'APE.
La société civile réitère ses arguments
contre l'APE et présente ses recommandations.
Dans une déclaration produite à l'issue d'une concertation
de plusieurs jours, du 10 au 13 nov dernier, organisée à
Dakar sous l'égide d'Enda Tiers Monde et de Third World Network
Africa (TWN Africa), au nom de la plate-forme des OSC d'Afrique de l'ouest
sur les APE, les organisations de la société civile ont
rappelé le travaille effectué tant collectivement qu'individuellement,
au niveau national comme régional, pour que leurs préoccupations
soient prises en compte dans le processus et les décisions politiques
de la négociation des APE en Afrique de l'ouest. Leur mot d'ordre
demeure inchangé. Tel qu'il ressort de la déclaration,
elle continue de marteler que " l'accord de partenariat économique
entre la CEDEAO et l'UE, dans sa forme actuelle d'accord de libre échange
entre deux parties inégales, constitue une diversion fondamentale
et une menace aux efforts collectifs et individuels de développement
des économies de la région ".
De plus, au moment où " la CEDEAO semble encore incapable
d'articuler la logique fondamentale de ses préoccupations proclamées
en matière de développement dans la structure des APE
et leurs différents thèmes ", la CE se contente quant
à elle de financer les études d'impact et par la même
occasion, d'imposer ses propres termes de référence.
" Il est prématuré de passer à la deuxième
phase " :
la décision de passer à la deuxième phase a été
proposée par le comité ministériel de suivi de
la CEDEAO lors de sa réunion tenue à Niamey le 06 octobre
2006. Une telle décision a été jugée trop
hâtive par la société civile. Ceci pour deux raisons
fondamentales. D'abord elle a été prise " en dépit
de la reconnaissance par les Ministres, du fait que les études
d'impact devant guider les négociations ne sont pas complètes
". D'autre part il existe un profond désaccord sur la conception
à donner à l'APE. Selon les OSC, l'UE campe sa position
sur la conception mercantiliste de l'accord sans se soucier de la dimension
développement qui est la préoccupation des Etats de la
Cedeao. Sur ce, ils disent être "convaincus que cette décision
est défaillante et expose la CEDEAO au risque de passer à
une étape beaucoup plus complexe, sans le bénéfice
de principes claires et d'une déclinaison précise de ses
intérêts ".
La préparation technique :
La déclaration a principalement touché tous les domaines
sur lesquels l'accord devra porter.
En ce qui concerne l'accès aux marchés, ils estiment
que le rapport de groupe de travail sur le secteur des produits ne donne
pas une vision claire de ce secteur, pouvant permettre à la CEDEAO
de prendre des engagements rentables pour notre production, face à
la supériorité écrasante des producteurs de l'UE
et ses politiques de subvention.
Pour ce qui est des services, le groupe de travail se fonde sur l'illusion
selon laquelle la libéralisation est essentielle pour développer
ce secteur. Mais il faudrait noter le risque que devra courir les industries
ouest africaines naissantes face aux transnationales européennes.
Concernant l'investissement et la concurrence, on note la persistance
de l'UE à les inclure dans l'accord, en dépit de l'opposition
faite par le Comité Ministériel de Suivi des négociations
en Afrique de l'ouest de les inclure dans l'APE. Ces Ministres ont décidé
de développer au préalable leur propre politique régionale
en matière d'investissement et de concurrence.
Dans les domaines de la facilitation des échanges, des normes
sanitaires et Phytosanitaires (SPS) et des obstacles techniques au commerce
(OTC), les acteurs de la société civile disent être
convaincus " que ces questions constituent un enjeu majeur de développement
pour l'Afrique de l'ouest ". Il faudrait donc penser à développer
ces questions avec ou sans APE, en évitant que l'UE nous dicte
sa loi.
Selon la déclaration, la position de la société
civile s'explique essentiellement par " le constat de déséquilibres
importants en ressources humaines et matérielles ainsi qu'un
rapport de force disproportionné entre les parties à la
négociation ". Ainsi, pour éviter à la région
des décisions hâtives pouvant porter préjudice au
développement de la région à moyen ou long terme,
les OSCont fait des recommandations spécifiques qui peuvent se
décliner en ceci :
- suspendre la phase II des négociations qui est prématurée
;
- Exiger la prolongation du délai des négociations au-delà
de décembre 2007 ;
- Exploiter cette période pour la conduite d'évaluations
autonomes, indépendantes et concrètes de l'APE sur les
économies dans leur ensemble et surtout sur les différents
secteurs et segments de la société ;
- S'assurer que la revue à mi-parcours des APE ainsi que le stipule
l'Accord de Cotonou soit globale, inclusive et substantielle ; et que
dans ce contexte les gouvernements favorisent des discussions pour l'adoption
de cadres alternatifs aux APE dans leur forme actuelle ;
- Maintenir leur décision d'exclure les questions de Singapour
sur la Concurrence, l'Investissement et les Marchés Publics de
tout accord éventuel avec l'Union Européenne.
- S'assurer que le projet de cadre de politique régionale sur
les investissements et la concurrence soient assujettis à des
concertations nationales complètes et inclusives ; que les discussions
explorent d'autres modèles plus adaptés aux besoins de
l'Afrique de l'Ouest et ses économies, avec le souci d'améliorer
fondamentalement la production agricole et le tissus industriel ;
- S'assurer que les accords sur les services n'impliquent pas pour les
pays d'Afrique de l'Ouest plus d'engagement que ceux qu'ils ont pris
au niveau de l'OMC
- S'assurer que sur la propriété intellectuelle des disciplines
plus strictes que celles de l'OMC ne soient imposées aux pays
d'Afrique de l'Ouest ;
- S'assurer de l'implication effective de toutes les parties prenantes
du niveau national au niveau régional, dans le processus de négociation
de l'APE.
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