UEMOA : les Ministres du commerce plaident pour des accords commerciaux
au service du développement et pour une reprise immédiate
des négociations à l'OMC :
Les ministres du commerce de l'UEMOA se sont réunis à
Dakar en novembre dernier pour tenter d'harmoniser et de renforcer leurs
politiques en vu de traduire leurs préoccupations de développement
dans les différentes négociations commerciales dans lesquelles
ils sont parties : négociations multilatérales à
l'OMC et bilatérales à travers d'une part l'accord de
partenariat économique entre l'Union européenne et l'Afrique
de l'ouest, l'accord de partenariat avec les pays du Maghreb, et d'autre
part l'ouverture au marché chinois.
Une déclaration a été adoptée par les Ministres
à l'issue de la rencontre. Celle-ci circonscrit un certain nombre
de préoccupations pendantes. Elle insiste particulièrement
sur la filière coton, les négociations entre l'union et
l'organisation mondiale du commerce (OMC), les négociations sur
l'APE entre l'Union européenne et l'Afrique de l'ouest, sur la
proposition du sommet sino-africain qui vient de se tenir à Beijing
et sur la coopération avec le Maghreb. Ils ont par ailleurs invité
les négociateurs politiques à accorder plus d'attentions
à l'élaboration des modalités de mise en uvre
du mécanisme de sauvegarde spéciale obtenu par les pays
les moins avancés (PMA) dans " le paquet de juillet "
et à la définition des produits spéciaux devant
bénéficier d'un traitement spécial et différencié.
D'autres questions ont également été traitées
dans la déclaration ; telles que l'élimination sans délai
des entraves au commerce en vu d'améliorer l'environnement des
échanges et de promouvoir le développement des activités
de production dans l'union.
Relance de la filière coton et reprise des négociations
:
Le dossier coton a été depuis 2003 au centre de grands
enjeux à l'OMC. L'un des principaux points qui sous-tendent les
demandes africaines et/ou Brésiliennes ce sur ce dossier porte
sur l'élimination effective des soutiens internes et de toute
autre subvention distorsive dont continuent de bénéficier
les producteurs des pays développés et qui constituent
une véritable entorse aux normes de concurrence que fait prévaloir
l'OMC. Sur, ce dossier, les Ministres prennent " appui sur les
modalités soumises au sous comité coton par les africains
pour la réduction effective en vu de l'élimination des
soutiens internes à la production cotonnière. "
Par ailleurs, il est demandé au Secrétaire général
de l'OMC de dresser dans les plus brefs délais le bilan de l'aspect
développement de la filière coton, en conformité
avec le mandat qui lui a été confié par les Ministres
de l'OMC à Hong Kong.
Du point de vu des négociations à l'OMC, un certain retard
a été noté. De l'avis du Président du Comité
de Négociations Commerciales (CNC), il n'y a pas eu " de
progrès par rapport aux positions des membres depuis la suspension
des travaux. " Sur ce, les Ministres ont lancé un vibrant
appel aux pays membres de l'OMC en faveur d'une reprise immédiate
des négociations commerciales multilatérales. Et à
travers la réunion du CNC, un communiqué de presse faisait
état d'un " large consensus pour la reprise des négociations
sur les sujets ".
Sur les négociations APE avec l'union européenne :
Les Ministres ont pris une position expresse sur ce dossier. Selon
eux l'accent doit être mis sur la dimension développement
de l'accord de partenariat. Le problème de la conception de l'APE
constitue la véritable source de blocage à travers les
négociations. L'UE qui dispose du monopole de la position dominante,
a tendance à ne mettre l'accent que sur la dimension mercantiliste
de l'APE, faisant ainsi abstraction à la plus grande préoccupation
africaine du millénaire, qu'est le développement.
Une telle attitude appelle à des positions très concertées
de la part des décideurs politiques. Sur ce point, les ministres
du commerce de l'UEMOA ont donné mandat à la commission
de l'UEMOA et au secrétariat exécutif de la CEDAO "
à travailler de concert " pour la mise en uvre effective
de l'union douanière de la CEDEAO. Une telle réalisation
doit selon eux être un préalable indispensable à
toute ouverture du marché à la concurrence des produits
originaires de l'union européenne.
Les Etats membre de l'UEMOA doivent renforcer leur concertation. Les
négociations sur les APE doivent être menées en
parfait accord entre les différents pays de l'union. Ces derniers
doivent refuser toute négociation séparée avec
l'union européenne.
Pour être plus pragmatique et afin de mieux camper leur position
sur la dimension développement de toute négociation avec
l'UE, les pays de l'UEMOA appellent à la mise en place de ressources
suffisantes pour " le financement des d'ajustements nécessaires
aux économies de la région". Selon M. El hadji Abdou
Sakho, commissaire aux affaires politiques, fiscales, douanière
et commerciales de l'UEMOA, certain pays comme la Tunisie ont été
appuyés dans ce sens par l'UE. Les Etats de l'Afrique de l'ouest
doivent eux aussi bénéficier de cette aide pour renforcer
leur capacité et mettre à niveau leurs entreprises afin
de faire face à la concurrence.
Dans une autre perspective, les Ministres sont revenus sur l'ouverture
au marché chinois et sur l'accord de partenariat avec le Maghreb.
Ouverture au marché chinois et Accord de partenariat UEMOA-
Maghreb :
Le sommet sino-africain qui s'était tenu à Beijing les
4 et 5 novembre 2006 a donné une nouvelle allure aux rapports
existants entre les deux parties. Au sortir de cette rencontre, une
déclaration historique a été adoptée, dévoilant
un plan d'action 2007-2009, visant à renforcer considérablement
la coopération Chine-Afrique. Le président chinois avait
dans son discours d'ouverture décidé de doubler d'ici
2009 l'aide octroyée en 2006, d'accorder 3 milliards de dollars
de prêts préférentiels et 2 milliards de dollars
de crédits préférentiels à l'Afrique dans
les 3 prochaines années, de créer un fond spécial
de 5 milliards de dollars pour encourager les entreprises chinoises
à investir en Afrique et d'annuler la dette des pays africains
pauvres et très endettés ayant des relations diplomatiques
avec la Chine.
De telles opportunités ne laissent pas indifférents les
Ministres du commerce de l'UEMOA. Ils entendent les saisir et ont donné
dans ce sens mandat à la commission pour " entreprendre
les démarches nécessaires au renforcement des relations
économiques et commerciales entre la Chine et l'UEMOA ".
Ils engagent également l'organe suprême de l'union à
prendre les dispositions appropriées en vu de la conclusion d'un
accord commercial et d'investissement ainsi que sur le droit d'établissement.
Par ailleurs pour ce qui est du Maghreb, les Ministres souhaitent que
les négociations soient poursuivies avec le Maroc et l'Algérie
afin de parvenir à la signature d'un accord. Selon le commissaire
Sakho, " il est prévu une zone de libre échange avec
l'Algérie et à terme, l'élaboration d'une liste
de produits qui seront éligibles ".