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Volume: 5

Numéro: 10

15 December 2006

UEMOA : les Ministres du commerce plaident pour des accords commerciaux au service du développement et pour une reprise immédiate des négociations à l'OMC :

Les ministres du commerce de l'UEMOA se sont réunis à Dakar en novembre dernier pour tenter d'harmoniser et de renforcer leurs politiques en vu de traduire leurs préoccupations de développement dans les différentes négociations commerciales dans lesquelles ils sont parties : négociations multilatérales à l'OMC et bilatérales à travers d'une part l'accord de partenariat économique entre l'Union européenne et l'Afrique de l'ouest, l'accord de partenariat avec les pays du Maghreb, et d'autre part l'ouverture au marché chinois.

Une déclaration a été adoptée par les Ministres à l'issue de la rencontre. Celle-ci circonscrit un certain nombre de préoccupations pendantes. Elle insiste particulièrement sur la filière coton, les négociations entre l'union et l'organisation mondiale du commerce (OMC), les négociations sur l'APE entre l'Union européenne et l'Afrique de l'ouest, sur la proposition du sommet sino-africain qui vient de se tenir à Beijing et sur la coopération avec le Maghreb. Ils ont par ailleurs invité les négociateurs politiques à accorder plus d'attentions à l'élaboration des modalités de mise en œuvre du mécanisme de sauvegarde spéciale obtenu par les pays les moins avancés (PMA) dans " le paquet de juillet " et à la définition des produits spéciaux devant bénéficier d'un traitement spécial et différencié. D'autres questions ont également été traitées dans la déclaration ; telles que l'élimination sans délai des entraves au commerce en vu d'améliorer l'environnement des échanges et de promouvoir le développement des activités de production dans l'union.

Relance de la filière coton et reprise des négociations :

Le dossier coton a été depuis 2003 au centre de grands enjeux à l'OMC. L'un des principaux points qui sous-tendent les demandes africaines et/ou Brésiliennes ce sur ce dossier porte sur l'élimination effective des soutiens internes et de toute autre subvention distorsive dont continuent de bénéficier les producteurs des pays développés et qui constituent une véritable entorse aux normes de concurrence que fait prévaloir l'OMC. Sur, ce dossier, les Ministres prennent " appui sur les modalités soumises au sous comité coton par les africains pour la réduction effective en vu de l'élimination des soutiens internes à la production cotonnière. "
Par ailleurs, il est demandé au Secrétaire général de l'OMC de dresser dans les plus brefs délais le bilan de l'aspect développement de la filière coton, en conformité avec le mandat qui lui a été confié par les Ministres de l'OMC à Hong Kong.

Du point de vu des négociations à l'OMC, un certain retard a été noté. De l'avis du Président du Comité de Négociations Commerciales (CNC), il n'y a pas eu " de progrès par rapport aux positions des membres depuis la suspension des travaux. " Sur ce, les Ministres ont lancé un vibrant appel aux pays membres de l'OMC en faveur d'une reprise immédiate des négociations commerciales multilatérales. Et à travers la réunion du CNC, un communiqué de presse faisait état d'un " large consensus pour la reprise des négociations sur les sujets ".

Sur les négociations APE avec l'union européenne :

Les Ministres ont pris une position expresse sur ce dossier. Selon eux l'accent doit être mis sur la dimension développement de l'accord de partenariat. Le problème de la conception de l'APE constitue la véritable source de blocage à travers les négociations. L'UE qui dispose du monopole de la position dominante, a tendance à ne mettre l'accent que sur la dimension mercantiliste de l'APE, faisant ainsi abstraction à la plus grande préoccupation africaine du millénaire, qu'est le développement.

Une telle attitude appelle à des positions très concertées de la part des décideurs politiques. Sur ce point, les ministres du commerce de l'UEMOA ont donné mandat à la commission de l'UEMOA et au secrétariat exécutif de la CEDAO " à travailler de concert " pour la mise en œuvre effective de l'union douanière de la CEDEAO. Une telle réalisation doit selon eux être un préalable indispensable à toute ouverture du marché à la concurrence des produits originaires de l'union européenne.

Les Etats membre de l'UEMOA doivent renforcer leur concertation. Les négociations sur les APE doivent être menées en parfait accord entre les différents pays de l'union. Ces derniers doivent refuser toute négociation séparée avec l'union européenne.

Pour être plus pragmatique et afin de mieux camper leur position sur la dimension développement de toute négociation avec l'UE, les pays de l'UEMOA appellent à la mise en place de ressources suffisantes pour " le financement des d'ajustements nécessaires aux économies de la région". Selon M. El hadji Abdou Sakho, commissaire aux affaires politiques, fiscales, douanière et commerciales de l'UEMOA, certain pays comme la Tunisie ont été appuyés dans ce sens par l'UE. Les Etats de l'Afrique de l'ouest doivent eux aussi bénéficier de cette aide pour renforcer leur capacité et mettre à niveau leurs entreprises afin de faire face à la concurrence.

Dans une autre perspective, les Ministres sont revenus sur l'ouverture au marché chinois et sur l'accord de partenariat avec le Maghreb.

Ouverture au marché chinois et Accord de partenariat UEMOA- Maghreb :

Le sommet sino-africain qui s'était tenu à Beijing les 4 et 5 novembre 2006 a donné une nouvelle allure aux rapports existants entre les deux parties. Au sortir de cette rencontre, une déclaration historique a été adoptée, dévoilant un plan d'action 2007-2009, visant à renforcer considérablement la coopération Chine-Afrique. Le président chinois avait dans son discours d'ouverture décidé de doubler d'ici 2009 l'aide octroyée en 2006, d'accorder 3 milliards de dollars de prêts préférentiels et 2 milliards de dollars de crédits préférentiels à l'Afrique dans les 3 prochaines années, de créer un fond spécial de 5 milliards de dollars pour encourager les entreprises chinoises à investir en Afrique et d'annuler la dette des pays africains pauvres et très endettés ayant des relations diplomatiques avec la Chine.

De telles opportunités ne laissent pas indifférents les Ministres du commerce de l'UEMOA. Ils entendent les saisir et ont donné dans ce sens mandat à la commission pour " entreprendre les démarches nécessaires au renforcement des relations économiques et commerciales entre la Chine et l'UEMOA ". Ils engagent également l'organe suprême de l'union à prendre les dispositions appropriées en vu de la conclusion d'un accord commercial et d'investissement ainsi que sur le droit d'établissement.

Par ailleurs pour ce qui est du Maghreb, les Ministres souhaitent que les négociations soient poursuivies avec le Maroc et l'Algérie afin de parvenir à la signature d'un accord. Selon le commissaire Sakho, " il est prévu une zone de libre échange avec l'Algérie et à terme, l'élaboration d'une liste de produits qui seront éligibles ".

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