L'UE offre aux régions ACP un accès illimité à son marché dans les
négociations APE.
L'UE a proposé aux pays ACP l'accès illimité à son marché. Cette nouvelle
proposition a été avancée lors d'une réunion avec des représentants
ACP à Bruxelles. Elle vise à éliminer toutes les limitations tarifaires
et de contingent restant pour l'accès au marché de l'UE pour toutes
les régions de l'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, en dehors de
l'Afrique du Sud, dans le cadre des négociations des Accords de Partenariat
Economique.
L'offre porte essentiellement sur 4 points qui sont :
- Eliminer tous les droits et contingents d'importation pour tous
les pays ACP
- Accorder à tous les pays de l'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique
le même accès illimité au marché de l'UE dont les Pays les Moins Avancés
profitent déjà dans le cadre du régime "Tout sauf les Armes" de l'UE.
- Cette offre n'est pas liée à la condition d'une ouverture équivalente
de la part des pays ACP.
- Cette offre s'appliquera totalement dès le premier jour - prévu
pour être le 1er janvier 2008 - à l'exception d'une période transitoire
pour le riz et le sucre cela en vu de protéger l'équilibre du marché
de l'UE pendant la mise en œuvre des réformes internes.
Les périodes transitoires pour le riz et le sucre garantiront la compatibilité
avec les réformes du marché de l'UE et assureront la stabilité afin
de protéger les intérêts des producteurs qui approvisionnent ces marchés,
tant ceux de l'UE que ceux des pays ACP. Et à partir de 2015, ces produits
entreront librement dans l'espace européen sans droits de douane ni
contingence.
Cette offre est considérée comme un encouragement pour la signature
des APE dans les délais qui été prévus. Mais aussi, constitue, selon
l'UE, une occasion pour les pays ACP voisins à collaborer et à construire
des marchés et des filières d'approvisionnement régionaux - répondant
ainsi aux inquiétudes des exportateurs agricoles dans des pays comme
le Kenya ou le Ghana.
Il faut rappeler que les pays ACP bénéficiaient depuis plus de 30
ans de préférences commerciales de la part l'UE ; mais elles doivent
être remplacées par de nouveaux accords de libre échange qui imposeront
la réciprocité conformément aux règles de l'OMC. Dans le cadre des accords
existants jusqu'à présent, l'UE accorde aux ACP un accès préférentiel
au marché communautaire: 97% de leurs produits entrent aujourd'hui dans
l'UE avec des droits de douane nuls ou très réduits, et très peu de
quotas restent en place. Mais d'autres pays ACP disposent d'un accès
illimité à ce marché, il s'agit des PMA - ACP qui au titre de l'initiative
tous sauf les armes ont total accès au marché européen.
Cette nouvelle proposition appelle une analyse profonde de la question
de l'accès des ACP au marché européen. En effet, depuis 30 ans les pays
ACP ont bénéficié de préférences tarifaires mais l'on a remarqué que
cela n'a pas encouragé le développement de ces pays ni la transformation
de leur économie encore moins une meilleure intégration de ces économies
à celle mondiale. Le constat est que les pays ACP n'exportent toujours
que quelques produits de base dont pour la plupart les prix sont en
déclin sur le long terme.
C'est certainement ce qui fait reconnaître à M. Peter Mandelson, que
le développement des ACP était "bien plus qu'une question d'accès au
marché européen" en soutenant cependant qu'"en éliminant tous les droits
de douane et les quotas restants pour tous les pays ACP, nous allons
créer les meilleures opportunités possibles pour ces économies, que
les accords de partenariat économique visent à construire". Ce que d'aucuns
considèrent comme une leurre, un appât offert aux pays ACP pour les
encourager à aller vers la signature des APE et accepter toujours plus
de libéralisation dans le commerce mondial. L'on estime en effet dans
la société civile qu'il est dangereux de faire croire aux pays en développement
que leur salut se trouve principalement dans l'exportation de leurs
matières premières et de quelques produits agricoles comme le café,
le cacao, le coton…
M.Luis Morago, d'Oxfam International prévient en déclarant que cette
" offre ne doit pas être utilisée comme moyen d'acheter l'assentiment
des pays ACP pour qu'ils signent ces accords d'ici la fin de l'année".
Cette offre est le moins que l'Europe puisse donner. Mais le problème
n'est pas à ce niveau. L'enjeu pour les pays ACP est moins dans ce que
l'Europe accorde en terme d'accès aux marchés que ce qu'ils seront obligés
de donner à l'Europe en contrepartie d'une offre européenne qui sera
largement tempérée par les nombreux obstacles non tarifaires qui se
dresseront devant les marchés européens. Cette offre risque donc, si
on n'y prend garde, d'apparaître comme un cheval de Troie pour l'Europe.
2007.