L'UE se lance dans la négociation des accords de libre-échange avec
des pays d'Asie.
L'UE a décliné une action hautement ambitieuse en projetant de conclure
des ZLE avec toutes les parties du monde. D'abord avec les 79 pays qui
composent les ACP ensuite avec le MERCOSUR qui regroupe le Brésil, l'Argentine,
l'Uruguay et le Paraguay, mais aussi le projet d'accord avec la zone
euro- méditerranée et les négociations avec la syrie. Aujourd'hui, c'est
avec les pays de l'Asie qu'elle compte établir un ALE.
Les ministres des Affaires étrangères des Vingt-sept ont entériné
le 23 Avril dernier le mandat de la Commission européenne en vue de
négociations de libre-échange avec l'Inde, la Corée du Sud et les Nations
d'Asie du Sud-Est (Asean). Ils ont en effet confirmé un accord intervenu
le 17 avril au niveau des ambassadeurs. Cette nouvelle orientation,
si on peut la qualifier comme telle, n'a pas surpris beaucoup de monde
d'autant plus que des actes étaient posés depuis un certains temps par
la commission. Le Commissaire Lamy avait déjà présenté une initiative
UE/ASEAN sur les échanges (Transregional EU-ASEAN Trade Initiative
- TREATI) dont l'objectif est d'améliorer les relations commerciales
entre les deux régions, à travers une coopération en matière de réglementation
sur la facilitation des échanges et d'accès aux marchés.
En mai 2006, le commissaire européen M. Peter MANDELSON avait déclaré
lors de son allocution dans le cadre d'une réunion à la chambre de commerce
euro-malaisienne à Kuala Lumpur, que l'UE devait porter son regard au-delà
de la Chine et embrasser toute la région asiatique dans une nouvelle
stratégie commerciale européenne. Il s'était félicité de la publication
des résultats d'une étude du " Vision Group UE-ASEAN " lancée en 2005,
laquelle propose une série de mesures visant à développer le commerce
entre l'UE et l'ASEAN, dont un accord de libre-échange entre les deux
régions. Il juge que le fait de signer un accord de libre échange constituera
la correction d'une " lacune politique dans la conception pratique que
l'UE a de sa politique commerciale à l'égard de l'Asie ". A l'automne
2006, prenant acte de la suspension des négociations du cycle de Doha,
la Commission européenne avait manifesté le désir de faire de l'ASEAN
une priorité dans son agenda commercial, et s'était déclarée prête,
lors de sa communication " l'Europe globale : concourir à travers
le monde " à étudier la faisabilité d'accords de libre-échange avec
de nouveaux partenaires, parmi lesquels l'ASEAN. L'aboutissement d'un
tel projet d'accord de libre échange permettra de doper les échanges
avec ces pays asiatiques à forte croissance, où les entreprises européennes
peinent à s'implanter en raison de barrières protectionnistes et, dans
le même temps, donner de l'élan à la croissance du commerce mondial
selon certains. Mais aussi il faut préciser que la Commission européenne
a été le premier acteur international à établir des relations informelles
avec l'ASEAN en 1972. Elle est devenue partenaire de dialogue en 1977.
L'Union européenne est le troisième partenaire commercial après les
Etats-Unis et le Japon et le deuxième marché d'exportation pour l'ASEAN
derrière les Etats-Unis. En termes concrets, l'Union européenne augmentera
la valeur de ses exportations vers ces douze pays de plus de 40 milliards
d'euros par an, dont une hausse de 56,8% vers l'Inde, 47,8% vers la
République de Corée et 24,2% vers l'Asean, ont estimé les experts de
la commission. Ces accords de libre-échange vont également favoriser
l'accès des produits de l'Asean, de la République de Corée et de l'Inde
au marché européen. Les exportations des dix pays d'Asie du Sud-Est
vers l'Union européenne pourraient progresser ainsi de 18 à 36%.
Mais tout cela laisse entrevoir la montée du bilatéralisme. L'on pourrait
être tenter de dire que ces différents accords régionaux, semble être
une alternative à l'enlisement du cycle de Doha. Le multilatéralisme
est aujourd'hui marginalisé au profil d'accords bilatéraux même si les
pays occidentaux continuent à arguer que la priorité se trouve dans
le multilatéral et le PDD (programme de Doha pour le développement).
Et l'annonce de l'ouverture prochaine de négociations entre la Corée
du sud et l'UE pour la signature d'un accord comme celui liant les Etats-Unis
et la Corée du Sud en constitue une parfaite illustration. Des chiffres
colossaux devant être le fruit de ces accords sont annoncés : 300.000
emplois en Corée du sud et accroissement du PIB de 2,02% à court terme,
selon l'Institut coréen des politiques économiques internationales.
Pour ce qui est de l'accord signé entre les Etats-Unis et la Corée,
il devrait avoir un accroissement d'environ 15 milliards de dollars
pour le commerce entre les deux pays qui était l'an dernier de 74 milliards
de dollars. Globalement, l'accord prévoit l'élimination immédiate de
près de 90% des droits de douane sur les produits industriels, le reste
devant être supprimé d'ici 15 ans. La Corée du Sud a en revanche réussi
à exclure de l'accord l'ouverture de ses frontières au riz américain
bon marché, une question qui provoque la colère des agriculteurs. Les
Etats-Unis ont cependant obtenu l'ouverture des frontières sud-coréennes
au boeuf américain. Séoul a promis d'éliminer 40% de ses droits de douane
sous dix ans, selon des responsables sud-coréens.
D'autres accords sont aussi envisagé puisqu'en marge de la réunion
qui a entériné le mandant de la commission pour négocier l'accord avec
l'ASEAN, les ministres ont été tenus informés par la Commission de l'état
des pourparlers de libre-échange avec le Conseil de Coopération du Golfe
(CCG), qui regroupe l'Arabie saoudite, le Bahreïn, les Emirats arabes
Unis, le Koweït, Oman et le Qatar. (FLO).