Zone CEDEAO : Intégration régionale en Afrique de l'ouest : les chefs
d'Etat tentent de lever les dernières contraintes politiques.
Les chefs d'Etat et de Gouvernement de la CEDEAO ont tenu ce 15 juin
leur 32ème sommet à Abuja, la capitale politique du Nigéria. De nombreuses
importantes questions y ont été abordées au rang desquelles celles relatives
à l'intégration régionale et à l'Accord de partenariat économique avec
l'UE.
En dépit des nombreuses déclarations d'intention et les volontés affichées
ces dernières années, d'importantes questions liées à l'intégration
régionale en Afrique de l'ouest sont encore au point mort. En effet,
Cinq ans après l'annonce de l'établissement d'une zone de libre- échange,
initialement prévue pour 2004, suivie d'une union douanière totale en
2007 au plus tard, la situation reste la même. Pour s'en convaincre,
il suffit d'interroger les réglementations douanières des différents
Etats membres qui n'ont pas évolué dans le sens d'une libre circulation
des biens. Celle des personnes n'a pas connu un meilleur sort ; un ressortissant
d'un pays membre ne peut ainsi actuellement séjourner que 90 jours sans
visa dans un autre pays membre et rien n'est prévu à long terme. Pourtant
le président en exercice de la Commission de la CEDEAO, Mohammed Ibn
Chambas, avait reconnu que la libre circulation des biens et des personnes
dans les 15 Etats membres constituait "l'un des plus importants défis"
depuis la création de la CEDEAO en 1975.
Aujourd'hui l'on note que le commerce et les échanges à l'intérieur
de l'espace CEDEAO sont restés très faibles n'atteignant que péniblement
le seuil de 11% par rapport au commerce avec les pays tiers. Ces faiblesses
sont imputables à l'instabilité politique, à la mauvaise gouvernance,
à l'inadaptation des infrastructures nationales par rapport aux exigences
d'une économie moderne. Biens des efforts ont été faits mais le problème
reste entier. En effet même si les barrières non tarifaires ont été
éliminées entre les membres dans de nombreux domaines, la région peine
à avoir un schéma de libéralisation harmonisé, et un système douanier
automatisé, l'intégration régionale digne de ce nom.
Il faut par ailleurs préciser qu'au niveau de la sous région, le programme
prioritaire d'unification de l'espace économique et la libre circulation
des biens et des personnes passe par la mise en place d'une union douanière
et commerciale. Rappelons que deux options se présentent aux pays de
la CEDEAO : constituer un bloc commercial régional selon le modèle de
l'UE, ou suivre leur propre processus basé sur la flexibilité, la différenciation
et la géométrie variable. Ce qui se manifeste par la synchronisation
des priorités régionales définies par la région elle-même.
C'est pour passer à une étape supérieur que les chefs d'Etat ont, au
cours de ce sommet, pris une résolution visant à faire de la région
" une zone sans frontières où chaque citoyen peut créer et profiter
des opportunités pour produire d'une manière durable en exploitant les
énormes ressources de l'Afrique de l'ouest ". Allant plus loin, ils
ont exhorté la commission à " mettre sur pied de nouvelles stratégies
et approches " pour renforcer la libéralisation du commerce interrégional.
La Commission est appelée également à se concerter avec les ministres
des Finances et les gouverneurs de banques centrales des Etats membres
et faire des recommandations pour accélérer le projet d'une monnaie
unique régionale. Les chefs d'Etats se sont aussi félicités de l'augmentation
du taux de croissance économique régional qui s'est établi à 6,1 % en
2006 contre 5,5% l'année précédente, même si l'on est encore loin des
7% nécessaires pour remplir les objectifs de développement du Millénaire
fixés par l'ONU (réduction de la pauvreté de moitié d'ici 2015).
Cependant la zone monétaire unique de la CEDEAO, prévue sur papier
en juillet 2005, est encore repoussée aux calendes grecques. La convergence
des politiques économiques et financières, semble pour l'instant, un
objectif difficile à atteindre au vu des énormes disparités qui existent.
Cela n'a pas empêché les chefs d'Etats de réaffirmer leur volonté de
signer un accord de Partenariat économique avec l'Union européenne.
L'une des exigences de la région pour la signature des APE est d'arriver
à une intégration solide. La région gagnerait alors à construire une
intégration. Si l'on doit respecter les délais pour la signature d'un
APE, il serait utopique de penser que l'intégration régionale serait
d'ici là une réalité. Et signer un accord de partenariat économique
sans respecter cette exigence serait lourde de conséquence surtout que
les différents pays qui composent la CEDEAO n'ont pas le même niveau
de développement ; nous avons aussi bien des PMA que des non PMA. Affirmer
une volonté de signer ne suffit pas. Encore faut-il que les conditions
de la signature soient remplies.