APE : Levée de boucliers contre les APE : Les ONG et Agriculteurs
ouest africains intensifient le combat à six mois du délai prévu pour
la signature d'un APE.
Les organisations paysannes et ONG des pays membres de la CEDEAO ont
montré encore une fois leur désapprobation quant à la signature d'un
APE entre la région et l'UE. En marge de la réunion des commissaires
et ministres de la CEDEAO qui s'est tenu a Ouagadougou, au Burkina Faso
du 30 mai au 5 juin 2005, les organisations paysannes de la sous région
avec à leur tête le ROPPA, ont organisé des mobilisations et plaidoyer
pour rappeler leurs inquiétudes quant aux conséquences que la signature
d'un APE avec l'UE pourrait avoir sur le processus d'intégration régionale
des pays de la CEDEAO et la réalisation des objectifs de la politique
agricole régionale.
A la suite d'une conférence de presse au cours de la quelle les différentes
menaces liées aux APE ont été évoquées : la pauvreté, l'exode rurale,
les capacités d'investissement, l'intégration régionale, etc., les organisations
de la société paysannes et de la société civile de façon plus large
civiles, ont organisé, à travers les rues de Ouagadougou une marche
de protestation contre l'APE actuellement en négociation. Des organisations
de plusieurs pays de la sous région ont pris part aux manifestations
(Burkina Faso, Bénin, Côte d'Ivoire, Mali, Niger, Sénégal.)
Selon les organisations paysannes représentées dans le ROPPA, l'APE
pourrait engendrer de nombreuses et graves contraintes pour les pays
de la région notamment la perte par les pays de certains avantages acquis
au niveau de l'OMC. Le ROPPA estime qu'on ne doit pas dans un accord
commercial régional s'engager d'avantage que dans le cadre multilatéral.
Il faut inscrire aussi au nombre des menaces la réduction des recettes
fiscales, la remise en cause de la souveraineté alimentaire et les stratégies
de lutte contre la pauvreté, ainsi que la perturbation du processus
d'intégration régional déjà amorcé dans la région.
Pour les organisations paysannes, le commerce n'est qu'un moyen dont
la finalité recherchée est le développement économique et social. Elles
ont ainsi souligné que le fait que la négociation d'un APE soit confiée
du coté de l'UE à la direction générale du commerce au sein de la commission
européenne traduit bien sa volonté de travailler exclusivement sur la
dimension commerciale et occultant le volet développement. Le commerce
des services, l'investissement et les marchés publics ont aussi été
cités par le ROPPA comme étant au nombre des secteurs menacé par un
APE. L'accent a toutefois été mis sur l'intégration et l'aggravation
de la pauvreté. Les APE tel qu'ils sont envisagés, vont affaiblir l'intégration
régionale au lieu de l'approfondir dans la mesure où, selon le ROPPA,
la suppression des droits de douanes sur les exportations européennes
en direction de la région va impacter sur les parts de marchés des produits
agricoles de chaque pays de la région dans d'autres.
Les Etats perdraient aussi toute leur capacité d'investissement si
l'on procède à une réduction de la fiscalité suite à la création d'une
zone de libre échange. Les secteurs sociaux telle l'éducation, la santé
en souffriraient beaucoup. Cela d'autant plus que les études d'impact
ont montré une hausse de la dépense alimentaire des pays de la CEDEAO
de l'ordre de 20 à 30 %. Et les produits concernés sont : l'oignon avec
un taux de 16%, de la pomme de terre 15%, de la viande bovine 17 % et
la volaille de 18 %. Et cela ne sera pas comblé par un accès au marché
européen qui selon les études d'impact ne changera guère. Les paysans
sont aussi revenus sur l'aggravation de la pauvreté. Elle se fera ressentir
le plus dans le secteur agricole. Il y'aura une remise en cause permanente
de la sécurité alimentaire qui risque de ne jamais se réaliser, il y'a
ensuite l'exode rurale et enfin une croissance de la courbe du chômage.
En égard à tout cela, les paysans de l'Afrique de l'Ouest à travers
le ROPPA ont appelé solennellement les gouvernements ouest africains
à ne pas signer les APE. Ils proposent d'abord l'achèvement des chantiers
de l'intégration régionale, la mise en oeuvre de politiques agricoles
et sectorielles régionales. Pour cela il faut mettre à profit le potentiel
productif de la sous région et réduire la vulnérabilité des systèmes
de production afin d'asseoir un marché agricole régional performant.
Pour la construction de l'intégration régionale, il faudrait passer
par une mise en place d'une union douanière et l'opérationnalisation
de la zone de libre-échange dans l'espace CEDEAO; ce qui suppose la
suppression de toutes les entraves aux échanges. La ROPPA est aussi
préoccupé par le tarif extérieur commun qui est une condition d'un marché
intérieur et il a toujours réfuté l'idée d'étendre celui de l'UEMOA
à la CEDEAO.
Les paysans font un appel à la CEDEAO de ne pas signer ces APE et
ont brandit l'arme du boycott des élections comme moyens de dissuasion/persuasion
si les dirigeants de la sous région ne prennent pas en compte leurs
exigences.