Négociations APE : Les experts africains se cherchent encore….
Le comité ministériel de suivi des APE s'est réuni à Accra du 12 au
16 juillet 2007. Cette rencontre n'a pas été le rendez-vous du non.
Mais le "oui aux APE" n'est pas non plus à l'ordre du jour. D'ici l'échéance
de décembre, les experts vont encore essayer d'y voir plus clair. De
quoi décevoir une société civile qui se bat pour un "non" immédiat aux
APE.
Les conclusions de cette réunion ne permettent pas de dire ce qui se
passera le 31 décembre 2007, quand arrivera l'échéance pour la signature
des Accords de partenariat économiques (APE). "Il n'y a pas eu de décision
ou d'orientation politique claire sur la décision à prendre", déclaraient
mardi des responsables des organisations de la société civile qui se
sont mobilisées dans une campagne de dénonciation de ces accords. Certains
dénoncent le manque de visibilité sur les positions officielles.
Derrière ce flou se cacheraient des divergences de position quant à
l'issue finale des négociations. Mais avec au moins une certitude :
la date de décembre pour la signature des Ape n'est pas réaliste "eu
égard aux tâches que le secrétariat (UEMOA et CEDEAO) doit remplir",
a souligné Mme Bibiane Mbaye d'Enda Tiers-monde, au cours d'un point
de presse. En attendant, "la solution trouvée par les ministres est
l'instruction des deux commissions en vue de continuer de travailler
d'arrache pied. Elles doivent évaluer l'état des préparatifs des négociations
de la région (ouest-africaine), soumettre les progrès et les options
possibles pour permettre aux ministres de pouvoir prendre une décision",
a fait savoir Mme Mbaye au cours d'un entretien.
Il est temps de discuter maintenant des mesures transitoires, avec
la dérogation de l'OMC qui expire en 2007. Et c'est sous cette menace
que l'Union monétaire ouest africaine et la Communauté économique des
Etats de l'Afrique de l'ouest travaillent. Mais, pour Mme Mbaye, il
s'agit de "menaces artificielles". Car un "parapluie" existe. "Treize
pays sur seize (d'Afrique de l'Ouest) font partie des PMA. En cas de
non conclusion de l'accord, ils pourront continuer de bénéficier du
principe "tous sauf les armes". Le hic c'est que le Nigeria, le Ghana
et la Côte d'Ivoire n'entrent pas dans cette catégorie. Mais pour Mme
Mbaye, "ils peuvent bénéficier du Système généralisé de préférence plus
qui leur permettrait de négocier en toute sérénité".
La réunion d'Accra n'a pas abouti à des décisions tranchées, mais
elle a permis aux représentants de certains gouvernements de comprendre
que les pays ACP, notamment ceux d'Afrique de l'ouest, ne sont pas assez
outillés pour "aller aux APE". Et certains ministres ne manquent pas
de tirer la sonnette d'alarme. Selon une source proche du CMS, le ministre
ghanéen du Commerce aurait ainsi demandé à ses pairs de "cesser de danser
la salsa avec la vie du peuple. Il a été soutenu par certains de ses
pairs qui estiment qu'il faut faire face à la réalité selon laquelle
nos pays ne sont pas prêts pour signer les APE".
Parmi les Etats qui freinent des quatre fers figure aussi le Bénin,
dont le ministre du Budget, Albert Houngbo, reconnaît que " les discussions
avec l'Union européenne sont difficiles parce que les pays africains
ne sont pas tous prêts à signer". Et il note que si parmi les pays ACP"il
y en a qui sont prêts à signer, en Afrique de l'ouest, la tendance est
d'avoir une position commune pour aller à ses accords ".
Mais dans les couloirs de la conférence d'Accra, il ne manquait pas
d'appels pour aller vers une entente avec l'Union européenne. Président
de l'Association de développement des exportations du Bénin (ADEX),
Henri Claude Gouton soutient que "les Africains n'ont rien d'autre à
faire que de signer. L'économie africaine a besoin d'une locomotive.
Les Européens sont les seuls qui essayent de nous accompagner sur toute
la ligne. Quel pays peut se passer des aides budgétaires ? Les liens
sont beaucoup plus sérieux qu'on ne le pense..." Et d'ajouter : "La
société civile aurait dû se réveiller depuis 2000 ou 2001 et pousser
les gouvernements de leur pays à s'arrimer à la locomotive. Elle s'est
réveillée très tard et c'est dommage", regrette-t-il.
Sources : Notes Enda, IPOA s.