Afrique de l'ouest
: la société civile fait face aux négociateurs. " On se parle mais on
ne s'entend pas. "
Il existe actuellement
un véritable dialogue de sourd entre les autorités gouvernementales
chargées des négociations APE et les institutions d'intégration régionales
d'une côté et la société civile de l'autre. La formule proposée dans
l'accord de Cotonou qui consiste à réunir les acteurs étatiques et non
étatiques dans une même synergie pour participer aux négociations des
APE n'a pas résisté aux soubresauts de ces pourparlers.
Le différend est
total. Le secteur privé a quasiment déserté la table des négociations
et retourné à ses occupations pendant que la société civile multiplie
les actions et les initiatives sans pour autant impacter sur le cours
des négociations.
En juillet dernier,
en marge des négociations Ape qui se sont déroulées à Accra, Ghana,
plusieurs organisations de la société civile de la région ont quasiment
accusé les négociateurs ouest africains de trahison pour avoir, selon
elles, abandonné le mandat de négociation donné par les Ministres. Les
OSC estiment que les négociateurs africains n'auraient pas défendu convenablement
la demande des Ministres pour une prorogation des négociations au-delà
de décembre. De plus, alors que les Ministres avaient indiqué qu'ils
ne souhaitaient pas que l'investissement, la concurrence et la passation
des marchés publics soient pas inclus dans les APE, les négociateurs
ont, selon les OSC, eu la faiblesse de se laisser convaincre par l'UE
pour inclure ces sujets dans l'APE.
Les structures
régionales de négociation sont ainsi directement mises en cause. Selon
Teteh Hormeku de Third World Network Africa, " les structures de négociation
sont en train de saper notre souveraineté, car elles ne suivent pas
les orientations de leurs gouvernements nationaux. Les fonctionnaires
ne sont pas traités avec respect. Si même notre propre Parlement est
traité de manière irrespectueuse, à quoi pouvons-nous nous attendre?
" a-t-il commenté.
La responsabilité
du manque de dialogue entre les acteurs et la désintégration des échelons
national et régional ne relèvent pas pourtant seulement des négociateurs.
On déplore aussi l'absence de structures institutionnelles nationales
dans les pays membres pour surveiller les progrès des négociations APE.
Au Ghana par exemple,
le Ministre du commerce supervise officiellement toutes les négociations
commerciales gouvernementales avec un Comité interinstitutionnel qui
avait été établi pour suivre toutes les négociations commerciales et
qui est supposé faire intervenir différentes institutions de diverses
parties prenantes. " Toutefois, ce Comité est pratiquement mort. Ils
ne nous invitent pas à venir présenter notre position nationale sur
les APE et à dire ce qu'il fait faire. La seule fois où ils nous ont
parlé, c'est quand ils nous ont apporté le document de l'UE sur les
services pour nous demander de le commenter, " a déclaré Tetteh Hormeku.
" Ce comité institutionnel, a poursuivi Teteh Hormeku, ne travaille
pas et tout est concentré au Ministère. En tant qu'organisations de
la société civile, nous avons de nous même établi notre propre réseau
de bureaux économiques pour faire entendre la voix de la société civile
dans la lutte. "
Mais le problème
va au-delà des acteurs de la société civile. Le représentant officiel
du Ghana dans les négociations, M. Bera Wusi, est frustré de ne pas
recevoir les documents concernant les APE à temps du Secrétariat sous-régional,
pour être en mesure de les lire et de les analyser. Les documents sont
parfois tous en français, une langue qu'il ne parle pas. Il assiste
à des réunions menées en français, sans interprète. A quelques kilomètres
de lui, dans d'autres pays francophones, il n'est pas rare aussi de
voir des négociateurs se plaindre exactement des mêmes problèmes.