APE : Pas de signature
le 31 décembre.
L'échéance pour
la signature d'un accord de partenariat économique dans le cadre de
l'accord de Cotonou qui était prévue pour le 31 décembre 2007 a finalement
été " reculé " jusqu'à une date ultérieure. Cela peut être interprété
de diverses manières mais il y'a lieu de retenir, eu égard aux différentes
déclarations faites par les parties concernées, que les " cocontractants
" ne sont pas à ce jour prêts à entrer dans un nouveau régime commerciale.
Il faut aussi dire que la pression exercée par les autres acteurs à
savoir, les organisations de la société civiles du Sud comme du Nord,
en particulier les ONG, a beaucoup pesé sur cette décision. Mais est
ce à dire que les parties (surtout l'UE) ont réduit leurs ambitions
à la baisse, ou encore s'est -on engouffré dans une impasse où il n'y
a pas d'alternatives ? En plus de ces questions, il faut aussi se demander
quelle alternatives faut - il envisager si à la date du 31 décembre,
qui correspond à la fin de la dérogation accordée par l'OMC dans le
cadre de " Cotonou ", un nouvel accord ne sera pas signé.
L' UE va t-elle
pas reculer pour mieux sauter ?
L'UE a toujours
considéré que les APE apporteraient le développement et une meilleure
insertion des économies ACP aux échanges mondiaux. La libéralisation,
selon l'UE, pourrait aussi être très bénéfique pour les consommateurs.
Toujours selon l'UE les conséquences de la non signature des APE seraient
désastreuses pour les PMA. Il y'aura une augmentation des tarifs douaniers
d'un montant d'un milliards d'Euro ce qui entraînerait un arrêt des
exportations.
L'ambition de l'UE
est aussi d'avoir un accord qui puisse couvrir l'ensemble des sujets
commerciaux y compris les questions de Singapour. C'est l'une des raisons
qui font qu'elle refuse d'envisager un plan B ou des solutions alternatives.
A la question de savoir s'il y a un plan B si toute fois les APE ne
sont pas signés en décembre, M. Mandelson avait soutenu qu'il " Il n'y
a certainement pas de Plan B qui, soit offre les mêmes avantages en
termes de développement, soit peut améliorer l'accès au marché européen
pour les ACP. La dérogation de l'OMC qui couvre les préférences de Cotonou
arrive à expiration à la fin de l'année et l'UE ne peut plus poursuivre
ces arrangements commerciaux. En théorie, nous pourrions avoir recours
au système SGP, mais ceci serait un grand pas en arrière en matière
d'accès préférentiel et une perte d'opportunités pour l'intégration
régionale pour presque tous les pays ACP. C'est pour cela qu'il y a
un attachement clair à mettre un système APE en place dès début 2008
".
A l'absence d'un
accord complet en décembre, l'UE pourrait être tentée de passer des
accords uniquement sur les marchandises, pour respecter les règles de
l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Mais de tels accords risqueraient
d'être préjudiciables car la libéralisation excessive pourrait entraîner
des pertes de moyens d'existence pour les agriculteurs des pays pauvres
et pourrait saper la croissance industrielle. Aussi les propositions
de la Commission menacent l'intégration régionale et maintiennent les
pressions sur les régions ACP pour les amener à négocier sur les services
et l'investissement en 2008.
Les Pays ACP
ne parlent pas le même langage
Certaines propositions
de l'UE risquent de faire voler en éclat les alliances au niveau de
l'ensemble des ACP. Mêmes des régions voisines peuvent ne pas être épargnées
par la division, si on considère les positions initiales de la CEMAC
par exemple qui, avant son revirement, avait envisagé de signer un APE
en décembre contrairement à la CEDEAO qui a annoncé la couleur un peu
plus tôt.
Si on analyse la
situation région par région, on se rendra compte que le mouvement d'ensemble
n'existe plus. La région caraïbes est détermine à signer un APE d'ici
le 31 décembre et le texte de l'accord est pratiquement agréé. Cependant
il y'aurait une petite difficulté pour cette région et qui concerne
les biens et services. Pour le pacifique, il n y a certes pas de promesse
de signature d'ici le 31 décembre mais selon l'UE les négociations sont
en bonne voie et il est possible d'avoir un accord intérimaire. L'Afrique
qui est la zone la plus fractionnée semble poser plus de problème. Il
y'a cinq (5) zones en Afrique avec des spécificités et des ambitions
parfois divergentes. L'Afrique centrale pourrait signer un accord "
intérimaire " sur les marchandises et services qui inclurait des dispositions
sur d'autres domaines non encore définies. Pour l'Afrique Australe (SADC),
l'UE estime qu'un accord tarifaire et sur les marchandises est à porté
de main. Les régions de l'Afrique de l'Est et de l'Ouest sont plus complexes.
La première est confrontée à un problème de configuration car il y'a
d'une part la Communauté de l'Afrique de l'Est (EAC) et d'autre part
les pays de l'Océan indien regroupé dans le cadre de la COI.
Quant à la région
de l'Afrique de l'Ouest regroupé dans la CEDEAO, il y'a des positions
parfois extrémistes, comme celle du Nigeria qui s'oppose à la conclusion
d'un APE et celle de la Cote d'ivoire, qui était moins réfractaire à
l'idée de conclure un accord. Tout compte, fait la région dans son ensemble
a décidé, au sortir de la réunion du comité ministériel de suivi des
négociation le 05 octobre dernier à d'Abidjan de ne pas signer l'APE
le 31 décembre et a demandé de poursuivre les discussions au de là de
cette date. Elle a aussi demandé à l'UE de déposer une demande de prorogation
de la dérogation à l'OMC. Une option qui ne semble guère satisfaire
l'UE qui souhaite conclure d'ici décembre un accord d'étape sur l'accès
au marché. Pour réaliser cet objectif, l'UE compte profiter des failles
dans la dynamique régionales pour signer cet accord avec un " avant
- groupe " de pays prêts à s'engager avant les autres.
La CEMAC ne signera
pas d'accord
Dans la Communauté
économique et monétaire des Etats d'Afrique centrale (CEMAC), les violons
étaient loin d'être accordés avant la réunion ministérielle du 29 octobre
à Bruxelles. A cette date, les experts des six États membres n'étaient
pas parvenus à un compromis sur l'ensemble des questions pendantes.
Au sortir de cette
réunion ministérielle de Bruxelles, la CEMAC a décidé de ne pas signer
un accord et demande à l'UE de introduise une nouvelle dérogation pour
la poursuite des préférences commerciales, suivant ainsi les pas de
la CEDEAO. La Commission Européenne considère que la demande de prolongation
de la dérogation auprès de l'OMC n'est pas compatible avec les dispositions
de l'Accord de Cotonou et que le maintien de préférences commerciales
ne reposerait sur aucune base juridique. Mais étant donné que les discussions
sur les questions techniques nécessitent plus de temps, il faut forcément
allait vers une nouvelle dérogation à défaut d'un " accord intérim ",
ce que ne semble pas accepter la CEMAC.