APE : Le Sénégal
ne signera pas l'APE avec l'UE.
Le président sénégalais
Abdoulaye Wade a affirmé que son pays "ne signera pas" les accords commerciaux
proposés par l'Union européenne (UE) aux Etats du bloc Afrique, Caraïbes,
Pacifique (ACP) et dénoncés par l'Afrique de l'Ouest.
"Je dis que le Sénégal
ne signera pas (ces) accords", rejetés par la Communauté économique
des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao). Cette déclaration vient
s'aligner sur la position de la CEDEAO qui, "fondamentalement, n'est
pas d'accord sur les APE et demande des délais". En début novembre,
la Cédéao (15 pays) avait, en effet, annoncé qu'elle n'était pas prête
à conclure les APE "en l'état actuel des choses". Mais le Président
Abdoulaye Wade a ajouté que ce serait point surprenant " qu'on nous
inflige des sanctions économiques ". Au soutien de ses propos, il donne
l'exemple de la Cote d'Ivoire qui a été menacée par l'Union européenne
d'augmenter les taxes sur leurs produits qui entrent en Europe de 70
%.
Face à ce refus,
"la stratégie de l'UE, c'est d'aller vers les pays qui composent la
Cédéao pour les amener à signer des accords séparés. Je ne signerai
pas d'accords séparés", a martelé M. Wade. " Le Sénégal n'a pas négocié
avec l'Union européenne. C'est plutôt la Cedeao qui a négocié avec elle.
Alors comment voulez vous qu'on signe ces Ape ? ", S'est-il interrogé
tout en affirmant que " nous ne nous désolidariserons pas avec les pays
de la Cedeao ". Cette stratégie de l'UE risque de porter ses fruits
d'autant plus que certains pays pourraient signer l'APE. C'est le cas
de la Siéra Léone, en effet son vice ministre des Finance M. Richard
Conteh a annoncé que "Le gouvernement sierra-léonais a pris une position
ferme" sur la question des accords de partenariat économique (APE),
et est prêt à les signer. Il a ajouté que "Les pays d'Afrique australe
ont presque signé les APE, alors que l'Afrique de l'Ouest attend. Cela
a été considéré comme un grand coup".
L'UE avait annoncé
récemment avoir conclu un accord "intérimaire" avec quatre Etats d'Afrique
australe (Botswana, Lesotho, Swaziland, Mozambique). Cette stratégie
risque de porter un coup dur à l'intégration régionale. Et il faut rappeler
que l'un des objectifs de l'APE est de renforcer l'intégration. Mais
l'essentiel est aujourd'hui de savoir que certains pays n'ont, dans
l'immédiat, rien à perdre à signer ou pas ces accords ; c'est essentiellement
le cas des PMA (dont la Siéra Léone et le Sénégal) qui de toutes les
façons bénéficient de l'initiative TSA. Cependant, il faut veiller à
garder la dynamique régionale, et se projeter dans le futur, en ne se
focalisant pas sur ce que l'on peut perdre maintenant mais faire de
sorte que les accords puissent devenir de véritables outils d'intégration
et de développement.
Le régime préférentiel
actuel liant l'UE et les ACP est jugé incompatible avec les règles internationales
par l'Organisation mondiale du commerce (OMC), qui a fixé au 31 décembre
prochain le délai pour son emplacement. Dans une tribune publiée le
16 novembre par le quotidien français Le Monde, le président Wade avait
déclaré que les APE n'étaient "pas acceptables".
Les rejeter "est
une question de survie pour nos peuples et nos économies, déjà éprouvées
par les subventions agricoles pratiquées par les pays industrialisés",
avait-il écrit. Les signer "revient à consacrer et accentuer un déséquilibre
de fait et à livrer totalement les marchés africains aux produits européens
subventionnés", avait-il ajouté. "Entre 2008 et 2015, les pertes de
recettes fiscales du Sénégal, si notre pays adopte ce système, passeraient
de 38 à 115 milliards de FCFA (près de 58 à 175,5 millions d'euros)",
avait-il indiqué, citant des projections d'un centre d'étude sur le
développement. Le président avait dans le même sens proposé des Accords
de Partenariat pour le développement comme alternative aux APE. Il a
soutenu que " Si l'Europe n'a plus que la camisole de force des Ape
à nous proposer, on peut se demander si l'imagination et la créativité
ne sont pas en panne à Bruxelles ".
Cette alternative
qui est ces APD devrait permettre d'instaurer un équitable et mutuellement
enrichissant mais aussi de " se forger un destin commun en lançant les
fondements d'une alliance objective sur la base de nos complémentarités
".