Europe-Afrique
: Un sommet pour un nouveau partenariat ?
Le sommet Europe-Afrique
s'est tenu les 8 et 9 décembre à Lisbonne au Portugal. Ce sommet, deuxième
rencontre du genre entre l'Europe et l'Afrique après celui du Caire
en 2000, s'est tenu dans un contexte particulièrement important où les
relations traditionnelles euro-africaines connaissent de profondes et
rapides transformations tant sur le plan politique qu'économique, sous
l'effet conjugué de la volonté de l'Afrique d'affirmer son indépendance
politique vis-à-vis de l'Europe et de la montée en puissance des économies
émergentes comme la Chine, l'Inde et le Brésil dans le continent.
C'est pourquoi le
sommet de Lisbonne a été placé sous le seau du nouveau partenariat.
Sur les nombreuses questions abordées, les leaders africains et européens
ont affiché leurs intentions de bâtir ce nouveau partenariat. Les propos
de José Manuel Baroso, président de la Commission européenne traduisaient
bien cette nouvelle ambition : " Nous avons eu une politique pour l'Afrique,
il nous faut une politique avec l'Afrique "
Mais la volonté
affichée par les deux parties n'a pu être traduite dans la construction
d'un nouveau départ entre l'Europe et l'Afrique tant les divergences
ont été larges sur de nombreux sujets. L'Europe a tenté de dénoncer
les violations droits de l'Homme, en particulier au Zimbabwe et l'Afrique
la politique commerciale que l'Europe tente d'imposer aux africains
à travers les Accords de partenariat économique (APE). C'est ce second
point qui a fait l'objet de la plus grande attention des chefs d'Etat,
consacrant ainsi un succès relatif de la partie africaine à infléchir
l'agenda du sommet vers ce sujet qui était le point prioritaire pour
l'Afrique et pour la plupart des organisations de la société civile
présente à Lisbonne.
Les leaders africains
à travers Alpha Oumar Konaré, président de la Commission de l'union
africaine à Thabo Mbeki, Président de la République Sud africaine et
Abdoulaye Wade, Président du Sénégal, ont critiqué le coup de force
et les pressions politiques exercées par l'Europe sur les régions et
les Etats africains en vue de la signature d'un APE avant le 31 décembre
2007, date d'expiration de la dérogation accordée par l'Organisation
mondiale du commerce (OMC). Les arguments avancés par les leaders africains
ont, au final, amené la Commission européenne, par la voix de Baroso,
à s'engager à poursuivre le débat sur les APE au-delà de la date du
31 décembre et à reprendre les discussions en février 2008.
Mais tout cela
n'a pas pour autant empêché certains participants comme la Suède, le
Danemark, l'Allemagne et les Pays bas a décrié la situation des droits
de l'homme en Afrique. Ce que Robert Mugabe, qui était principalement
visé, a balayé estimant qu' "il est important que les gens gardent à
l'esprit que les Africains ont combattu pour avoir des droits de l'homme
(alors qu'ils étaient) soumis à l'oppression. La Stratégie conjointe
et le Plan d'Action ont été adoptés lors de ce Sommet UE-Afrique. Dans
la Déclaration de Lisbonne, les chefs d'Etats et de Gouvernement africains
et européens déclarent "être déterminés à donner au nouveau partenariat
stratégique les moyens et les instruments nécessaires pour mettre en
œuvre la Stratégie Conjointe et le Plan d'Action, et dans ce but créer
un mécanisme de suivi complet et efficace qui puisse permettre de rejoindre
ces objectifs et présenter les résultats à l'occasion du troisième Sommet
qui devrait se tenir en 2010''.
Le sommet a aussi
a promis la mise en place " un nouveau partenariat stratégique politique
pour le futur, allant au-delà de la traditionnelle relation donateur
- bénéficiaire, construisant la futur relation sur des valeurs et objectifs
communs, selon les principes de paix, stabilité, démocratie, état de
droit, progrès et développement."
Un nouveau acteur
dans les relations UE Afrique : la société civile
En marge de la
réunion des Chefs d'Etat, de nombreuses organisations de la société
civile se sont aussi réunies dans un " Sommet Europe-Afrique alternatif
" pour analyser ensemble les contraintes auxquelles l'Afrique fait face
et qui, en partie, sont engendrées par les logiques marchandes et néolibérales
qui sous-tendent le partenariat imposé par L'Europe. Ce sommet alternatif
avait pour objectif, d'une part de bâtir de nouvelles alliances entre
les organisations européennes et africaines, en particulier entre le
réseau européen Seattle to Brussels (S2B) et le réseau Africa Trade
Network, et d'autre part de proposer des options alternatives sur de
nombreux sujets tels que le partenariat économique Europe Afrique, dont
l'expression actuelle est l'Accord de partenariat économique, la question
des migrations, les droits de l'homme et la souveraineté alimentaire.
Les organisations
de la société civile européennes et africaines ont, par la voie de Taoufik
ben Abdallah de l'ONG ENDA Tiers Monde, délivré un message des mouvements
sociaux et des " peuples " des deux continents aux chefs d'Etat. La
déclaration présentée aux Chefs d'Etat a reçu un écho très favorable
de la part des officiels. Elle a été saluée par M. Alpha Omar Konaré
qui, dans sa déclaration finale, a cité les propos de la société civile
sur le thème de l'inégalité des pouvoirs entre les deux continents.
C'est dire qu'il
y'a une grande avancée et une nouvelle donne dans les relations nord
sud parce que tout simplement les groupes de pressions que sont les
organisations de la société civile travaille à une prise en compte des
intérêts des masses en dehors de tout calculs politique.