Cycle de Doha:
L'année 2008 sera-t-elle la bonne pour la conclusion des négociations?
Les pays membres
de l'OMC vont tenter de conclure cette année les négociations sur la
libéralisation du commerce mondial, sachant qu'un nouveau report serait
fatal aux discussions qui piétinent depuis six ans. La stagnation de
ce cycle de Doha est inquiétante, ce qui fait dire à Mme Doris Leuthard
Ministre suisse de l'Economie lors du Forum de Davos " qu'Aujourd'hui,
tous les membres sont conscients que si nous ne concluons pas le cycle
en 2008 nous ne le ferons probablement jamais ". La vingtaine de ministres
du Commerce réunis en marge du Forum économique mondial s'est donné
pour objectif de parvenir à un accord d'ici en avril sur les deux grands
dossiers du cycle de négociations de Doha lancé en 2001 dans la capitale
du Qatar: L'agriculture et la baisse des droits de douane sur les produits
industriels.
Le Ministre Brésilien
des Affaires étrangères, Celso Amorim a soutenu que "Les deux à trois
mois qui viennent vont être cruciaux". Mais il faut préciser que les
ministres, qui ne se sont pas vus depuis un an, ne se retrouveront à
Genève que si leurs ambassadeurs trouvent un équilibre dans les concessions
à faire entre l'agriculture et les produits industriels. A Davos, le
Directeur général de l'Organisation mondiale du commerce, Pascal Lamy,
a répété qu'un accord serait le meilleur moyen d'écarter le risque protectionniste
accru par la crise financière mondiale et qu'un échec des négociations
"serait une nouvelle extrêmement mauvaise" dans les actuelles "turbulences"
de l'économie mondiale, avec "moins de croissance et davantage de pauvreté".
Un élan d'optimiste
s'était emparé de la plupart des participants à ce forum économique
qui pensaient qu'un accord était " à porter de main " en 2008 mais le
Commissaire européen au Commerce, Peter Mandhelson, a jeté un froid
en évoquant ouvertement "l'enterrement" des négociations.
Lors d'un débat
public aux côtés de ses homologues et de M. Lamy, M. Mandelson a dit
douter qu'après un échec de l'OMC en 2008, le prochain Président américain
ait pour priorité une relance des négociations.
Le Commissaire Européen
s'attend à l'inverse à une prolifération d'accords de libre-échange
bilatéraux ou régionaux, qui sonneraient le glas du cycle de Doha.
Enfonçant le clou,
M. Mandhelson a rapporté des propos qui lui ont été tenus récemment
par des représentants de milieux d'affaires européens. "Ils m'ont dit:
'Si, durant l'année, vous constatez que le cycle ne va pas réussir,
ne le laissez pas agoniser, enterrez-le correctement en extrayant les
éléments intéressants qui ont déjà été négociés'", a-t-il rapporté.
Quant au représentant
américain Susan Schwab, elle a affirmé qu'en cas d'échec, les négociations
risquaient plutôt de "partir à la dérive". "Je ne sais pas si les milieux
d'affaires auront besoin d'une déclaration formelle disant que le cycle
est terminé", a-t-elle déclaré tout en appelant le secteur privé à faire
pression sur les gouvernements en faveur d'un accord. Avant de soutenir
que "les groupes de pression agricoles de chaque pays pèsent probablement
plus lourds que ceux qui représentent les services ou l'industrie".
Et dans le contexte
actuel de crise financière qui pourrait pousser les acteurs du commerce
mondial vers des politiques protectionnistes, il urge de conclure le
cycle de Doha. En effet comme a eu à le rappeler l'ancien Premier ministre
britannique Tony Blair, au premier jour de la réunion annuelle du Forum
économique mondial, " En période de difficultés économiques, la pression
politique va aller davantage dans le sens du protectionnisme que d'une
ouverture commerciale ".
Le cycle de Doha
qui était déjà en panne depuis bien longtemps aurait du mal à décoller
d'autant plus qu'il est plombé par un différend Nord-Sud sur l'agriculture.
Aujourd'hui il est peu probable d'avoir un résultat final avant fin
2008.
Et l'on redoute
que la campagne présidentielle aux Etats-Unis donne lieu à des déclarations
protectionnistes de la part des différents candidats.
Mais il serait,
selon L'économiste Nouriel Roubini, " très difficile d'avancer en matière
commerciale avec la perspective d'une récession mondiale ". Pour arriver
à un accord de " Doha ", le Directeur Général de l'OMC, M. Pascal Lamy,
devait s'entretenir au cours du forum de Davos 2008 avec une vingtaine
de ministres, dont les principaux acteurs du cycle de négociation de
Doha (UE, Etats-Unis, Brésil, Inde...). M. Blair a jugé "très utile
cette tentative de relance de la discussion sur le commerce mondial,
qui est actuellement en panne" et pour lui, "Nous sommes à un moment
où il serait intelligent de remettre les négociations sur les rails"
et "Regarder vers l'avenir serait formidable pour l'économie mondiale
et je pense que c'est une priorité majeure".
Le Ministre indien
du Commerce et de l'Industrie, Kamal Nath, l'une des principales figures
du monde en développement dans la négociation, a également espéré que
"dans les perspectives moroses de l'économie mondiale, il pourra y avoir
un côté positif: la conclusion du cycle". Il s'est félicité que la négociation
se fasse désormais sur la base de textes de négociation. "Nous espérons
que les signaux que nous recevons de la part des principaux acteurs
soient une avancée pour achever le dernier kilomètre" de la négociation,
a-t-il dit. M. Nath a cependant réitéré sa demande de voir les pays
développés "donner et non pas prendre" dans les tractations, en réduisant
réellement leurs subventions agricoles, qui faussent le commerce mondial
et pénalisent les producteurs des pays pauvres. "Il serait beaucoup
plus intelligent que l'Europe et les Etats-Unis utilisent cet argent
pour la Recherche-Développement et la technologie, plutôt que de subventionner
une poignée d'agriculteurs", a-t-il lancé. Accusant les Etats-Unis de
ne pas offrir de véritables baisses de leurs subventions, il a assuré
qu'il se satisferait d'une simple baisse "d'un dollar" du budget alloué
chaque année par Washington à ses agriculteurs.
Au même moment,
le Président Brésilien Luiz Inacio Lula da Silva a proposé de rencontrer
en Europe le Président Américain George W. Bush en avril pour avancer
dans la conclusion des négociations du cycle de Doha de l'Organisation
mondiale du commerce OMC. Les deux présidents seraient simultanément
en Europe. Il n'est cependant pas exclu que d'autres personnalités participent
à cette réunion. Selon les autorités brésiliennes, une telle rencontre
devrait être " la possibilité d'une réunion de dirigeants politiques
pour qu'on puisse arriver à la finalisation du cycle de Doha ".