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Volume: 7

Numéro: 1

30 Janvier 2008

Cycle de Doha: L'année 2008 sera-t-elle la bonne pour la conclusion des négociations?

Les pays membres de l'OMC vont tenter de conclure cette année les négociations sur la libéralisation du commerce mondial, sachant qu'un nouveau report serait fatal aux discussions qui piétinent depuis six ans. La stagnation de ce cycle de Doha est inquiétante, ce qui fait dire à Mme Doris Leuthard Ministre suisse de l'Economie lors du Forum de Davos " qu'Aujourd'hui, tous les membres sont conscients que si nous ne concluons pas le cycle en 2008 nous ne le ferons probablement jamais ". La vingtaine de ministres du Commerce réunis en marge du Forum économique mondial s'est donné pour objectif de parvenir à un accord d'ici en avril sur les deux grands dossiers du cycle de négociations de Doha lancé en 2001 dans la capitale du Qatar: L'agriculture et la baisse des droits de douane sur les produits industriels.

Le Ministre Brésilien des Affaires étrangères, Celso Amorim a soutenu que "Les deux à trois mois qui viennent vont être cruciaux". Mais il faut préciser que les ministres, qui ne se sont pas vus depuis un an, ne se retrouveront à Genève que si leurs ambassadeurs trouvent un équilibre dans les concessions à faire entre l'agriculture et les produits industriels. A Davos, le Directeur général de l'Organisation mondiale du commerce, Pascal Lamy, a répété qu'un accord serait le meilleur moyen d'écarter le risque protectionniste accru par la crise financière mondiale et qu'un échec des négociations "serait une nouvelle extrêmement mauvaise" dans les actuelles "turbulences" de l'économie mondiale, avec "moins de croissance et davantage de pauvreté".

Un élan d'optimiste s'était emparé de la plupart des participants à ce forum économique qui pensaient qu'un accord était " à porter de main " en 2008 mais le Commissaire européen au Commerce, Peter Mandhelson, a jeté un froid en évoquant ouvertement "l'enterrement" des négociations.

Lors d'un débat public aux côtés de ses homologues et de M. Lamy, M. Mandelson a dit douter qu'après un échec de l'OMC en 2008, le prochain Président américain ait pour priorité une relance des négociations.

Le Commissaire Européen s'attend à l'inverse à une prolifération d'accords de libre-échange bilatéraux ou régionaux, qui sonneraient le glas du cycle de Doha.

Enfonçant le clou, M. Mandhelson a rapporté des propos qui lui ont été tenus récemment par des représentants de milieux d'affaires européens. "Ils m'ont dit: 'Si, durant l'année, vous constatez que le cycle ne va pas réussir, ne le laissez pas agoniser, enterrez-le correctement en extrayant les éléments intéressants qui ont déjà été négociés'", a-t-il rapporté.

Quant au représentant américain Susan Schwab, elle a affirmé qu'en cas d'échec, les négociations risquaient plutôt de "partir à la dérive". "Je ne sais pas si les milieux d'affaires auront besoin d'une déclaration formelle disant que le cycle est terminé", a-t-elle déclaré tout en appelant le secteur privé à faire pression sur les gouvernements en faveur d'un accord. Avant de soutenir que "les groupes de pression agricoles de chaque pays pèsent probablement plus lourds que ceux qui représentent les services ou l'industrie".

Et dans le contexte actuel de crise financière qui pourrait pousser les acteurs du commerce mondial vers des politiques protectionnistes, il urge de conclure le cycle de Doha. En effet comme a eu à le rappeler l'ancien Premier ministre britannique Tony Blair, au premier jour de la réunion annuelle du Forum économique mondial, " En période de difficultés économiques, la pression politique va aller davantage dans le sens du protectionnisme que d'une ouverture commerciale ".

Le cycle de Doha qui était déjà en panne depuis bien longtemps aurait du mal à décoller d'autant plus qu'il est plombé par un différend Nord-Sud sur l'agriculture. Aujourd'hui il est peu probable d'avoir un résultat final avant fin 2008.

Et l'on redoute que la campagne présidentielle aux Etats-Unis donne lieu à des déclarations protectionnistes de la part des différents candidats.

Mais il serait, selon L'économiste Nouriel Roubini, " très difficile d'avancer en matière commerciale avec la perspective d'une récession mondiale ". Pour arriver à un accord de " Doha ", le Directeur Général de l'OMC, M. Pascal Lamy, devait s'entretenir au cours du forum de Davos 2008 avec une vingtaine de ministres, dont les principaux acteurs du cycle de négociation de Doha (UE, Etats-Unis, Brésil, Inde...). M. Blair a jugé "très utile cette tentative de relance de la discussion sur le commerce mondial, qui est actuellement en panne" et pour lui, "Nous sommes à un moment où il serait intelligent de remettre les négociations sur les rails" et "Regarder vers l'avenir serait formidable pour l'économie mondiale et je pense que c'est une priorité majeure".

Le Ministre indien du Commerce et de l'Industrie, Kamal Nath, l'une des principales figures du monde en développement dans la négociation, a également espéré que "dans les perspectives moroses de l'économie mondiale, il pourra y avoir un côté positif: la conclusion du cycle". Il s'est félicité que la négociation se fasse désormais sur la base de textes de négociation. "Nous espérons que les signaux que nous recevons de la part des principaux acteurs soient une avancée pour achever le dernier kilomètre" de la négociation, a-t-il dit. M. Nath a cependant réitéré sa demande de voir les pays développés "donner et non pas prendre" dans les tractations, en réduisant réellement leurs subventions agricoles, qui faussent le commerce mondial et pénalisent les producteurs des pays pauvres. "Il serait beaucoup plus intelligent que l'Europe et les Etats-Unis utilisent cet argent pour la Recherche-Développement et la technologie, plutôt que de subventionner une poignée d'agriculteurs", a-t-il lancé. Accusant les Etats-Unis de ne pas offrir de véritables baisses de leurs subventions, il a assuré qu'il se satisferait d'une simple baisse "d'un dollar" du budget alloué chaque année par Washington à ses agriculteurs.

Au même moment, le Président Brésilien Luiz Inacio Lula da Silva a proposé de rencontrer en Europe le Président Américain George W. Bush en avril pour avancer dans la conclusion des négociations du cycle de Doha de l'Organisation mondiale du commerce OMC. Les deux présidents seraient simultanément en Europe. Il n'est cependant pas exclu que d'autres personnalités participent à cette réunion. Selon les autorités brésiliennes, une telle rencontre devrait être " la possibilité d'une réunion de dirigeants politiques pour qu'on puisse arriver à la finalisation du cycle de Doha ".



 

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