Polémique autour
de l'affaire de la Banane : Bruxelles déplore la décision de l'OMC en
faveur de Washington.
L'OMC a encore une
fois condamné l'UE sur l'affaire de la banane. En arguant que le droit
de douane imposé sur la banane venant d'autres pays que les ACP était
illégal. Pour rappel, le système mis en place par l'UE dans le cadre
de l'OCMB (l'organisation commune des marchés de banane) pour harmoniser
les politiques d'importation de bananes et préserver les intérêts des
producteurs communautaires est contesté dès le début par les États-Unis.
Depuis 1994, ce système jugé discriminatoire est décrié par la plus
part des producteurs de banane qui se trouvent en Amérique Latine avec
l'appui des Etats Unis. Les bananes d'Amérique latine représentent les
quatre cinquièmes des importations européennes, le reste étant assuré
par les anciennes colonies européennes de la zone ACP qui entrent sans
droits de douane dans l'Union sous un quota de 775.000 tonnes par an.
Les États-Unis
exigent une réforme du système communautaire et refusent la possibilité
de compensations commerciales (en 1997 les États-Unis ont refusé que
les Européens s'acquittent d'un montant de 2,5 milliards de dollar de
compensations commerciales). En 1999, L'UE met en place une version
révisée de l'OCMB, dont les changements ne vont toujours pas suffisamment
loin pour les Américains. L'UE fait appel auprès de l'OMC après la menace
de sanctions américaines. Le panel de l'OMC rend sa décision finale
et suit largement l'argumentation américaine selon laquelle le nouveau
règlement de l'UE pénalise toujours les exportateurs américains. Précisons
aussi que les Etats-Unis ne produisent pas beaucoup de bananes mais
les plus grandes multinationales qui transforment la banane se trouvent
aux Etats-Unis (Chiquita, Del monte et Dole).
Depuis janvier 2006,
l'UE impose un droit de douane de 176 euros par tonne sur les bananes
non originaires de la zone ACP (Afrique - Caraïbes - Pacifique), avait
déjà été condamnée fin novembre à la demande de l'Equateur, premier
importateur de bananes dans l'Union européenne. En juin dernier, les
Etats-Unis avaient portaient plainte contre l'UE estimant que le dispositif
européen constituait une discrimination envers les pays d'Amérique latine.
Ce différend sur la banane est le plus ancien de l'histoire de l'OMC.
Après plusieurs
condamnations, les Etats-Unis espèrent que l'UE va pour cette fois ci
mettre en place un régime d'importation conforme avec ses engagements
à l'OMC.
L'UE n'est pas d'accord
avec cette condamnation de l'OMC jugeant que ce régime n'était plus
en vigueur depuis le 1er janvier. "La préférence accordée aux pays ACP
(Afrique, Caraïbes, Pacifique), examinée par le panel de l'OMC, n'existe
plus", a assuré Bruxelles dans un communiqué. Les Etats-Unis avaient
déposé une plainte à l'OMC en juin 2007 en estimant que le droit de
douane de 176 euros par tonne imposé par l'UE depuis 2006 aux bananes
non originaires des pays ACP portait préjudice aux exportations des
grands pays producteurs comme l'Equateur, le Honduras, le Panama et
le Nicaragua.
En effet depuis
le premier janvier 2008, le régime commercial entre l'UE et la plupart
des ACP a évolué et les préférences accordées à ces pays sont faites
dans le cadre d'accords de partenariat économique conforme à l'article
24 du GATT de 1994. Ce nouveau système, qui inclut les bananes, permet
aux ACP d'exporter tous leurs produits, sucre et riz exceptés, sans
droit de douane vers l'UE qui les oblige en échange d'ouvrir progressivement
80% de leur marché aux produits européens, ce qui pour Bruxelles répond
aux exigences de l'OMC.
Le commissaire
au Commerce Peter Mandelson avait lui-même reconnu fin janvier qu'"il
fallait se préparer à défendre ces accords à l'OMC" et que l'UE ne serait
pas "en sécurité" tant que ces textes ne seraient pas formellement signés.
Bruxelles a aussi "regretté" que les Etats-Unis aient été autorisés
à utiliser le mécanisme de règlement des conflits de l'OMC dans cette
affaire alors qu'ils ne "sont pas concernés par les mesures dénoncées".