Commerce Sud -
Sud : la clause NPF dans les APE pourrait - elle entraver le commerce
Sud - Sud ?
L'UE est entrain
de conclure des ACR avec beaucoup de pays parmi ceux des plus pauvres
de la planète dans le cadre des APE. Cette tendance risque, selon certains,
de porter un coup dur aux relations commerciales entre pays du Sud.
Ces accords négociés
par l'UE avec les ACP, incluent des clauses qui pourraient décourager
certains pays du Sud à commercer dans un régime avec de telles clauses.
Cette inquiétude a été soulevée par le Brésil à la réunion du conseil
général de l'OMC le 5 février 2008.
En vertu de la "clause
NPF (nation la plus favorisée)" qui est ici en question, les pays ACP
qui auraient conclus des accords avec les pays de l'UE, seraient obligés
de leurs étendre tout autre avantage accordé à un tiers Etat. Une telle
clause ne donne " aucune incitation à négocier des accords avec d'autres
pays en développement " mieux elle décourage ou même empêche les pays
du Sud à entretenir des relations commerciales entre elles. Ce serait
contraire à un principe de l'OMC visant à accroître la faible participation
des pays au commerce mondial. L'OMC et l'UE ont toutes deux affirmé
l'importance du commerce Sud - Sud, dès lors introduire la clause NPF
dans les APE serait paradoxale et remettrait en cause toute la pertinence
de la clause d'habilitation.
La " clause d'habilitation
", trouvant ses origines dans les délibérations de la CNUCED I en 1964,
permet par ailleurs que plusieurs pays en développement adoptent entre
eux des Accords Commerciaux Régionaux (ACR), pour s'octroyer, entre
eux, des faveurs commerciales pour le commerce des marchandises, sans
qu'ils doivent étendre ces préférences à tous les Membres OMC. A l'heure
actuelle, 19 ACR notifiés au titre de la clause d'habilitation sont
toujours en vigueur. Une telle clause encourage et stimule le commerce
Sud - Sud.
Les préoccupations
exprimées par le Brésil, bien que minimisée par l'UE, constitue une
source potentielle de tension entre le nombre rapidement croissant d'accords
bilatéraux et d'accords commerciaux régionaux et les règles commerciales
multilatérales.
La Clause NPF décourage
les accords de libre-échange Sud-Sud, parce que certains pays du Sud
ne s'engageraient guère dans un accord si les préférences qu'ils accordent
ou qui leurs sont accordées seraient tout aussi accordées aux pays développés.
Le Brésil, l'Inde, le Mexique hésiteraient alors à commercer dans le
cadre d'accords commerciaux avec les pays de la CEDEAO qui auraient
conclus des APE contenant la clause NPF comme c'est le cas dans les
accords intérimaires paraphés par la Cote d'ivoire et le Ghana.
L'UE a réfuté une
telle thèse en soutenant que la clause NPF, introduite dans les APE,
ne remet nullement en cause la clause d'habilitation parce que s'applique
uniquement aux concessions faites dans le cadre d'un accord de libre-échange
entre les pays ACP et un partenaire commercial et économique majeur.
Par conséquent, cela n'aurait pas d'effet sur l'intégration régionale
entre les pays ACP ou les accords entre les pays ACP et d'autres petits
pays en développement ou pauvres. Mais, "le fait est qu'il s'agit d'un
frein à la coopération Sud-Sud" selon Pont-Vieira Dos Santos, un ancien
responsable de l'OMC. Pont-Vieira Dos Santos a déclaré que, plutôt que
d'un problème juridique, la tension entre l'UE, les APE et les accords
Sud-Sud était un "problème systémique qui pourraient être aplanies dans
un contexte global."