Doha : entre urgence
et impossibilité
Le cycle de Doha
intéresse de plus en plus les dirigeants du monde. Les déclarations
tantôt teintées d'espoirs tantôt d'inquiétudes montrent toute l'importance
de ce cycle de négociations qui est toujours bloqué sur les sujets les
plus importants.
D'aucuns pensent
que l'avenir du commerce international se trouve dans la réussite de
ce cycle. Mais sa finalisation est aujourd'hui inquiétante et l'éventualité
d'un échec est de plus en plus brandie même si certains gardent espoirs.
Des réactions sont notées de part et d'autre. Ceux qui pensent à l'urgence
d'un accord et d'autres qui pensent que cela n'est pas possible à l'heure
actuelle. Ce dernier point de vu est soutenu par M. Nicolas Sarkozy
Président de la république de France qui pense que les conditions d'un
accord ne sont "pas réunies".
En effet dans une
lettre adressée au président de la Commission européenne José Manuel
Barroso, le président français a exposé toutes ses inquiétudes sur l'absence
de conditions pour un accord équilibré. Au soutien de son argumentation,
il estime que "le déséquilibre des concessions réciproques, au détriment
de l'Union européenne, est très préoccupant, aussi bien pour les piliers
agricoles et industriels en discussion, que pour l'économie générale
de cette négociation, avec la sortie du périmètre des négociations actuelles
de plusieurs sujets primordiaux pour l'Union européenne (services, règles,
indications géographiques)".
Prenant complètement
partis pour les agriculteurs et les entrepreneurs européens, M. Sarkozy
note que "plusieurs filières agricoles européennes seraient mises en
péril par l'application des dispositions concernant l'accès au marché
communautaire" et évoque "le recul récent de la négociation en matière
d'accès aux marchés industriels pour les entreprises européennes". A
trois mois de la présidence Française de l'UE, Le président de la république
Française en rencontrant les syndicats des agriculteurs français, promettait
une "refondation" de la PAC, par des discussions de fond sur son avenir
après 2013. Ce qui débouchera sur "une véritable simplification durable"
de cette PAC.
Absence d'efforts
des pays Emergents
Le président Français
écarte toute " naïveté de la part de l'UE " et charge les autres acteurs
de ces négociations en considérant qu'ils n'avaient pas fournis suffisamment
d'efforts. Il a déclaré que " L'absence d'efforts de la part des grands
pays émergents est sans commune mesure avec les bénéfices qu'ils ont
tirés ces dernières années de l'ouverture aux échanges internationaux
". Il faut donc chercher un équilibre dans ce cycle de Doha.
Le rééquilibrage
se ferait à travers des concessions faites sur le commerce de services,
les indications géographiques mais aussi une véritable réciprocité des
engagements d'accès aux marchés. M. Sarkozy a jugé que sur ces questions,
les autres partenaires ne font pas suffisamment d'efforts et que l'UE
devrait plutôt montrer une grande vigilance. Elle doit de toute les
façons s'engager à oeuvrer pour rééquilibrer la négociation. M. Sarkozy
est allé même plus loin en affirmant qu'il s'opposerait à tout accord
qui ne prendrait pas en compte les intérêts de son pays.
Il faut rappeler
que les pays émergents demandent aux pays développés, comme l'Europe
et les Etats-Unis, une plus grande ouverture de leurs marchés agricoles.
Et il leur a été demandé d'ouvrir à leur tour leurs propres marchés
industriels et des services. A cette opposition vient se greffer une
autre, celle - là entre Européens et Américains sur les aides qu'ils
versent à leurs agriculteurs respectifs.
Pourtant il est
urgent de conclure le cycle de Doha
En dépit de toutes
ces inquiétudes, certains continuent à penser qu'il devient de plus
en plus urgent de conclure le cycle. Le Premier ministre australien
Kevin Rudd et le président de la Commission européenne José Manuel Barroso
ont souligné récemment l'"urgence" d'un accord à l'OMC sur la libéralisation
du commerce mondial, malgré les craintes d'un échec des négociations
qui grandissent de jour en jour.
Après s'être entretenu
avec M. Barosso le mercredi 9 avril 2008, M. Kevin Rudd a estimé qu'"il
y a un besoin urgent de conclure pour donner un coup de pouce à l'économie
mondiale qui traverse comme nous le savons une période particulièrement
difficile". Il reconnaît cependant qu'il reste beaucoup de travail à
faire, mais rien n'est impossible, il faut juste être réaliste. Le temps
passe vite. Et les élections aux Etats unies approchent à grandes enjambées
et selon Peter Mandelson, "Si nous n'achevons pas le cycle de négociations
en 2008, sous la présidence Bush (...) je pense qu'elles sont vouées
à l'échec".
Probabilité d'une
réunion ministérielle
Au début de l'année,
beaucoup d'espoirs ont été nourris par les textes proposés par les présidents
des groupes de négociations et certains entrevoyaient une réunion ministérielle
au mois d'Avril, mais il n' y a à ce jours aucune avancée significative
qui justifierait une telle réunion. Même si, durant la première quinzaine
d'avril, un important compromis technique est intervenu dans la négociation
agricole entre six grandes puissances commerciales: Australie, Brésil,
Canada, Etats-Unis, Japon et Union européenne. "Les grandes lignes d'un
accord sont sur la table", a indiqué M. Mandelson au cours d'une conférence
de presse de l'American European Press Club à Paris en mi avril. Ces
puissances se sont mises d'accord sur la méthode de calcul de la consommation
intérieure nécessaire pour déterminer l'augmentation des quotas tarifaires
de produits sensibles.
Les ministres ne
seront convoqués que si les négociateurs trouvent un compromis final.
Et "C'est pourquoi il y a actuellement une tentative de convoquer une
réunion ministérielle en mai, sur la base d'un nouveau texte négocié
en avril", selon M. Mandelson.