La CNUCED 12 :
la question du développement de l'Afrique et de sa participation au
commerce mondial au cœur des discussions.
La 12ème session
de la CNUCED s'est tenue du 20 au 25 avril à Accra au Ghana. Le thème
central de la session était " Perspectives et enjeux de la mondialisation
pour le développement ". Certains l'ont qualifié de conférence de référence
du fait du contexte dans le quel elle se tenait. Ce contexte est marqué
par des changements économiques, sociaux, politiques et environnementaux.
Si les caractéristiques principales de ce contexte de crise sont de
plus en plus claires, les répercussions ne sont pas encore bien déterminées.
La conférence a également lieu à un moment où la pression exercée par
le Nord concernant la réforme du système des Nations Unies, y compris
la CNUCED, continue de croître. Dans le même temps les modèles existants
de gouvernance économique et politique mondiale rendent difficiles la
pleine participation des pays en développement et la prise en compte
de leur opinion. Les relations commerciales entre pays du Nord et ceux
du sud sont à la croisée des chemins. Et les APE et d'autres accords
de libre-échange qui se négocient en constituent une parfaite illustration.
Ce contexte de turbulences
économiques impose une nécessaire surveillance et une intermédiation
multilatérale dans les domaines intrinsèquement liés au commerce et
au financement du développement. Aujourd'hui, il y a de fortes raisons
d'espérer que plusieurs pays en développement atteindront les Objectifs
du Millénaire pour le Développement (OMD) d'ici 2015. Ces pays ont su
profiter de la récente envolée du prix des produits de base. Nombre
d'entre eux sont désormais exportateurs nets de capitaux. Le commerce
et l'investissement Sud-Sud ont virtuellement explosé. La nouvelle vague
de la mondialisation doit aboutir à une meilleure répartition des bénéfices.
La pauvreté a sensiblement reculé, en particulier en Asie mais aussi
en Afrique où la croissance du PIB moyen, à l'exception du Nigéria et
de l'Afrique du Sud, a été estimée l'an dernier à 7%. Cependant, pour
la CNUCED, il ne faut pas se laisser porter par l'optimisme.
Cela ne doit nullement
empêcher de s'intéresser à certaines régions en Afrique au sud du Sahara
qui restent confrontées à une pauvreté grandissante ou connaissent une
croissance non génératrice d'emplois. Les problèmes chroniques que connaissent
les pays en développement depuis plusieurs décennies prennent aujourd'hui
de nouvelles formes et une ampleur alarmante. Dans cette partie du monde,
on peut malheureusement déplorer le fait que les objectifs du millénaire
resteront quasi inaccessibles si des mesures hardies ne sont pas prise
de toute urgence.
La rencontre constituait
dès lors une occasion de discuter, selon le secrétaire Général de la
CNUCED, "les conséquences de ces nouvelles réalités pour le commerce
et le développement, en s'efforçant de relever les défis et de tirer
le meilleur parti des possibilités offertes par la mondialisation".
Il est, en effet,
ressorti de ces travaux de la CNUCED l'urgence de mettre le système
commercial multilatéral au service de la prospérité de l'Afrique. Les
pays en développement et ceux du continent africain particulièrement
intéressés par cette 12ème session de la CNUCED ne doivent pas rester
en marge de la marche du monde. Mais il est fort regrettable selon le
Secrétaire Général des Nations Unies M. Ban Ki Moon "qu'aucun pays africain
ne sera en mesure de réaliser les Objectifs du millénaire pour le développement
(OMD) d'ici à 2015 ". Même si des efforts considérables ont été enregistrés
et des progrès sont possibles, les pays comme le Ghana, la Tanzanie
et le Kenyan en ont donné des exemples. L'Afrique doit " goûter pleinement
aux fruits de la mondialisation " pour cela il faut commencer par divorcer
d'avec le système vicieux de l'assistanat dans lequel elle se trouve
depuis tant d'années. Il faudrait aussi un rééquilibrage des règles
du commerce mondial pour tirer meilleur profit de la mondialisation.
C'est dans ce sens que le président ghanéen John Kufuor, a appelé les
pays industrialisés à renoncer aux pratiques protectionnistes et aux
différentes formes de soutiens, d'aides et de subventions accordées
à leurs producteurs et exportateurs agricoles, pour rendre le marché
mondial plus stimulant pour les producteurs africains.
Dans ce débat sur
le commerce mondial, M. Pascal Lamy pense que seule la conclusion d'un
accord dans le cycle de Doha peut offrir aux pays en développement et
aux PMA se trouvant majoritairement en Afrique de nouvelles possibilités
de lutte contre la pauvreté par le commerce. Cela ne devrait tout de
même pas entraver la coopération et le commerce Sud - Sud que beaucoup
considèrent comme une alternative sûre et à porter de main au système
de coopération Nord Sud qui n'a jusqu'à présent pas encore produit les
espoirs qui y été placés.
Une telle position
a été défendue par le Président Lula Da silva du Brésil et la société
civile qui participait à cette rencontre. En effet il a été retenu que
la coopération Sud - Sud a le potentiel d'offrir des partenariats permettant
un réel accès des PMA à des marchés rentables ???. La société civile
a appelé la CNUCED à poursuivre ses efforts pour renforcer et protéger
ces échanges Sud - Sud. Elle a appelé aussi à un plus grand engagement
de la CNUCED dans la création et la gestion des mécanismes multilatéraux
qui régulent le commerce mondial sous toutes ces formes. Il faut pour
cela que son mandat ne soit pas interprété de façon restrictive et aller
résolument vers une nouvelle dynamique.