Éditorial

16 December 2009

Au moment où Eclairage allait sous presse, des milliers de responsables gouvernementaux, de scientifiques et d'activistes convergeaient vers Copenhague, au Danemark, pour la Conférence des Nations-Unies sur le changement climatique de 2009 - appelée COP 15. Les attentes à l'égard du COP15 ont été fortement tempérées avant la conférence. La route vers Copenhague a été caractérisée par une série de réunions qui n'ont pas été en mesure de faire avancer l'agenda  de manière significative. Ceci, bien sûr, est une source de préoccupations particulières pour les pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP), certains étant déjà confrontés aux sévères répercussions du réchauffement climatique.

Toutefois, comme le remarque notre premier invité, Vinaye Dey Ancharaz, « les problèmes de l'Afrique vont au-delà des préoccupations environnementales. La plupart des PMA sont en effet davantage préoccupés par la survie quotidienne que par le changement climatique. » Ainsi aborder la question du changement climatique dans les pays en développement doit aller de pair avec la promotion du développement ; les deux ne peuvent être perçus séparément. Dans ce numéro d'Éclairage, nous examinons comment la politique commerciale peut à la fois promouvoir le développement économique et prendre en compte les défis préoccupants posés par le changement climatique.

Trois secteurs-clé pour les pays ACP sont particulièrement menacés par le changement climatique : l'agriculture, le tourisme et la pêche. Dans ces pages, trois experts invités -  Jodie Keane, Keith Nurse et Paulo Ghisu - identifient les enjeux dans ces secteurs, avant de décrire comment les mesures commerciales peuvent relever ces défis.

Naturellement, les politiques commerciales sont insuffisantes à elles seules : des financements d'un montant considérable sont également nécessaires pour que le commerce soutienne la résistance au changement climatique. A cet égard, Vinaye Dey Ancharaz, maître de conférences à l'université de Maurice, milite en faveur d'une approche complémentaire entre l'aide au commerce et le financement du réchauffement climatique. Comme Ancharaz l'explique, de nombreux projets liés au changement climatique, qui ont fortement besoin de financement, ont certainement des incidences sur le commerce.

Aborder la question du changement climatique offre également des opportunités économiques. L'industrie naissante de l'énergie renouvelable en Afrique subsaharienne, par exemple, recèle un vaste potentiel de marché.  Toutefois, comme l'écrivent Stephen Karekezi, John Kimani, et Oscar Onguru du réseau Energy, Environment and Development Network for Africa, la libéralisation du secteur de l'énergie renouvelable doit être menée avec soin.  Comme le montre l'expérience dans certains pays africains, la libéralisation pourrait asphyxier les industries énergétiques naissantes.

Toujours concernant l'énergie renouvelable, Fredrik Erixon, Directeur à l'ECIPE (European Centre for International Political Economy), nous explique que la Directive européenne sur l'énergie renouvelable, qui considère que les biocarburants devraient respecter certaines normes d'économie d'émissions de gaz à effet de serre afin de bénéficier d'une exonération de droits d'accise, n'est probablement pas compatible avec les règles de l'OMC.

Le COP 15 n'est évidemment pas le seul grand événement de ce mois-ci. Après de nombreuses années de gestation, le Traité de Lisbonne de l'Union européenne a finalement été mis en oeuvre le 1er décembre. Comme nous en avons discuté dans notre numéro d'octobre, le Traité de Lisbonne aura probablement des retombées considérables pour les relations ACP-UE. Ce mois-ci, Éclairage a invité Stephen Woolcock, un expert de la politique du commerce et de l'investissement à la London School of Economics, pour expliquer les effets que le Traité de Lisbonne aura sur la politique commerciale internationale de l'UE.

Pour compléter notre dernier numéro de 2009, nous publions un résumé d'une nouvelle étude menée par Damien Lagandré, Jean-Pierre Rolland et Arlène Alpha de Gret, qui constate que la portée des clauses relatives aux périodes de transition et au pourcentage de lignes tarifaires à être libéralisées dans un grand nombre d'accords de libre-échange varient considérablement. L'étude renforce l'argument selon lequel les pays en développement pourraient être en mesure d'appliquer ces flexibilités lors des négociations des ALE avec les pays développés.

Comme toujours, vos commentaires, conseils ou propositions d’articles sont les bienvenus. Vous pouvez les adresser à Damon Vis-Dunbar, coéditeur d’Éclairage, à dvisdunbar@ictsd.org.

L'équipe de rédaction à l'ECDPM et l'ICTSD vous souhaite de bonnes fêtes de fin d'année.

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16 December 2009
Même si l'on prenait les mesures les plus ambitieuses pour atténuer les effets du réchauffement climatique, la température moyenne augmenterait vraisemblablement d'au moins 2°C par rapport aux...
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16 December 2009
Les questions liées au commerce et au changement climatique sont étroitement liées, en particulier pour le continent africain, dont les économies dépendent fortement de l'agriculture, un secteur...
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