Commerce, changement climatique et agriculture

16 December 2009

Même si l'on prenait les mesures les plus ambitieuses pour atténuer les effets du réchauffement climatique, la température moyenne augmenterait vraisemblablement d'au moins 2°C par rapport aux niveaux préindustriels d'ici à la fin de ce siècle, voire même avant[1]. À moins de trouver des alternatives ou d'investir dans l'adaptation au changement climatique, l'augmentation de l'intensité et de la fréquence des conditions climatiques extrêmes et la prévisibilité décroissante des saisons des pluies normales pourraient compromettre les revenus des exportations agricoles.

En l'absence d'actions concrètes visant à atténuer les effets du changement climatique, certains pays en développement dépendant fortement des exportations agricoles risquent de perdre plus de 50 % de leur revenus agricoles avant la fin du siècle (ce calcul tient compte des effets carbone de la fertilisation - une concentration accrue de dioxyde de carbone dans l'atmosphère stimule la productivité agricole). Des pays moins avancés tels que le Malawi pourraient faire face à  une réduction de 20 % de leurs revenus d'exportations agricoles, en raison de la baisse de leur productivité agricole due au changement climatique[2]. Bien que rudimentaires, ces calculs pourraient bien être fortement sous-estimés compte tenu de la croissance de la population, qui pourrait provoquer une réduction additionnelle des rendements agricoles (surplus) vendus sur les marchés internationaux.

En plus des effets matériels du changement climatique, les pays en développement devront s'adapter aux nouvelles normes et règlementations (publiques et privées) susceptibles de façonner les échanges dans un monde restreint par les limites « carbone ». Par exemple, les efforts mondiaux et nationaux pour comptabiliser le carbone et autres gaz à effet de serre (GES) dans la production ou la consommation, pourraient avoir un impact sur les échanges mondiaux, notamment sur ceux des denrées agricoles et d'autres intrants utilisés dans la production (comme les fertilisants).

Concevoir des méthodes de certification adéquates

La transition vers une économie à faible émission de carbone devrait inclure des méthodes d'étiquetage et autres certifications qualifiant le contenu carbone des produits (bilan carbone). Favoriser le commerce de produits agricoles certifiés faibles en carbone est en effet une stratégie mondiale d'atténuation du changement climatique; un modèle d'étiquetage bien conçu pourrait encourager la production de denrées agricoles faibles en carbone dans les pays plus efficaces en matière de carbone grâce à leur situation géographique favorable. Cela pourrait concerner tout un éventail de denrées agricoles (y compris les produits agricoles transformés) ainsi que certains types de biocarburants, tels que le bioéthanol, produit à partir de canne à sucre[3].

Toutefois, sans une méthode de calcul du carbone bien définie (telle que l'analyse du cycle de vie), certains produits faibles en carbone risquent de ne pas être reconnus comme tels. Cela pourrait poser problème, par exemple si les coûts de mise en conformité et les obstacles financiers et techniques restent élevés, limitant ainsi les opportunités pour les pays à faible revenu ou moins développés[4].

Faciliter le commerce des produits faibles en carbone

Il est crucial d'adopter des politiques et des mesures adéquates soutenant et favorisant le commerce de produits faibles en carbone afin d'atténuer les effets néfastes du réchauffement climatique. Et cela s'applique à tous les produits et à tous les secteurs, mais plus particulièrement à l'agriculture : la pression potentiellement exercée par le changement climatique sur les systèmes de production agricoles rend la réforme des politiques agricole mondiales sans doute encore plus importante.

L'Aide pour le commerce vise à aider les pays en développement à concevoir et mettre en œuvre des politiques commerciales efficaces et à aider leurs producteurs à être compétitifs face aux système de politiques, de marchés, de produits auxquels ils sont actuellement confrontés et face à l'avenir. Comme le montre une étude récente, il est tout à fait possible de coordonner les mesures existantes de facilitation des échanges, telles que l'Aide pour le commerce, et les nouvelles sources de financement liées l'adaptation au changement climatique[5].  Nombreux sont les bailleurs qui participent à la fois au programme de l'Aide pour le commerce et au financement de l'adaptation au et de l'atténuation du changement climatique. Il est cependant nécessaire d'améliorer la coordination et  de mettre en place un système de contrôle mutuel entre les institutions et les programmes. La création et la définition de mécanismes de financement autonomes, si nécessaires, sont d'autant plus importantes dans le context actuel où les ressources des bailleurs de fonds sont limitées.

Jodie Keane est responsable de recherches au sein du programme commercial du Groupe international pour le développement économique (IEDG), ODI (Overseas Development Institute).

[1] Anderson, K. (2009) "The Challenge of Growth: Can growth be compatible with climate change mitigation targets?" (Les défis de la croissance : la croissance est-elle compatible avec les objectifs de réduction des effets du changement climatique ?). Présentation faite le 9 février 2009, http://www.odi.org.uk/events/report.asp?id=426&title=challenge-growth-can-economic-growth-be-compatible-climate-change-mitigation-targets

[2] Keane, J. Page, S. Alpha, K. Kennan, J. (2009) "Climate Change, Agriculture and Aid for Trade: How could, and should, Aid for Trade and climate change finance work together to address the challenges faced by the agricultural sector in poor countries" (Changement climatique, agriculture et Aide pour le commerce : comment associer les mécanismes de financement de l'Aide pour le commerce et du changement climatique afin de faire face aux défis du secteur agricole des pays pauvres ?) , http://ictsd.org/climate-change/agriculture-and-biofuels/.

[3] Keane, J. and Stevens, C. I (2008a) "Biofuels and Development: Will the EU help or Hinder?" (Biocarburants et développement : l'UE va-t-elle contribuer ou entraver le processus ?)  http://www.odi.org.uk/resources/download/436.pdf

[4] Ellis, K. et Keane, J. (2008b) "A Review of Ethical Standards and Labels: Is there a gap in the market for a new Good for Development label?" (Examen des normes et labels éthiques : le marché est-il prêt pour un nouveau label "Bon pour le développement" ?) http://www.odi.org.uk/resources/download/2457.pdf

[5] Note de l'éditeur: Pour un analyse approfondie de la complémentarité possible entre le financement de l'APC et de l'adaptation au changement climatique, consultez l'article principal d'Éclairage sur les négociations de ce mois-ci, « Aide au commerce et mécanismes de financement pour l'adaptation au changement climatique: optimiser les bénéfices en développant les complémentarités ».

This article is published under
16 December 2009
Le changement climatique soulève des défis particulièrement importants pour l'industrie touristique dans les pays en développement; ce secteur est à la fois une victime (du fait de l'augmentation les...
Share: 
16 December 2009
Au moment où Eclairage allait sous presse, des milliers de responsables gouvernementaux, de scientifiques et d'activistes convergeaient vers Copenhague, au Danemark, pour la Conférence des Nations-...
Share: