Commerce, tourisme et changement climatique

16 December 2009

Le changement climatique soulève des défis particulièrement importants pour l'industrie touristique dans les pays en développement; ce secteur est à la fois une victime (du fait de l'augmentation les risques sanitaires et de catastrophes naturelles) et un vecteur du changement climatique du fait de la contribution des transports aériens et maritimes aux émissions de gaz à effet de serre (GES). Il est donc crucial d'étudier à la fois l'impact écologique du changement climatique et les conséquences des politiques d'atténuation de ses effets pour le secteur du tourisme.

L'impact du changement climatique sur le secteur du tourisme

Le tourisme représente l'un des principaux moteurs de la croissance pour de nombreux pays en développement. De plus, il repose sur les atouts écologiques et environnementaux, tous deux étant fortement vulnérables aux effets du changement climatique, tels que la hausse de la température, les modifications des tendances des précipitations, la montée du niveau des mers, le blanchiment des coraux et l'intensité accrue des tempêtes.

Les coûts liés à l'adaptation au changement climatique seront probablement très élevés. Par exemple, les estimations concernant les Caraïbes suggèrent que les coûts de l'inaction pourraient représenter 22 % du PIB des pays de la région dans son ensemble d'ici à 2100, et ces pertes de revenus représentent un grave problème pour l'industrie du tourisme.

Cependant, le financement du processus d'adaptation est souvent difficile pour les pays en développement. Nombre d'entre eux dépendent d'une poignée d'industries tels que l'agriculture et d'extraction de minerais : ceux-ci font face à des termes de l'échange décroissants et à des contraintes financières et à des limites de capacités. Le tourisme et ses services associés ont en effet été les principaux facteurs de diversification pour ces économies depuis ces dernières d'années, comme le montre leur contribution au PIB, à l'emploi et aux exportations.

L'impact des politiques d'adaptation au changement climatique

Le défi lié au changement climatique est cependant plus large, compte tenu de la forte dépendance de nombreuses économies en développement vis-à-vis du flux touristique généré par les industries aérienne et maritime, qui émettent beaucoup de GES. Par conséquent, l'industrie touristique des pays en développement est vulnérable aux règlementations relatives à l'aviation internationale, ainsi qu'au changement de préférences des consommateurs vers des destinations plus proches.

L'aviation et le transport maritime internationaux sont exclus du Protocole de Kyoto à cause des difficultés à attribuer des émissions à un pays spécifique; toutefois, ces industries sont pointées du doigt et seront probablement un élément important des négociations post-Kyoto. La Commission européenne prévoit déjà d'inclure l'aviation internationale dans son système d'échange d'émissions de l'Union européenne (ETS) à partir du 1er janvier 2012. La mise en œuvre et l'impact potentiel de ce système sont sources de graves préoccupations pour les acteurs de cette industrie ainsi que pour les compagnies aériennes originaires des pays en développement.

Un exemple des difficultés que représentent ces systèmes d'atténuation des émissions pour les pays en développement est la taxe aérienne britannique de solidarité (APD), qui taxe les émissions carbone pour les vols en partance du Royaume-Uni. La taxe APD a été introduite pour la première fois en 1994 sous la forme d'un impôt forfaitaire. Depuis novembre 2009, elle est toutefois calculée en fonction de quatre bandes basées sur la distance entre Londres et la capitale du pays de destination. Selon le nouveau modèle de taxe ADP, les taxes des vols à destination des Caraïbes sont majorées de 25 % en 2009, et de 87 % en 2010. Les Caraïbes sont en effet classés dans la bande « C », alors que tous les territoires des Etats-Unis, y compris Hawaï, sont classés dans la bande « B ».

Les systèmes tels que celui de la taxe ADP pourraient réduire la compétitivité des produits touristiques des pays en développement par rapport aux destinations européennes ou d'Amérique du Nord. Les systèmes qui visent à atténuer les effets du changement climatique pourraient également pénaliser les opérateurs aériens en provenance des pays en développement, en concentrant le marché sur des routes plus rentables pour les grandes compagnies aériennes et leurs partenaires stratégiques. Par conséquent, de nombreux pays en développement pourraient être les victimes des pratiques oligopolistiques qui réduisent le bien-être des consommateurs.

Conclusion

La plupart des pays en développement ne contribuent que faiblement au changement climatique; pourtant, on estime que ces pays sont les plus vulnérables face aux risques écologiques, sanitaires et de catastrophes naturelles, et que le secteur touristique sera fortement affecté. Si l'adaptation au changement climatique est une question fondamentale pour ces pays, certains efforts d'atténuation de ses effets pourraient être largement facilités par le passage à un tourisme vert permettant de contrer le changement des préférences des consommateurs vers des voyages plus courts. De ce point de vue, les pays en développement pourraient utiliser l'agenda du changement climatique comme base pour le développement d'une stratégie de tourisme faible en carbone. Cela pourrait devenir un véritable moteur de transformation économique : en effet, elle pourrait offrir à ces pays la possibilité de restructurer leur modèle de production et leur mode consommation actuels afin de faire face aux défis du changement climatique.

Cependant, les pays en développement n'ont pas les technologies nécessaires pour évoluer vers une économie faible en carbone, et ont donc besoin du transfert de technologies propres et efficaces de la part des pays développés. Ils devraient également adopter des politiques innovantes visant à faciliter des mesures d'adaptation plus rapides.  Il est nécessaire de libéraliser le commerce des biens qui sont efficaces en énergie dans les secteurs où il n'existe pas de production locale compétitive. De telles mesures commerciales peuvent inclure par exemple les mesures fiscales incitatives ou la suppression des droits de douane pour les produits respectueux de l'environnement. Enfin,une fois le financement obtenu pour le transfert de technologie et pour les compagnies aériennes des pays en développement, ceux-ci doivent soutenir une approche globale pour pour le secteur de l'aviation.

Auteur : Keith Nurse est le directeur du Shridath Ramphal Centre for international Trade Law, Policy and Services, de l'université des Antilles, Cave Hill, Barbade.

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