L’Afrique et la crise financière : Suivi des effets, réponses politiques et nouveaux modèles de développement

30 April 2009

Le sommet du G20 de Londres a pris fin et le verdict a été rendu. Qu’est ce que l’Afrique en retirera ? Alors que des engagements ont été pris pour l’aide et les finances, il faut maintenant attendre de voir si et comment les 50 milliards de dollars américains destinés aux pays en développement à faible revenu (1) seront réellement dirigés vers ceux qui en ont besoin, sous quelles conditions, et s’ils seront gérés par des institutions réformées ou conservatrices. Il faut également attendre de voir si les pays du G20 ne seront pas trop protectionnistes, et s’ils entameront une série de stimuli positifs, (2) c’est-à-dire en investissant dans l’aide pour le commerce, en protégeant les plus pauvres et en promouvant des technologies peu gourmandes en carbone. Et il faut attendre de voir si la régulation financière mondiale sera améliorée. Finalement, le G20 a également appelé à un suivi des impacts de la crise financière mondiale sur les pays en développement. Au vu de cela, l’Overseas Development Institute (ODI) a déjà commencé à coordonner une étude de grande ampleur qui vise à étudier les effets de la crise financière mondiale dans les pays en développement.

Le Fonds monétaire international (FMI) suggère qu’environ 30% des pays à faibles revenus pourraient être considérés comme hautement vulnérables face aux conséquences de la crise financière mondiale (tableau n° 1). Environ la moitié de ces pays hautement vulnérables se situent en Afrique subsaharienne (ASS) et la plupart d’entre eux sont affectés par des baisses significatives de leur PIB, certain de plus de 5%. Environ 60% des pays sont également considérés comme hautement vulnérables face au choc simulé (remises commerciales, investissement direct à l’étranger (IDE), aide). Ici aussi, plus de la moitié se trouvent en ASS. Parmi les cas africains étudiés, le Ghana et la Zambie sont particulièrement vulnérables face aux effets de la crise financière mondiale, suivi du Bénin, du Nigéria, du Kenya et de l’Ouganda.

Nous nous lançons dans une étude de suivi unique, qui réunit 40 chercheurs travaillant dans 10 pays en développement : le Bangladesh, le Bénin, la Bolivie, le Cambodge, le Ghana, le Kenya, l’Indonésie, le Nigéria, l’Ouganda et la Zambie. La recherche actuelle étudie comment les différents pays sont affectés par la crise économique générée dans les pays développés. Même s’il est vrai qu’il y a un décalage inévitable entre l’impact sur les pays du nord et ceux du sud, et s’il est toujours difficile d’interpréter des données haute fréquence, la recherche met déjà clairement en évidence des signes de stress, qui sont détaillés ci-dessous.

D’une part, les flux de placement de portefeuille ont chuté de manière spectaculaire en 2008 dans la plupart des pays, résultant en d’importantes sorties de capitaux et en un déclin significatif des marchés des actions en 2008 et début 2009. En Ouganda et en Zambie, il y a eu une chute considérable des placements étrangers de portefeuille. Le Kenya a également subit des sorties de capitaux nettes d’environ 48 millions de dollars américains en juin 2008 et de 12 millions en octobre 2008. Il y a également des preuves de resserrement des conditions d’octroi du crédit par les banques au Ghana et en Zambie. L’IDE a été moins touché, mais cela dépend du pays. Toutefois,la contagion financière n’est pas le choc le plus sévère révélé par nos résultats actuels.

Le vrai choc qui a affecté les 10 pays étudiés est pire : la valeur des exportations est en baisse. Au Kenya, après une année de volatilité, les remises ont diminué de 27% en janvier 2009 par comparaison avec janvier 2008. L’aide à l’Ouganda a baissé en 2008, et pourrait encore baisser davantage à cause de la crise financière mondiale. En 2008, la Zambie a perdu 8 100 (25%) des 30 000 emplois de son industrie minière.

Les politiques économiques introduites en réponse à la crise financière mondiale sont très diverses en Afrique, et varient de l’ignorance de la crise à des approches plus proactives. Certains pays envisagent de mettre en œuvre ou d’accélérer des politiques de croissance (par ex. l’Île Maurice), ou même d’introduire des incitations fiscales. Mais d’autres n’ont proposé que des politiques monétaires frileuses et ont démontré une faible volonté d’agir (par ex. le Kenya et l’Ouganda).

Il existe une variété de réponses en matière de politiques sociales dans ces 10 pays. Cela va de réductions significatives de la part du secteur social pris dans son ensemble (au Nigéria et en Zambie), à des pays qui, avec le soutien de donateurs, étendent rapidement la protection sociale précédemment limitée à une petite base, en passant par d’autres qui élargissent leur système déjà bien développé en réponse à la hausse des besoins. Le type de réponse en matière de protection sociale peut être déterminé par l’ampleur de la contraction du revenu, l’habilité du gouvernement à accéder à des ressources pour financer le déficit fiscal et la préexistence d’un système de protection sociale.

Il est important de continuer à examiner les effets de la crise financière mondiale sur le développement des réponses politiques. Si cela ne peut en soi aider les plus pauvres, celapourrait permettre de comprendre plus rapidement les politiques des pays en développement et mener à des actions mieuinformées visant à traiter les retombées de la crise financière mondiale sur les pays en développement.

Finalement, il sera essentiel de reconsidérer les schémas de développement dans le contexte de la crise financière mondiale. Les pays qui ont été les plus exposés à la mondialisation (le secteur bancaire, le commerce, etc.) et à l’économie internationale ont souvent bénéficié de ces schémas, mais peuvent probablement perdre beaucoup à présent. Et ce qui peut être fait n’est pas tout à fait clair. Il faut repenser les politiques économiques africaines pour trouver la meilleure manière d’appréhender l’économie mondiale. Nous savions déjà que les marchés pouvaient échouer, et nous savons maintenant que la réalité est plus inquiétante que prévue. De bonnes relations entre les états et le secteur privé vont sans aucun doute aider, mais d’autres facteurs sont nécessaires.

Auteurs
Cet article a été écrit par : Dirk Willem te Velde, ODI; Olu Ajakaiye, Consortium pour la recherche économique en Afrique, Oluwatayo Oni Fakiyesi, Université de Lagos, Nigéria; Sarah Ssewanyana, Economic Policy Research Centre (Centre ougandais de recherche pour les politiques économiques), Ouganda; Amoussouga Gero Fulbert, Professeur, Université d’Abomey-Calavi, Bénin; Manenga Ndulo, Dale Mudenda, Lutangu Ingombe et Lillian Muchimba, Département d’économie, Université de Zambie; Francis Mwega, Département d’économie, Université de Nairobi; Charles Ackah et Ernest Aryeetey, Institut de recherche statistique, sociale et économique, Université du Ghana.

Notes
1. Voir : www.londonsummit.gov.uk/resources/en/news/15766232/communique-020409
2. Voir : www.odi.org.uk/resources/details.asp?id=2863&title=blue-green-red-rainbo... tackle-global-recession

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