Le soutien de l'UE a l'intégration régionale en Afrique : une vision partagée

2 March 2010


Motivée par sa propre expérience des cinquante dernières années, l'Union européenne (UE) soutient depuis longtemps l'intégration régionale dans le monde entier, notamment dans les pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP), où les initiatives en faveur de l'intégration régionale ont connu une extension continue, tant sur le fond que sur la forme.  Si l'expérience de l'UE reste un point de référence pour les initiatives d'intégration régionale au sein des ACP et d'autres régions, l'UE n'encourage pas, dans ce domaine, une approche unique et identique pour tous. En ce qui concerne les pays ACP, l'UE apporte ainsi un soutien adapté aux priorités, au rythme, et aux méthodes identifiées par les pays de la région conformément à leur propre agenda en matière d'intégration.

L'UE et ses partenaires ACP ont mutuellement reconnu les bénéfices politiques et économiques de l'intégration régionale, qui est l'un des objectifs généraux de l'Accord de partenariat de Cotonou de l'an 2000[1] (article 1). Dans le contexte africain, le lancement du Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD) en 2001 et la naissance de l'Union africaine (UA) en 2002 confirment clairement que l'intégration régionale est perçue comme un moteur essentiel du développement durable et de l'éradication de la pauvreté. L'UE soutient le NEPAD depuis sa création et attache de l'importance à un nombre de ses principes et objectifs. La Stratégie commune Afrique-UE de 2007 intègre également notre vision commune de l'intégration régionale ; cette Stratégie reconnaît et encourage le rôle essentiel des Communautés économiques régionales en tant que blocs fondateurs pour une intégration continentale plus large à plus long terme. En outre, « l'intégration régionale, le développement du commerce et des infrastructures » constituent l'un des huit partenariats stratégiques Afrique-UE définis dans le Plan d'action 2008-2010[2].

Le soutien de l'UE à l'intégration régionale en Afrique - cadre politique

Compte tenu des éléments énoncés précédemment, la Commission européenne a rédigé une communication sur l'« Intégration régionale pour le développement des pays ACP »[3], approuvée par le Conseil en novembre 2008. La communication adopte une définition large de l'intégration régionale, reflétée dans les cinq axes prioritaires  pour le soutien de l'UE, à savoir :

  • Créer des marchés régionaux intégrés grâce à la mise en œuvre efficace des engagements régionaux existants dans le domaine de l'échange des biens et l'intégration du secteur des services, des investissements et des normes réglementaires;
  • Faciliter le développement des entreprises en améliorant l'environnement réglementaire, en renforçant les capacités de production et en mobilisant le capital:
  • Connecter les réseaux d'infrastructures régionaux en mettant l'accent sur l'introduction des «chaînons manquants» entre les réseaux routiers, énergétiques et de télécommunications;
  • Renforcer les institutions régionales, notamment afin de promouvoir la gouvernance régionale et la coopération pour la paix et la stabilité, et d'améliorer les capacités institutionnelles au niveau national en vue de mettre en œuvre les politiques régionales;
  • Développer les politiques régionales pour le développement durable, notamment concernant la sécurité alimentaire, la gestion commune des ressources naturelles et la cohésion sociale.

Les progrès continus dans ces cinq domaines devraient permettre de promouvoir la stabilité politique et la prospérité économique en Afrique, mais aussi de renforcer les capacités des régions africaines à faire face aux défis communs et à fournir les biens publics trans-frontaliers.  La communication souligne également que le soutien de l'UE à l'intégration régionale doit suivre le principe d'appropriation mis en avant par l'Accord de Cotonou. Aussi, l'UE respecte les choix et décisions de ses partenaires africains concernant les objectifs, le rythme et les méthodes de leur processus d'intégration. L'appropriation consiste ainsi pour les pays africains à définir et mettre en œuvre leurs propres programmes d'intégration régionale.

Le soutien de l'UE à l'intégration régionale en Afrique - instruments

La communication de la Commission identifie trois instruments principaux du soutien de l'UE à l'intégration régionale en Afrique : le dialogue politique, la politique commerciale et l'aide financière.

Comme convenu dans l'Accord de Cotonou (article 37), l'un des principaux outils commerciaux visant à soutenir l'intégration régionale est l'Accord de partenariat économique (APE). En Afrique, les APE sont actuellement négociés avec cinq régions : l’Afrique de l’Ouest, l’Afrique centrale, l’Afrique orientale et australe, la Communauté d’Afrique de l’Est et la Communauté de développement d’Afrique australe.  Ces accords visent donc à renforcer les initiatives d’intégration régionale existantes en Afrique et à contribuer à faciliter l’intégration progressive des pays africains dans l’économie mondiale.  Les APE cherchent notamment à encourager la mise en œuvre efficace des engagements régionaux existants en matière de commerce de biens, à étendre le commerce régional des services et à promouvoir les investissements entre les régions africaines et avec l'UE. Les APE ont également pour objet d'encourager les régions africaines à définir des positions communes et à développer des règles régionales sur les questions commerciales[4].

Concernant l'aide financière, le 10ème Fonds européen de développement (FED) constitue l'un des principaux instruments du soutien de l'UE à l'intégration régionale en Afrique, complété par l'Instrument de coopération au développement pour l'Afrique du Sud, et par l'Instrument européen de voisinage et de partenariat, pour plusieurs pays d'Afrique du Nord. Le financement (initialement) alloué à l'intégration commerciale et régionale a été considérablement accru sous le 10ème FED, et est distribué à travers les programmes indicatifs régionaux (env. 457 millions d'euros) et nationaux (env. 400 millions d'euros) sur la base des objectifs définis conjointement dans les documents de stratégie pays et de stratégie régionale[5]. De plus, dans le cadre de sa « Stratégie de l'aide pour le commerce », l'UE a financé plus d'un milliard d'euros de projets de facilitation du commerce dans les pays en développement entre 2006 et 2008, et a promis d'accroitre cette aide en 2010[6].

Les infrastructures sont un domaine où les « coûts de la non-intégration » sont particulièrement importants en Afrique, où le manque de réseaux d'infrastructures efficaces au niveau régional et continental entraine des temps de transports extrêmement longs et des coûts élevés, ce qui entrave clairement le commerce, l'investissement et le développement économique. À titre d’exemple, selon une étude, présentée lors du Sommet du NEPAD sur les transports en novembre 2009, le temps d’attente moyen dans les principaux ports du continent (Dar es Salaam et Mombasa) est de 23-26 jours, comparé à 3-5 jours dans les autres ports importants du monde, tandis que les coûts de transport moyens sont 2 à 3 fois supérieurs en Afrique que dans d'autres régions du monde, y compris qu’au Brésil et en Chine [7]. En réponse, et en accord avec le Partenariat Afrique-UE pour les infrastructures, lancé en 2007, l'UE consacre un montant important au développement des infrastructures en Afrique et entre l'Afrique et l'Europe. Une partie importante du financement du partenariat provient du 10ème FED, et est complétée par le Fonds fiduciaire UE-Afrique pour les infrastructures, un outil innovant combinant les ressources allouées par l'UE, les capacités de prêts des institutions financières européennes (notamment la Banque européenne d'investissement) en partenariat avec la Banque africaine de développement. Environ 4,5 milliards d'euros en dons devraient être octroyés pour le développement des infrastructures en Afrique pour la période 2008-2013[8].

Conclusion

L'intégration régionale est un moteur essentiel de la stabilité politique, du développement durable et de l'éradication de la pauvreté ; elle constitue à ce titre un objectif général guidant l'action de l'Union européenne en matière de politique commerciale, d'aide financière et de dialogue politique. L'UE est, et restera, une fervente supportrice de l'intégration régionale en Afrique, fondée sur une approche partenariale telle que définie par l'Accord de Cotonou et la Stratégie commune Afrique-UE.

Auteur : Lodewijk Briet est le chef de la Délégation de l'Union européenne en Afrique du Sud.

[1] Accord de partenariat entre les membres du groupe des États d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique d'une part, et la Communauté européenne et ses États membres, d'autre part, signé à Cotonou, Bénin, le 23 juin 2000, JO [2000] L317/3.

[2] Tous les documents relatifs à la Stratégie commune Afrique -UE sont disponibles sur :

http://ec.europa.eu/development/geographical/regionscountries/euafrica_fr.cfm.

[3] Communication de la Commission au Conseil (et al.), « Intégration régionale pour le développement des pays ACP » COM(2008) 604 final/2, Bruxelles 6 octobre 2008, disponible sur :

http://ec.europa.eu/development/policies/9interventionareas/trade/regional_integration_fr.cfm.

[4] De plus amples informations concernant les négociations des APE sont disponibles sur :

http://ec.europa.eu/trade/wider-agenda/development/economic-partnerships/.

[5] De plus amples informations concernant le 10ème FED sont disponibles sur :

http://ec.europa.eu/development/how/source-funding/edf_fr.cfm

[6] De plus amples informations concernant la « Stratégie de l'aide pour le commerce » de l'UE sont disponibles sur : http://ec.europa.eu/trade/wider-agenda/development/aid-for-trade/#

[7] Agence internationale de coopération du Japon, "The Research on the Cross-Border Transport Infrastructure: Phase 3 – Final Report", mars 2009, disponible sur : http://www.jica.go.jp/english/operations/thematic_issues/transportation/....

[8] De plus amples informations concernant le Partenariat Afrique-UE pour les infrastructures sont disponibles sur : http://ec.europa.eu/development/policies/9interventionareas/infrastructure_fr.cfm

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