Crise Financière mondiale : Le G20 à la recherche de solution : restaurer la croissance et réformer le système financier

20 November 2008

La crise financière a pris des proportions inquiétantes, elle n'a pas fini de livrer tous ses secrets. Pour la maîtriser, une grande volonté et un mouvement d'ensemble concerté devient impératif.     Depuis un certain temps, certains dirigeants du monde dont Nicolas Sarkozy ont agité l'idée d'un sommet sur la crise. Elle s'est enfin tenue ce week du 15 et 16 novembre 2008 à Washington.

En effet les chefs d'Etats du G 20 qui regroupe les pays avancés et ceux émergents se sont réuni à la suite de la rencontre préparatoire organisé le 8 et 9 septembre a Sao Paulo au Brésil regroupant les ministres des finances et gouverneurs des banques centrales, dirigeants de la Banque mondiale, du Fonds monétaire international et de la Banque Centrale européenne.

Il faut rappeler que le G20 concentre 85% du PIB de la planète et les deux-tiers de sa population. Il rassemble sept pays aux économies avancées (Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Italie, Japon et Royaume-Uni) plus les principaux pays émergents (Afrique du Sud, Arabie saoudite, Argentine, Australie, Brésil, Chine, Corée du Sud, Inde, Indonésie, Mexique, Russie et Turquie).

A la sortie de cette rencontre, le G 20 est déterminé à renforcer sa coopération pour restaurer la croissance mondiale et réformer le système financier.

Dans un communiqué officiel diffusé à l'issue de son sommet de Washington, il dégage les principaux pistes de sortie de crise.

Il soutient que face à des "conditions économiques dégradées au niveau mondial, nous sommes tombés d'accord sur la nécessité d'une (...) coopération macro-économique plus étroite pour restaurer la croissance".

A cet effet, il est important de mettre en œuvre dans l'immédiat une série d'action :  adopter toute mesure "supplémentaire pour stabiliser le système financier", "reconnaître l'importance du soutien que la politique monétaire peut apporter" mais selon la situation de chaque pays, "utiliser des mesures budgétaires pour stimuler la demande interne avec des résultats rapides" tout en maintenant l'objectif d'un équilibre des comptes publics.

Tout cela sans oublier "la nécessité d'une relance coordonnée, concertée de l'action économique".

Pour rétablir la confiance dans le système financier mondial, il urge de lister  les mesures "à haute priorité qui doivent être achevées avant le 31 mars 2009".

A la satisfaction des Américains et des Canadiens, très soucieux de leur souveraineté, le G20 a souligné que "la régulation relève avant tout de la responsabilité des régulateurs nationaux", principale "ligne de défense contre les instabilités des marchés. Il a cependant recommandé une intensification de la "coopération internationale entre régulateurs" et un renforcement des "normes internationales où cela est nécessaire".

"En consultation avec d'autres économies et organisations, et en utilisant les recommandations d'experts, nous demandons à nos ministres des Finances de formuler" des propositions dans cinq domaines qui devront être soumises d'ici le 31 mars 2009.

Il s'agira d'abord "d'atténuer le caractère procyclique (accentuant une expansion ou une contraction économique) dans les politiques de régulation", de "l'harmonisation des normes comptables", du "renforcement des marchés de produits dérivés et de la réduction de leurs risques systémiques", de "la révision des pratiques en matière de rémunération (des cadres d'établissements financiers, ndlr) en ce qui concerne l'incitation à la prise de risque".

Enfin, ils devront étudier une « révision du mandat, de la gouvernance et des besoins en ressources des institutions financières internationales ».

Les dirigeants du G20 se sont également engagés à accroître la représentation des pays en développement au sein du FMI et de la Banque mondiale mais aussi d'"aider les économies émergentes et en développement (...) à avoir accès" à des financements, en soulignant le "rôle important du FMI".

Le G20 a promis d'"encourager la banque mondiale et les autres banques multilatérales de développement" à épauler les pays en développement en détresse. Enfin, le G20 recommande que ces institutions multilatérales soient "dotées de ressources suffisantes".

Ils ont convenu de se retrouver avant le 30 avril 2009 "afin de vérifier la mise en oeuvre des principes et décisions" sur lesquels ils se sont mis d'accord samedi.

Le deuxième sommet devrait se tenir en Grande-Bretagne, ce pays prenant l'an prochain la présidence du G20. Le président français a proposé qu'il se déroule à Londres.

Le G20 a demandé aussi que le cycle de Doha soit conclu avant la fin de l'année pour dissuader les membres à retourner au protectionnisme mais aussi pour relancer les négociations de l'OMC de libéralisation des échanges mondiaux.

Voila enfin un compromis "d'une nouvelle gouvernance économique mondiale".

En outre, le communiqué final énumère six mesures que les dirigeants s'engagent à prendre immédiatement:

- poursuivre de "vigoureux efforts et prendre toutes les mesures nécessaires pour stabiliser le système financier".

- "reconnaître l'importance d'une politique monétaire de soutien, adaptée aux conditions intérieures"

- "utiliser des mesures fiscales pour stimuler la demande intérieure"

- aider "les économies émergentes et développées à accéder à un financement dans les conditions financières difficiles actuelles", en soulignant "le rôle important du Fond monétaire international dans la gestion de crise"

- "encourager la Banque mondiale et les autres banques multilatérales de développement à utiliser leur pleine capacité" afin d'aider les pays en développement

-"garantir" que le FMI, la Banque mondiale et ces autres institutions de crédit "aient suffisamment de ressources pour continuer à jouer leur rôle afin de surmonter la crise.

Ces conclusions du G 20 n'emportent pas l'adhésion de tous, bien sur. Des voix se sont élevées pour fustiger cette rencontre. En effet, certains considèrent que le G 20 n'est pas le groupe le plus pertinent et le plus apte pour régler cette crise.

Avec un président américain en fin de mandat, des Européens divisés, une liste des participants contestée, d'aucuns pensent que le G 20 n'a ni la légitimité ni le pouvoir de parler au nom des 180 pays du monde.

Les différentes plaintes se résument en ces termes de l'ong d'ATTAC qui considère que : « ce G20 n'a pas plus de légitimité que le G8 pour présider aux destinées de notre planète et encore moins pour trouver de véritables solutions à la crise actuelle. Le nouveau et antidémocratique "Consensus de Washington" ne réglera pas la crise mondiale, selon plus que 550 groupes issus de 88 pays.En cette veille d'une réunion convoquée par les Nations unies (ONU) pour discuter de son nouveau groupe de travail de haut niveau sur la crise financière mondiale, présidée par le lauréat du prix Nobel Joseph Stiglitz, une coalition de 550 organismes provenant de 88 pays publiait aujourd'hui une déclaration réclamant une réponse vraiment mondiale à cette crise mondiale et exposant les grands principes pour ce faire. Les groupes signataires de la déclaration exigent que tout sommet mondial à venir respecte les principes suivants : inclure la participation de tous les gouvernements du monde, engager vraiment la société civile, les groupes de citoyens et les mouvements sociaux dans le processus de façon significative, être transparent, en mettant à la disposition du public les propositions et l'ébauche des documents finaux pour en permettre la discussion bien avant la rencontre. La déclaration confie également à l'ONU, à titre d'organisation représentative à l'échelle mondiale, le rôle de tenir un tel événement ».

Pour Susan Georges, politologue, présidente d'honneur d'Attac France, le mal est plus profond. Ecoutons- la : « Panique à bord ! Péril en la demeure ! Feu au lac ! La situation est-elle devenue suffisamment dramatique pour qu'enfin les dirigeants européens prêtent l'oreille à ceux qui dénoncent depuis de longues années l'économie- casino, le tout - marché et l'empire de la finance déchaînée ?

Mais l'intérêt est que ce sommet met fin à une période de près de quarante ans durant laquelle les Etats-Unis estimaient que le dollar était leur monnaie, mais aussi le problème du reste du monde. Il met également un terme à trois décennies durant lesquelles bon nombre de pays occidentaux jugeaient que l'Etat était le problème, et non la solution. En se réunissant deux mois après l'exacerbation de la crise, les dirigeants politiques témoignent au moins de leur conscience que la solution ne peut être que globale. En ce sens, ce G20 préfigure la disparition du G8. Pour autant, les 180 pays qui souffrent au quotidien verront-ils leur sort amélioré, ou est-ce une fois de plus « la loi de la Jungle de tous contre tous » ? La question reste pour le moment sans réponse.

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