Impact de l’amélioration de la qualité de l’infrastructure routière régionale sur le commerce intrarégional dans la CEDEAO

27 February 2015

Le 20ème et le 21ème siècle ont apporté beaucoup plus d’interdépendance entre pays à travers le monde, suite une interaction accrue à travers divers moyens tels que le commerce international. Le commerce international permet aux pays de tisser des liens bilatéraux plus solides, donne aux pays importateurs un accès à des biens et services dont ils ne disposeraient pas, procure aux pays exportateurs des recettes supplémentaires et contribue à la croissance économique des pays. Au sein de régions africaines telles que la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), le commerce international (ou intrarégional) est également un vecteur important de promotion des interactions entre ressortissants des pays de la région, ce qui, en retour, rehausse le niveau d’intégration au sein de la région.  

Le schéma de libéralisation des échanges de la CEDEAO a été établi en 1979 (adopté en 1990 et amendé en 2003) dans le but de promouvoir le commerce intrarégional au sein de cette région. Les objectifs du programme comprennent : l’élimination des droits de douane et des taxes ayant un effet équivalent sur les produits en provenance des Etats membres ; la suppression des obstacles non-tarifaires sur les échanges entre Etats membres, la mise en place d’un Tarif Extérieur Commun (TEC) sur les produits provenant d’autres pays, importés dans la communauté, etc.  La CEDEAO s'est déclarée zone de libre-échange en 2000 et l'a notifiée à l'OMC en 2006, sous la clause d'habilitation. Elle a démarré la mise en œuvre de son TEC depuis le 1er janvier 2015 et deviendra ainsi une union douanière lorsque l'application de celui sera intégrale.

Mais en dépit des efforts, les données commerciales disponibles montrent que le commerce entre pays de la région n’a pas enregistré de croissance significative au cours des dix dernières années, alors que le commerce entre les pays membres et des partenaires bilatéraux tels que les États-Unis, le Royaume-Uni, la Chine et l’Inde affiche une croissance régulière.

Cette tendance est peut-être due au fait que les pays de la région sont des pays à faible revenu ou à revenu intermédiaire, de la tranche inférieure, et ne disposent pas d’une base industrielle large pour transformer leurs matières premières ; il en résulte que leurs exportations sont dominées par les produits primaires. Par exemple, le pétrole brut et le gaz naturel comptent pour près de 90 pourcent des recettes d’exportation du Nigeria; l’or, le pétrole brut et les fèves de cacao représentent 75 pourcent des recettes d’exportation du Ghana ; et les fèves de cacao, le pétrole raffiné, le pétrole brut, le caoutchouc et le beurre de cacao comptent pour 60 pourcent des recettes d’exportation de la Côte d’Ivoire. La mauvaise qualité des infrastructures routières et la faible interconnexion de celles-ci constituent aussi une autre entrave au commerce intrarégional au sein de la CEDEAO.

 

Le rôle des  infrastructures dans la facilitation du commerce

Des infrastructures en bon état jouent un rôle crucial pour faciliter le mouvement des personnes, des biens et des services et pour réduire le coût global de la logistique et des frais généraux du commerce. Des infrastructures de qualité réduisent également le coût de production, fournissent un accès aux matières premières et permettent le désenclavement de certaines zones auparavant inaccessibles. Au niveau régional, des infrastructures routières de qualité favorisent également le commerce transfrontière, permettent un meilleur accès aux grands marchés régionaux et favorisent l’intégration régionale. Au vu de l’importance que revêt la qualité des infrastructures routières aux niveaux local et national, plusieurs routes transnationales ont été proposées dans diverses régions d’Afrique pour promouvoir l’interconnexion entre pays et faciliter le commerce intrarégional. Dans la région de la CEDEAO, il y a la route transnationale Dakar-Lagos (également appelée Route transcôtière ouest-africaine). La route Dakar-Lagos assure une connexion routière directe entre les capitales des pays sur son itinéraire. Elle relie également des pays enclavés aux ports des pays côtiers. L’autoroute couvre un total de 4010 Km, dont 3.260 Km bitumés dans diverses parties.

Cependant, les infrastructures routières des pays de la CEDEAO sont loin  de répondre aux normes et standards internationaux. Une étude récente a indexé la qualité du réseau routier des pays de la région par rapport à celle du réseau routier d’un pays d’Afrique subsaharienne ayant le meilleur réseau, à savoir l’Afrique du Sud. L’étude a constaté que l’indice de qualité du réseau routier des pays membres de la CEDEAO n’atteint pas 50 pourcent contrairement à celui du réseau routier de l’Afrique du Sud, qui a un indice de 100 pourcent  (Tableau 1). La même étude a évalué l’indice de qualité du transport routier sur la route Dakar-Lagos par rapport à celui du réseau routier sud-africain. Cette mauvaise qualité du réseau routier est un obstacle à la hausse de la productivité économique dans les pays membres de la CEDEAO et constitue également un obstacle aux échanges au sein des pays membres. Elle engendre des coûts supplémentaires aux automobilistes et aux camionneurs en termes d’entretien et de réparations de véhicules. Elle entraîne également des retards à la circulation des véhicules,  occasionnant des coûts économiques supplémentaires en raison de la perte de temps. L’importance d’avoir des infrastructures routières de bonne qualité est encore plus évidente quand il s’agit d’échanges commerciaux entre pays limitrophes, parce que le transport routier sera l’option la moins coûteuse parmi d’autres alternatives telles que la voie aérienne ou maritime pour le transport de fret. 


 

L’impact des infrastructures de qualité sur le développement du commerce infrarégional

Compte tenu du rôle important que joue la bonne qualité des infrastructures routières régionales dans la promotion des échanges, l’amélioration de la qualité des réseaux routiers de la région aura pour effet de rehausser la productivité des pays membres et en retour, d’améliorer le commerce intrarégional. En outre, les routes étant des infrastructures sociales, l’amélioration de la qualité du réseau routier régional générera des avantages secondaires pour les populations locales.  

L’amélioration de la qualité du réseau routier de la région a des incidences financières énormes. Une étude récente de la Banque africaine de développement (BAD) montre que le coût unitaire médian de la remise en état d’une route bitumée en Afrique est de US$84.000/par km de voie alors que celui de la construction et de la rénovation d’une route en gravier pour en faire une route bitumée est de US$147.100/par km de voie. Sous ce regard, l’amélioration de la qualité des infrastructures routières régionales, c’est-à-dire la route Dakar-Lagos, s’élèvera à plusieurs centaines de millions de dollars US. Une manne financière qui sera difficile à mobiliser pour les pays de la région qui sont actuellement confrontés à d’autres défis comme la lutte contre l’épidémie du virus Ebola, dans un contexte où la chute des prix du pétrole se poursuit. En effet, face à ces contraintes financières la région ne sera peut être pas en mesure de financer, dans le court terme de tels projets d’investissement.

L’amélioration de la qualité du réseau routier ne suffit pas à elle seule à assurer le niveau souhaité de commerce intrarégional. La promotion du commerce intrarégional est également subordonnée à plusieurs autres facteurs tels que l’adoption de politiques qui favorisent l’innovation afin de permettre la transformation des produits primaires en produits secondaires ou tertiaires pour les exporter ; et l’adoption de politiques qui permettent au secteur privé de commercer plus facilement dans la région. Le premier point est déjà en bonne voie à travers les diverses politiques menées dans différents pays pour aider les entrepreneurs nationaux à progresser dans la chaîne de valeur mondiale des produits qu’ils exportent afin de rehausser la compétitivité internationale et la valeur de leurs exportations. Ceci est réitéré dans les Perspectives économiques africaines de 2014. Le second point est tout aussi important car la majeure partie des efforts visant à améliorer le commerce intra régional sont menés sous l’égide des gouvernements alors que c’est le secteur privé qui est à même de comprendre les défis auxquels sont confrontées les entreprises qui interviennent dans le commerce mondial et qui est en mesure de tirer profit des opportunités créées par des initiatives et des politiques commerciales.  

 

Conclusion

La qualité des infrastructures de transport joue un rôle important pour assurer l’accès à des intrants économiques tels que les matières premières, les connaissances, les ressources et la technologie et réduit les entraves à la libre circulation des biens et des services. Au niveau régional, la qualité des infrastructures encourage le commerce transfrontière, assure un meilleur accès aux grands marchés régionaux et favorise l’intégration régionale. Cependant, l’amélioration de la qualité du réseau routier implique les ressources financières énormes dont les gouvernements des pays de la région ne peuvent  peut-être pas, mobiliser dans le court terme. Il convient donc pour eux de rechercher des sources alternatives de financements tels que les partenariats public-privé. En outre, pour amplifier les avantages découlant de l’amélioration de la qualité des routes de la région de la CEDEAO afin de relever le niveau du commerce intrarégional, les décideurs de la région sont tenus d’adapter les infrastructures non-physiques qui régissent le commerce afin d’atténuer les contraintes auxquelles sont confrontées les entreprises qui interviennent dans le commerce intrarégional. Les postes frontières terrestres sont une de ces infrastructures non physiques qui doivent être renforcées pour les rendre plus efficientes. 

Uduak Akpan est un Economiste et  Directeur de recherche à SPIDER Solutions Nigeria.  Ses recherches portent sur l’énergie, les infrastructures, et le développement durable, entre autres.

 

 

 

 

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27 February 2015
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27 February 2015
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