L’Afrique entre les défis de la mondialisation et l’agenda de l’intégration régionale

18 October 2012

En mettant en oeuvre leurs politiques de développement, les pays africains font face à un ensemble de défis internes et externes qui ont un impacte sur leurs capacités à atteindre leurs objectifs. Cet article montre qu’en rationnalisant et en harmonisant leurs politiques de développement et l’intégration régionale, ils pourraient mieux tirer profit des opportunités de la mondialisation.

En dépit d’une croissance impressionnante 1 et, bien qu’ils aient mis en oeuvre des réformes ambitieuses axées sur le marché dès le début des années 80, tel que recommandé par le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale, les pays africains n’ont guère bénéficié des avantages de la mondialisation économique. L’Organisation mondiale du commerce (OMC), le FMI et la Banque mondiale encouragent l’ajustement structurel économique, la privatisation et la libéralisation des marchés dans les pays émergents, y compris ceux africains. Certains soutiennent que la mondialisation peut être une force positive à travers le monde, en particulier pour les pauvres, mais seulement si le FMI, la Banque mondiale et l’OMC modifient radicalement leur mode de fonctionnement en commençant par renforcer la transparence et à se montrer plus disposés à examiner attentivement leurs propres actions. En effet, ces grandes institutions régissent la mondialisation, et représentent les principaux protagonistes de la création et de la gestion de l’économie mondiale moderne. Le défi pour l’Afrique est de veiller à mettre en oeuvre des politiques qui promeuvent le développement économique et se servir de l’intégration régionale comme tremplin pour s’intégrer de manière fructueuse dans l’économie mondiale.

S’intégrer pour tirer profit de la mondialisation

Les éléments ci-dessus renforcent l’actualité de ce débat pour trois raisons. En premier lieu, au moment où l’Afrique est en face d’une transformation de la coopération internationale dans un grand nombre de partenariats externes (multilatéraux, bilatéraux et régionaux),le continent doit saisir les opportunités qui pourraient l’aider à atteindre des taux de croissance économique plus élevés et à réaliser les objectifs de développement. En second lieu, avec la crise économique et financière actuelle qui affecte les économies africaines à la suite d’une baisse de l’aide publique au développement (APD) et des investissements,
l’intensification du commerce intra-africain offre une véritable stratégie de développement en vue de la diversification des échanges. En troisième lieu, l’intégration régionale pourrait mener, entre autres, à la mise en commun des ressources et à un élargissement des marchés locaux en vue de stimuler la production, le commerce et l’investissement. Les partisans de l’intégration régionale en Afrique font valoir que les processus régionaux et multilatéraux ne s’excluent pas mutuellement. L’intégration régionale non seulement complète le multilatéralisme, mais elle est également un vecteur par lequel les pays peuvent s’engager de manière significative dans le processus de mondialisation en éliminant des obstacles au commerce et améliorant du coup leur compétitivité internationale. Plus qu’une simple suppression des obstacles au commerce, l’intégration régionale peut contribuer à rehausser la production de biens publics transnationaux et donc résoudre de nombreux problèmes transfrontaliers. Il est même possible, selon les partisans de l’intégration régionale, d’atteindre à la longue un niveau d’intégration plus profond que celui du niveau multilatéral.

Les économies africaines pourront ainsi surmonter les handicaps résultant de leur taille relativement réduite en ouvrant l’accès à de vastes marchés, en vue de la réalisation d’économies d’échelle. A cet effet, même si la réalisation du chantier de l’intégration en Afrique est confiée à certains organes continentaux, force est de reconnaitre les obligations qui incombent à chaque pays de réaliser davantage de progrès en matière de
réformes réglementaires et juridiques (comme c’est le cas dans la zone du franc CFA) ; de rationaliser les facilités de paiements et d’assouplir les restrictions sur la circulation des capitaux et les flux d’investissement (comme dans l’initiative transfrontalière) ; et de développer les infrastructures économiques mutuelles (comme dans la SADC). L’approche régionale globale qu’implique l’intégration se manifeste aussi au niveau multilatéral où les pays africains, parlant d’une seule voix, défendent leurs intérêts sur la scène internationale, notamment dans les négociations du Cycle de Doha à l’OMC. Le rôle du Groupe africain à Genève n’est plus à prouver comme en attestent d’ailleurs les consultations régulières tenues avec le Directeur général de l’OMC, les Représentants européen et américain au commerce, et d’autres groupes tels que le G-10, le G-20, le G-33 tout comme les pays en développement.

Défis de l’intégration régionale en Afrique

Une brève évaluation de la performance des groupes régionaux dans leurs tentatives d’intégration révèle des résultats encourageants même si le degré d’engagement varie d’une région à une autre. En Afrique de l’Est, par exemple, la communauté s’est élargie pour inclure le Rwanda et le Burundi. La CEMAC (Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale) a constitué une union monétaire et douanière. Elle a harmonisé le cadre de la concurrence et de la réglementation des affaires et s’oriente vers la convergence
macroéconomique.

Le COMESA (Marché commun de l’Afrique de l’Est et de l’Afrique australe) a élaboré des règles d’origine uniques et simplifié les procédures douanières. Il a également assuré l’élimination de certains obstacles non-tarifaires tels que les licences d’importation, ainsi que la suppression des restrictions de change et l’élimination des contingents d’importation et d’exportation. De plus, le COMESA a défini une stratégie régionale visant à tirer profit du tourisme. Un élément majeur de cette stratégie comprend un système d’octroi de licences, la normalisation des normes professionnelles de classement des hôtels et l’harmonisation des normes professionnelles pour les agents du tourisme et de l’industrie des voyages. La stratégie touristique régionale vise en outre à promouvoir des co-entreprises entre entrepreneurs locaux et étrangers. La SADC (Communauté de développement de l’Afrique australe) a assuré l’harmonisation des politiques en matière de fiscalité, d’investissement, de bourses et d’assurance tout en réalisant la convergence macroéconomique. Une union douanière a été mise en place et l’harmonisation du cadre réglementaire des affaires et la convergence sur les politiques macroéconomiques ont été réalisées. L’Accord tripartite entre le COMESA, la CAE et la SADC est une autre évolution positive en Afrique.Tous ces résultats accomplis par les différentes communautés économiques régionales montrent l’engagement profond de l’Afrique en faveur d’une plus grande intégration tant à l’échelle régionale que continentale. Des échecs sont toutefois notés et ont trait à des problèmes de mise en oeuvre et l’absence de complémentarités en matière de biens et de facteurs de production. Le commerce intra-régional est en outre entravé par des droits de douane élevés, et le recours aux obstacles non-tarifaires et aux restrictions quantitatives très courantes. A cela s’ajoutent les barrages routiers et les points de contrôle, les agents de sécurité aux postes frontaliers et l’incohérence des procédures et des réglementations qui démontrent d’un manque de coordination et d’harmonisation au niveau régional.

En somme, il faut retenir que la volonté politique d’entreprendre l’intégration régionale est d’une importance capitale et l’intégration régionale doit prévaloir sur d’autres considérations d’ordre national. Cela exige de la part des pays un engagement fort à fournir des efforts résolus pour rationaliser les arrangements existants. Des efforts sont aussi nécessaires pour coordonner les politiques macroéconomiques en renforçant la surveillance des politiques économiques nationales par les pairs, notamment par l’adoption de critères de convergence, et en travaillant de manière plus intensive à l’harmonisation des normes et des réglementations.  Il s’agira pour les Etats d’adopter une approche régionale dans des domaines structurels clés tels que la réduction et l’harmonisation des droits de douane, les réformes juridiques et réglementaires, la rationalisation des systèmes de paiement, la réorganisation du secteur financier, l’incitation à l’investissement, la réforme du système fiscal, et la réforme du marché du travail. De telles réformes permettront aux pays participants de mettre en commun leurs ressources et de profiter des ressources institutionnelles et humaines régionales pour acquérir davantage de compétences techniques et administratives qu’ils ne pourraient en obtenir par eux-mêmes. Toujours dans l’optique de promouvoir les politiques régionales communes, l’Afrique pourrait envisager la mise en place de systèmes communs dans les domaines de l’énergie, de l’électricité, des télécommunications et du transport.
Conclusion : à l’aube du siècle africain ?
Pour devenir le prochain pôle de croissance, l’Afrique doit adopter une approche complémentaire de son développement. Elle doit ainsi affronter les défis liés à la mondialisation de manière correcte et au rythme qui convient, tout en restant sensible aux problèmes de développement qui lui sont particuliers. La question importante est de savoir comment y parvenir compte tenu des tensions économiques actuelles accentuées par un ralentissement du volume des échanges mondiaux. Il se pose alors le défi de diversifier les exportations tant pour les produits de base que les biens manufacturés et les services. La diversification est nécessaire pour accéder aux nouveaux marchés et nouveaux segments de produits de meilleure qualité à plus forte valeur ajoutée. Elle est aussi d’une importance capitale pour la réalisation du développement économique en ce sens qu’elle réduit la vulnérabilité aux chocs externes, crée des possibilités d’apprentissage ; et en troisième lieu, aide à promouvoir la croissance économique du continent.
Lorsque l’intégration régionale est conçue et mise en oeuvre au sein d’une stratégie de développement plus large visant à promouvoir la diversification économique, les changements structurels et le développement technologique, elle pourrait renforcer les capacités productives des pays africaines, réaliser des économies d’échelle, améliorer la compétitivité et servir de rampe de lancement à la participation effective des économies africaines à l’économie mondiale. 5 De plus, le régionalisme crée de nouvelles possibilités
d’adopter les réformes structurelles nécessaires à l’instauration d’un processus de développement viable. Les politiques d’intégration régionale pourraient largement contribuer à relever ce défi.

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