La conférence de Doha sur le climat : un consensus à minima qui présage d’un avenir incertain sur le climat ?

20 December 2012

La 18ème Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (Ccnucc) et la 8ème Réunion des Parties au Protocole de Kyoto (CP-18/RP-8) qui s'est achevée samedi 8 novembre, n'a été, comme les autres, qu'une conférence d'étape, sans grandes avancées en termes d'engagements pour la réduction des gaz à effet de serre.

Les deux semaines de discussions entre les délégués des 192 pays réunis à Doha au Qatar n'ont pas permis aux parties de prendre des mesures à la hauteur de l'ampleur du danger qui guette la planète. Pourtant, depuis des décennies, les rapports alarmants se multiplient, les avertissements scientifiques sont toujours plus pressants, et les faits confirment incontestablement le réchauffement climatique en cours. Un rapport de la Banque mondiale, publié le 18 novembre, alertait sur l'urgence à prendre des mesures contraignantes pour réduire la hausse de la température. En effet, ce rapport estime que « à défaut de mesures concrètes de lutte contre le changement climatique, la communauté internationale pourrait bien subir les conséquences catastrophiques d'une hausse de 4 degrés de la température moyenne d'ici la fin du siècle, qui se manifesteraient par des vagues de chaleur extrême, l'élévation du niveau de la mer, la baisse des stocks mondiaux de denrées alimentaires, etc. »

Autant d'appels qui n'ont pas empêché aux parties de rester figées sur leurs positions. Sur les différentes questions à enjeux de taille qui attendaient les négociateurs -allant de l'avenir du protocole de Kyoto à la voie à suivre pour parvenir au futur accord en 2015 qui entrerait en vigueur en 2020 en passant par l'aide financière apportée aux pays les plus vulnérables aux changements climatiques- les divisions traditionnelles entre les pays du Nord et du Sud se sont à nouveau manifestées.

Au terme, la conférence déboucha sur un  résultat  bien en deçà des prévisions. Les parties ont tout juste réussi à s'entendre sur quelques points allant de l'engagement de certains pays ayant donné naissance à l'acte II de Kyoto à  un faible engagement des pays développés à l'aide financière aux pays en développement. Ces engagements  se révèlent  insuffisants au regard des attentes et des objectifs globaux visés. En outre, certaines questions restent toujours en suspens à cause des divergences des parties. C'est le cas notamment du  caractère contraignant du futur accord climatique qui devrait intervenir en 2015 pour entrer en vigueur en 2020, même si certaines voix ont laissé entrevoir l'espoir d'un texte qui intégrerait des mécanismes de contraintes.

L'acte II du protocole de Kyoto: un accord sans  communes mesures avec l'urgence climatique

A l'issue des deux semaines de discussions les négociateurs ont adopté, au prix d'une journée de négociation supplémentaire, une deuxième période d'engagement sous le protocole de Kyoto, préservant ainsi l'unique accord contraignant dont dispose la communauté internationale.

Cette seconde période d'engagement, après la première qui expire fin décembre 2012, s'étalera du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2020 selon les termes de l'accord. Si cette période d'engagement est un pas très important vers une réduction des gaz à effet de serre, elle n'aura que très peu d'impact sur les émissions d'ici 2020 au regard du nombre de parties et des engagements trop faibles. En effet, seuls l'Union européenne, la Croatie et l'Islande, et huit autres pays industrialisés dont l'Australie, la Norvège et la Suisse se sont engagés dans cette nouvelle phase. Autant de pays qui représentent environ 15% des émissions de Gaz à effet de serre (GES) de la planète. Bien qu'ils soient à nouveau engagés à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, ces pays n'ont pas annoncé leurs objectifs précis sur la réduction. Le Canada, le Japon, la Russie et la Nouvelle-Zélande qui avaient signé le Protocole il y a quinze ans ont pour leur part quitté le navire, au motif que le protocole n'engage pas les pays émergents, les Etats-Unis qui n'ont jamais signé d'ailleurs le protocole. Un triste revers pour ce protocole qui est déserté par certains de ses membres.

Pour ce qui est « l'air chaud » (les crédits carbones excédentaires accordés aux pays de l'Est dans le cadre de la première période d'engagement), un compromis a été trouvé entre les parties pour éviter que ces quotas n'inondent le marché d'échange entre Etats, ce qui représenterait une menace pour l'intégrité environnementale du Protocole. Les parties à l'accord ont décidé de ne pas acquérir les quotas excédentaires issus de la première période d'engagement du protocole

Le faible engagement des pays en développement dans la lutte contre les effets du changement climatique

Les pays du Sud qui attendaient un engagement de l'aide des pays développés à hauteur de 60 milliards de dollars d'ici 2015, afin d'assurer une transition entre l'aide d'urgence de 30 milliards de dollars pour 2010-2012, et la promesse des 100 milliards de dollars d'ici 2020  ont été déçus à l'issue de la rencontre. Le texte final de Doha se borne à demander aux États du Nord à agir « quand les circonstances financières le permettront ». Il leur propose de présenter à la prochaine conférence sur le climat de 2013 à Varsovie des « informations sur leurs stratégies pour mobiliser des fonds afin d'arriver à 100 milliards de dollars par an d'ici 2020 » au moment où les effets du réchauffement climatique ne cessent de causer des dommages aux populations des pays pauvres.

Le texte n'est « pas à la hauteur », a regretté  Kieren Keke qui n'a pas manqué, au nom de l'Alliance des petits États insulaires (Aosis), de dénoncer l'attitude des pays développés qui promettent plus qu'ils ne font. «Ce processus ne produit que des mots, pas d'action», a-t-il poursuivi. Les pays en développement se plaignent en effet du non respect par les pays développés de leurs promesses à l'aide financière. Lors de la conférence de Copenhague en 2009, les pays industrialisés s'étaient engagés à créer un fonds alimenté à hauteur de 100 milliards de dollars par an d'ici à 2020 et avaient promis une aide intermédiaire de 30 milliards pour la période 2010-2012. Or, ces financements appelés « fast start » ont pris fin, mais aucun objectif intermédiaire n'a été pris pour cette période de sept ans. Seuls l'Allemagne, le Royaume-Uni, la France, le Danemark, la Suède et la Commission européenne ont annoncé des montants concrets d'ici à 2015, totalisant 6 milliards de dollars. Un montant largement insuffisant au regard des besoins exprimés.

En attendant les pays du Sud vont devoir se contenter d'un simple programme de travail sur les pertes et dommages liés au changement climatique qui vient d'être initié pour aider les victimes de ce fléau. Un dispositif institutionnel, tel qu'un mécanisme international sera mis en place  à la COP19 l'année prochaine.

La planète à nouveau sous alerte rouge

Cette conférence a entériné l'inaction face au changement climatique au moment où  les signaux d'alerte continuent d'arriver de toute part: Europe, Banque mondiale, Programme des Nations unies pour l'environnement, scientifiques, tous tirent la sonnette d'alarme pour rappeler que si l'on ne réduit pas drastiquement les émissions de gaz à effet de serre, comme le gaz carbonique (CO2) ou le méthane, la hausse des températures, déjà constatée à l'échelle de la planète, va s'aggraver. Les émissions sont d'environ 50 milliards de tonnes par an alors qu'il faudrait se trouver aux alentours de 44 gigatonnes en 2020 selon le dernier rapport du Programme des Nations unies pour l'environnement. En dépit de tous ces appels la communauté internationale tarde toujours à apporter la riposte à la hauteur de cette réelle menace. Les catastrophes imputables au changement climatiques ne cessent de s'accumuler. Les récentes sécheresses et inondations qui  sévissent dans certaines parties  du monde devraient pousser la communauté à ressaisir plutôt qu'à se désengager. Elle n'a « aucune excuse», résument les représentants du Réseau action climat. Cette conférence n'a pas répondu aux attentes, renchérit Alden Meyer, le représentant de l'ONG américaine Union Concern of Scientists.

Sources

Passerelles Doha au Quotidien ;

Maigre accord à la conférence de Doha sur le climat lefigaro.fr 10 décembre 2012

Climat : le maigre bilan de Doha terrafemina 10 décembre 2012

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