La pêche et les produits halieutiques en Afrique de l’Ouest : un marché régional au potentiel inexploité

11 March 2013

« Les grands pays importateurs de produits halieutiques d'Afrique de l'Ouest (Nigeria, Ghana, Côte d'Ivoire) peuvent consommer à eux seuls l'ensemble des exportations des autres pays de la région sans que leurs besoins ne soient couverts »

Secteur stratégique pour le développement et la lutte contre la pauvreté en Afrique de l'Ouest, la pêche constitue un élément essentiel pour la croissance économique et l'équilibre de la balance des paiements. Elle contribue aussi à la sécurité alimentaire et à la création d'emplois tout en favorisant l'entrée de devises étrangères par le biais des exportations et des accords de pêche.

Composante essentielle du développement économique et social des pays d'Afrique de l'Ouest, les secteurs halieutiques contribuent considérablement au PIB de ces pays : environ 7% en Guinée Bissau, 4,2% au Mali, 2,5% en Guinée et 1% en Côte d'Ivoire. Les exportations de produits halieutiques de l'Afrique de l'Ouest sur le marché mondial se chiffraient à plus de 489 millions de dollars US en 2011. Avec une superficie totale de 6,13 millions de km² et une population totale de 241,8 millions d'habitants, les pays de l'Afrique de l'Ouest bénéficient de 6 069 km de littoral maritime et d'une Zone Économique Exclusive (ZEE) de 2 016 900 km2. Le Burkina Faso, le Niger et le Mali sont les trois pays sans littoral. Cette zone fait partie des côtes les plus poissonneuses du monde avec la présence d'une remontée d'eau le long des côtes du Sénégal et de la Mauritanie et dans le golfe de Guinée. La pêche contribue également aux recettes des États à travers les redevances et les contreparties financières perçues dans le cadre des différents accords de pêche. Les ressources halieutiques jouent aussi un rôle important dans la satisfaction des besoins nutritionnels des populations qui disposent d'un faible pouvoir d'achat. Par ailleurs, les secteurs halieutiques constituent une source notoire d'emplois. Ils emploient plus de 3 millions de personnes à plein temps en Afrique de l'Ouest ; ce qui correspond à plus de 10 % de la population active. La plupart de ces emplois sont rattachés au secteur de la pêche artisanale.

Malgré le rôle central que joue la pêche dans l'économie de ces pays,  le secteur reste confronté à de nombreuses difficultés allant de la mauvaise exploitation des ressources halieutiques aux problèmes liés à leur commercialisation : le manque de plans de crédits appropriés et d'infrastructures, les technologies inadéquates entraînant des pertes élevées, les barrières douanières et non tarifaires, et l'absence de routes, de véhicules de transport adéquats et de cargos pour couvrir les longues distances.

Alors qu'elle plafonnait à moins de 300 000 tonnes au début des années 1960, la production halieutique des pays de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) est estimée aujourd'hui à plus de 2 millions de tonnes. Selon les données les plus récentes de la FAO, la production est de 2 122 137,2 tonnes en 2008, soit près de 3,5 % du total de la production mondiale. Toutefois, il faut préciser que ces statistiques officielles prennent rarement en compte les captures de la pêche étrangère qui sont très importantes et difficilement estimables, tout comme les prises de la pêche pirate. Derrière cette importante production halieutique se cachent de fortes disparités entre les différents pays. En effet, il existe un groupe de pays dits grands producteurs halieutiques qui comprend le Nigéria, le Sénégal, le Ghana et la Mauritanie. Il existe également un autre groupe de pays (Guinée Bissau, la Sierra Leone et le Liberia) dont l'absence de stabilité politique et économique due aux guerres, et aux coups d'état  favorise la pêche illicite non déclarée et non réglementée (INN) dans ces zones.  On peut noter enfin un autre groupe de pays dits continentaux (le Mali, le Niger et le Burkina Faso) où la pêche s'est développée grâce à l'existence de cours d'eau importants (fleuves Niger et Sénégal). Les plus grands pays producteurs de ressources halieutiques en Afrique de l'Ouest en 2008 sont respectivement le Nigéria avec 533 531 tonnes, suivi du Sénégal (444 783 tonnes), du Ghana (344 909 tonnes), de la Sierra Leone (202 225 tonnes) et de la Mauritanie (195 329 tonnes).  Les trois premiers représentent à eux seuls 1 323 233,5 tonnes, soit 63 % de la production halieutique ouest-africaine en 2008. Comparativement, les niveaux de production des pays continentaux sont bien moins significatifs que ceux des pays côtiers. La production cumulée du Mali, du Burkina Faso et du Niger représente moins de 8 % de la production régionale.

Conscients de l'importance économique et sociale que revêt ce secteur et des opportunités qu'il offre, les États ouest-africains ont pris des initiatives pour renforcer leurs réglementations en matière de normes sanitaires afin que les produits destinés aux marchés répondent aux nouvelles normes du marché international. Des systèmes d'assurance qualité ont été développés pour protéger la santé des consommateurs et rehausser la valeur marchande des produits échangés avec l'étranger. Les politiques commerciales ayant un lien avec la pêche ont été également renforcées : la libéralisation des prix, la valorisation des produits de pêche par la mise sur le marché de poissons d'espèces dites nobles,         la mise en place d'infrastructures de contrôle afin de se conformer aux normes de l'OMC sur la sécurité des produits alimentaires, la promotion de filières de commercialisation régionale de poisson par la signature d'accords de coopération en matière de pêche entre les pays de la CEDEAO.

Ces mesures de promotion des produits de la pêche peuvent toutefois avoir des effets négatifs sur les ressources et la sécurité alimentaire locales, car la recherche du profit maximum encourage les acteurs à exporter les produits vers les marchés européens plus offrants au détriment des marchés locaux qui en ont pourtant besoin.

  • Contraintes normatives et sanitaires

Les normes internationales en matière d'hygiène alimentaire constituent parfois des barrières au commerce international des produits africains. Plusieurs pays d'Afrique, Caraïbes et Pacifique (ACP) disposent en effet de très peu ou pas d'infrastructures techniques satisfaisant les normes de qualité et de salubrité édictées par l'OMC ou l'UE. Cette dernière a établi les trois listes ci-dessous :

La liste I comprend la Guinée, la Côte d'Ivoire, le Sénégal, le Nigeria, la Mauritanie, le Ghana, la Gambie et le Cap-Vert. Ces pays sont autorisés par l'Union Européenne (UE) à exporter leurs produits de pêche sous toutes les formes vers sa communauté.

La liste II comprend les pays autorisés sous certaines réserves à importer leurs produits de pêche vers l'UE : le Bénin et le Togo.

La liste III quant à elle comprend les pays qui ne sont pas en mesure de fournir les garanties nécessaires pour figurer sur les listes I et II. En Afrique de l'Ouest, seule la Guinée Bissau se trouve dans cette situation. Ces contraintes normatives de qualité et de salubrité ne sont pas sans conséquences sur le commerce international des produits halieutiques de la région. En effet, en dépit des préférences commerciales unilatérales accordées aux ACP, dont les pays de l'Afrique de l'Ouest, et les énormes efforts déployés par les pays pour se conformer aux normes européennes, les produits halieutiques de la région CEDEAO éprouvent encore beaucoup de difficultés à accéder au marché européen.  Ces difficultés relèvent pour l'essentiel des questions de compétitivité avec les produits de l'UE et ceux en provenance d'autres pays du monde et des normes et des mesures Sécurité et Protection de la Santé (SPS) imposées par l'UE aux produits de pays qui n'ont pas toujours les moyens de les respecter.

Les dispositifs commerciaux issus des accords de partenariats économiques entre l'Europe et les ACP de façon générale et plus particulièrement en l'Afrique de l'Ouest pourraient également mettre les filières halieutiques dans une situation difficile. En effet, les privilèges accordés (exonération des droits de douane et non limitation des quantités à l'entrée) sont de moins en moins préférentiels. D'une part, le référentiel tarifaire a connu une forte érosion en raison de la réduction générale des tarifs douaniers, engendré par les accords du GATT. Cette situation née de l'accord de partenariat a aussi mis les filières halieutiques dans une situation de fausse compétitivité et de dépendance accrue vis-à-vis du marché européen. C'est ainsi que les volumes d'exportation des pays comme la Mauritanie ou le Sénégal, qui ne cessent de croître, ont généré des tensions aussi bien au niveau de la sécurité alimentaire que des ressources. Les accords de pêches signées avec l'UE accentuent davantage ces tensions. Il est donc important que des mesures soient prises en vue d'atténuer les effets négatifs et de saisir les opportunités offertes dans ce secteur.

  • Perspectives des échanges de produits halieutiques en Afrique de l'Ouest

Les importations de produits halieutiques par les pays de l'Afrique de l'Ouest proviennent de l'Afrique (51%), de l'Europe (24%), de l'Asie (16%) et de l'Amérique (9%).  La valeur totale des importations de produits halieutiques des pays de la CEDEAO s'élève à 13 368 460 dollars US. Les produits importés dans la zone Afrique proviennent à 13 % des pays de l'Afrique de l'ouest et à 87 % des autres pays africains hors CEDEAO.

Le marché ouest-africain présente donc d'énormes possibilités pour les pays exportateurs nets comme le Sénégal, la Gambie ou la Mauritanie.  Le Nigeria à lui tout seul a importé un total de 6 665 910 dollars US de produits halieutiques en 2011. Ce pays peut absorber l'ensemble des exportations en volume et en valeur du Sénégal (près de 100 mille tonnes pour un peu plus de 300 millions dollars US). Les importations sont composées de trois produits, à savoir : (1) Poissons, (2) Crustacés et (3) Mollusques. Les sous-produits des poissons importés sont : (1) Poissons vivants, (2) Poissons frais, (3) Poissons congelés, (4) Poissons transformés et (5) Filets de poissons. Elles sont essentiellement dominées en volume par les poissons congelés qui représentent 98 % des importations en produits halieutiques.

Les trois grands importateurs de produits halieutiques en Afrique de l'Ouest sont le Nigeria, le Ghana et la Côte d'Ivoire qui représentent à eux seuls 92 % des importations totales en volume et 94 % des importations en valeur des pays de l'Afrique de l'Ouest en 2011. Ce qui veut dire que, pour les pays exportateurs nets de produits halieutiques comme le Sénégal, la Guinée et la Guinée Bissau, le premier groupe de pays peut absorber toutes leurs exportations en volumes sans pour autant que leurs besoins ne soient totalement satisfaits.

Ces contraintes sont de plusieurs ordres, dont :

-              La difficulté de respecter les normes d'hygiène et la qualité des produits, surtout pour les produits transformés ;

-              Le déficit des infrastructures et équipements de manutention, de transport, de stockage et de conservation pour les produits halieutiques frais, congelés ou transformés. A ce niveau, il faut noter la faible capacité de fret aérien pour le commerce intra régional ;

-              Le manque d'informations sur les règles de commerce et les marchés potentiels ;

-              L'absence de sécurité et de confiance au niveau de l'environnement, nécessaire pour permettre le développement du commerce sous-régional.

Sources des données :

www.trademap.org

www.faostat.org

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11 March 2013
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