La Turquie cherche à renforcer ses liens économiques et commerciaux avec l’Afrique

9 November 2016

Près de 1 500 participants en provenance de Turquie et de 42 pays africains, dont de nombreux représentants de haut niveau du monde des affaires et des pouvoirs publics, se sont réunis la semaine dernière à l’occasion du Forum économique et commercial Turquie-Afrique. Organisée conjointement par le ministère turc de l’économie et la Commission de l’union africaine (CUA), cette manifestation a servi de plateforme de dialogue entre les cercles publics et privés africains et leurs homologues turcs, en vue de renforcer la coopération économique entre les deux parties.

S’exprimant dans le cadre de ce forum, le président turc Recep Tayyip Erdoğan a souligné l’importance des relations économiques et commerciales entre l’Afrique et la Turquie pour son pays : « les relations économiques et commerciales représentent l’un des principaux aspects de notre intérêt global pour l’Afrique », a-t-il déclaré.

M. Erdoğan, ainsi que les représentants officiels turcs, ont ainsi indiqué que la Turquie entendait développer et renforcer ses liens économiques avec le continent africain, une démarché déjà engagée.

« C’est dans cet esprit que nous avons signé des accords de coopération économique et commerciale et mis en place des mécanismes de commissions économiques mixtes avec 40 pays africains au total à ce jour. Nous avons des ambassades dans 39 pays africains, mais cela n’est pas suffisant. Nous souhaitons ouvrir des ambassades dans l’ensemble du continent », a poursuivi M. Erdoğan.
 

Une coopération gagnant-gagnant ?

Plusieurs participants de haut niveau au forum font ressortir le potentiel d’une coopération économique mutuellement bénéfique pour les deux parties, soulignant l’importance d’un engagement à long terme par rapport à des approches axées sur le court terme.

« Nous considérons qu’il s’agit d’un partenariat à long terme. Les bénéfices à sens unique n’existent pas dans notre culture. Nous gagnerons ou nous perdrons, nous nous réjouirons ou nous pleurerons avec l’Afrique », a déclaré le premier ministre turc Binali Yildirim à l’occasion d’un dîner de gala organisé pendant le forum.

« L’Afrique et la Turquie ont établi des partenariats stratégiques mutuellement avantageux, qui forment un cadre de coopération à différents niveaux et sur plusieurs fronts. [Les deux parties doivent] partager leurs expériences et échanger des idées, pour dynamiser le partenariat entre la Turquie et l’Afrique et le faire grandir », a déclaré Anthony Mothae Maruping, commissaire aux affaires économiques de la CUA.

Si les sociétés et les investisseurs turcs souhaitant développer leur activité au sein du continent se sont longtemps concentrés sur l’Afrique du Nord, ils se tournent désormais de plus en plus vers l’Afrique subsaharienne, indique Tamer Taşkın, président des conseils d'affaires turco-africains du DEIK (Conseil turc des relations économiques extérieures).

De 2005 à 2015, le montant total des échanges commerciaux de la Turquie avec le continent est passé de 7 à 17,5 milliards US$, a indiqué M. Erdoğan. Sur la même période, le total des flux commerciaux entre la Turquie et l’Afrique subsaharienne a plus que doublé pour atteindre 6,6 milliards US$. L’investissement direct à l’étranger de la Turquie a également augmenté de façon significative ces dernières années en Afrique, pour atteindre 3,9 milliards US$.

Soulignant lors de la session d’ouverture du forum que l’Afrique était en bonne voie de devenir « la prochaine force motrice de l’économie mondiale », le ministre turc de l’économie, Nihat Zeybekci, a indiqué que la stratégie de son pays visait à développer les échanges avec les économies africaines dans les deux sens, et pas seulement à l’exportation.

« Il ne s’agit pas seulement de vendre en Afrique, mais également d’acheter en Afrique », a insisté M. Zeybekci.

Sur les cinq dernières années, l’excédent commercial de la Turquie avec l’Afrique reste toutefois important. Des efforts supplémentaires restent donc à faire pour permettre aux économies africaines de tirer davantage parti de leurs relations économiques avec la Turquie et d’accroître leur présence sur le marché turc, comme l’a souligné le ministre kenyan de l’industrie, du commerce et des coopératives, Adan Mohamed, lors du forum.

« La Turquie est un marché important pour le Kenya, avec un énorme potentiel qui a été sous-exploité par le passé. Nous prévoyons à moyen terme de multiplier par dix le volume actuel de nos échanges, qui s’élèvent à 14 milliards de shillings [NDLR : 138 millions US$] », a déclaré M. Mohamed.
 

Perspectives d’avenir

Évoquant les perspectives d’avenir, le ministre de l’économie Zeybekci a appelé la Turquie et ses partenaires africains à « faire de 2017 l’année du libre-échange », alors que les participants au forum évoquaient la possibilité de mettre en place des accords de partenariat commercial et économique.

« Les investisseurs […] ont réitéré leur ferme intention de lancer une action conjointe en vue d’examiner les possibilités d’élimination des droits de douane et autres obstacles au commerce dans le cadre d’éventuels Accords de partenariat commercial et économique fondés sur un modèle asymétrique qui permettrait aux pays africains de protéger leurs industries sensibles », indique la déclaration adoptée lors du forum.

Comme l’a souligné M. Maruping de la CUA, de nombreuses économies africaines ont récemment entrepris des efforts importants pour créer un climat plus propice aux affaires. Selon le rapport Doing Business 2017 de la Banque mondiale, l’année écoulée a vu un nombre record de réformes entreprises par les pays africains en vue d’améliorer le climat des affaires (voir Passerelles, 31 octobre 2016).

« L’Afrique est en train d’améliorer son climat des affaires en ligne avec son objectif d’une croissance accélérée, stable et inclusive », a indiqué M. Maruping, notant également que le développement de la coopération économique turco-africaine pourrait aider à la réalisation de l’Agenda 2063 du continent.

Solomon Afework, directeur de la chambre de commerce panafricaine, s’est fait l’écho de ces commentaires : « mon message aux entreprises turques est le suivant : l’Afrique est prête à faire des affaires avec la Turquie. Les pays comme les entreprises africaines sont prêts à prendre les mesures nécessaires », a-t-il indiqué.

D'après le directeur du DEIK, Cihad Vardan, les secteurs prometteurs pour un resserrement des liens économiques entre la Turquie et l’Afrique comprennent les services de construction, les produits alimentaires, la santé et l’énergie. Il indique qu’il existe « des centaines de projets » qui pourraient être entrepris en commun dans le cadre du développement des liens économiques entre la Turquie et le continent africain.

La prochaine édition du Forum économique et commercial Turquie-Afrique se déroulera en 2018.

Reportage ICTSD ; « Turkey voices strong economic, trade interest in Africa », Hürriyet Daily News, 2 novembre 2016.

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