Le monde se prépare à une nouvelle ère après l’élection surprise de Trump

14 November 2016

Donald Trump sera le 45ème président des États-Unis, après avoir remporté le vote du collège électoral au sein de la première économie mondiale. Ce résultat, qui a surpris les instituts de sondage, les analystes politiques, et même les responsables officiels de la campagne, a secoué les marchés internationaux, alors que les États-Unis et la communauté internationale continuent de réagir à la nouvelle direction de Washington, qui promet de rompre avec des décennies de politiques antérieures.

La victoire du promoteur immobilier milliardaire et ancienne vedette de téléréalité place la Maison-Blanche sous contrôle républicain pour la première fois en huit ans. Les républicains conservent également la majorité des deux chambres du congrès, un résultat également inattendu d’après les prévisions des sondages, qui annonçaient une perte de contrôle possible du sénat.

Le résultat des élections a été confirmé aux premières heures de mercredi, mettant fin à une campagne électorale de plus d’un an qui aura défié toutes les prévisions. Trump était opposé à Hillary Rodham Clinton du Parti démocrate, à qui la plupart des sondages attribuaient la victoire à la veille de l’élection du 8 novembre. L’ancienne secrétaire d’État, sénatrice et première dame était la première femme candidate d’un grand parti à l’élection présidentielle, dans un pays qui n’a accordé le droit de vote aux femmes au niveau national qu’en 1920, il y a moins de cent ans.
 

Une nation profondément divisée

Alors que le pays se prépare maintenant à tourner la page après l’une des campagnes électorales les plus virulentes de l’histoire récente, tous les regards seront tournés vers Trump et la manière dont lui et son équipe répondront aux divisions politiques de toute nature qui se sont manifestées pendant la campagne présidentielle, et donneront suite à la « vague populiste » qui a précédé le scrutin de cette semaine.

Tout au long de la campagne, les hommes politiques et les électeurs se seront affrontés sur la question de savoir si l’économie est en progrès ou en lambeaux, si le commerce est une voie prometteuse de croissance ou une source de délocalisation des emplois, et si, et dans quelle mesure, les États-Unis souffrent d’une « concurrence déloyale » de la part de leurs partenaires commerciaux, ainsi que sur la manière de répondre aux inégalités de revenus et à la perte de confiance à l’égard des « élites politiques ».

La campagne a également mis en lumière les tensions sociales profondes de l’électorat américain à l’égard des attitudes sexistes, racistes, homophobes et xénophobes, et du traitement de ces préjugés au niveau des politiques comme du discours politique et public.

Les sondages effectués à la sortie des bureaux de vote par CNN montrent que les répondants citent la politique étrangère et l’économie comme raisons de leur vote en faveur de Clinton, tandis que les supporters de Trump mentionnent en premier lieu l’immigration et le terrorisme.

D’après CNN, 60 pourcent environ des partisans de Clinton sont en faveur d’une régularisation du statut des immigrants illégaux qui travaillent aux États-Unis, tandis que 84 pourcent des supporters de Trump souhaitent qu’ils soient déportés vers leur pays d’origine.

Dans son discours de victoire, Trump a félicité sa rivale pour sa pugnacité dans une course difficile et sa longue carrière au service du pays, et a promis de faire tout ce qui était en son pouvoir pour unifier le pays dans le cadre de la prochaine administration.

« Le moment est venu pour l’Amérique de panser les plaies de la division », a déclaré le nouveau président élu. « À tous les républicains, démocrates et indépendants de notre nation, je dis que le moment est venu de nous rassembler comme un seul peuple ».

La question de savoir si ces mots seront mis en pratique sera suivie de près, surtout après les discours enflammés, et souvent incendiaires, entendus ces 18 derniers mois dans le cadre de la campagne électorale.

Trump a défendu des politiques visant à démanteler la réforme des soins de santé obtenue de haute lutte par l’administration Obama, à ériger un mur le long de la frontière mexicaine en vue d’endiguer le flux des immigrants illégaux, à déporter des millions d’immigrants illégaux et à mettre en place une sélection extrêmement rigoureuse (« extreme vetting ») des immigrants après avoir appelé à une interdiction d’entrée des musulmans demandant l’entrée aux États-Unis. Il a également été ouvertement critiqué pour son attitude et ses commentaires désobligeants à l’égard des femmes, comprenant plusieurs allégations d’agression sexuelle.

Mercredi après-midi, dans son premier discours après avoir perdu l’élection, Clinton a déclaré avoir proposé à Trump de travailler avec lui pour apaiser les divisions observées dans tout le pays, tout en exhortant ses supporters à continuer de se battre pour la vision qui avait inspiré la campagne du parti démocrate, celle d’un parti et d’un pays d’inclusion et d’espoir.

« Nous avons vu que notre pays est plus profondément divisé que nous le pensions. Mais je crois toujours en l’Amérique, et y croirai toujours. Et si vous y croyez aussi, nous devons accepter ce résultat et nous tourner vers l’avenir », a-t-elle déclaré devant une salle comble au Javits Convention Centre, dans la ville de New York.

« Notre démocratie constitutionnelle exige notre participation, pas seulement tous les quatre ans, mais en permanence. Nous devons donc faire tout ce qui est en notre pouvoir pour défendre les causes et les valeurs qui nous tiennent à cœur. Faire marcher notre économie pour tous, et pas seulement pour ceux qui sont à sa tête, protéger notre pays et protéger notre planète », a déclaré Clinton.

Elle a également lancé un appel particulier à l’inclusion de toutes les communautés : personnes de toutes races, de tous sexes, de toutes religions et de toutes orientations sexuelles, immigrants de tout le pays et personnes handicapées, en souhaitant également que le pays continue sa lutte pour vaincre le « plafond de verre suprême » et élire un jour une femme à la tête des États-Unis.
 

Une remise en cause de l’ordre mondial

À la veille de l’élection, Trump avait annoncé que le résultat serait un « Brexit plus, plus, plus », faisant référence au référendum du 23 juin au Royaume-Uni, qui avait vu les citoyens britanniques voter de justesse en faveur d’une sortie de l’Union européenne.

Le vote du « Brexit » a conduit à un remaniement du gouvernement britannique après la confirmation des résultats, les pourparlers de sortie entre le gouvernement britannique et les autres membres de l’UE s’annonçant longs et difficiles en raison de la nature émotionnelle du sujet et des liens économiques, sociaux et géopolitiques étroits qui sous-tendent leurs relations.

La première ministre britannique Theresa May prévoit d’activer officiellement la disposition du droit européen qui ouvre les négociations d’ici la fin du mois de mars, bien que ce calendrier soit aujourd’hui remis en cause par une décision de la Haute Cour britannique, qui stipule que le gouvernement a besoin de l’accord du parlement pour agir ainsi.

Les analystes ont rapidement fait le parallèle entre le résultat du « Brexit » au Royaume-Uni et la future présidence Trump, attribuant les deux résultats au mécontentement croissant de l’électorat face aux écueils de la mondialisation.

Si plusieurs dirigeants politiques favorables à l’ouverture des marchés affirment qu’il est nécessaire de « mieux expliquer » les avantages du commerce et de la mondialisation en réponse aux mouvements « populistes » de plus en plus puissants, certains analystes préviennent que le problème est en réalité plus profond, et qu’il est également nécessaire de répondre aux différents facteurs nationaux et internationaux qui ont exacerbé les inégalités de revenus et entraîné des pertes d’emplois dans certains secteurs.

Bien qu’il soit de même nature que celui du « Brexit », le résultat des élections américaines a été perçu comme un choc encore plus important, en raison de l’attitude politique isolationniste et de la rhétorique incendiaire adoptées par le nouveau président élu tout au long de la campagne, dans un pays hégémonique traditionnellement considéré comme le garant d’un ordre international libéral.

De nombreux observateurs politiques qui espéraient une victoire de Clinton – ou s’inquiétaient des implications d’une présidence Trump – ont qualifié le résultat de tragédie américaine, aux conséquences potentielles désastreuses tant pour le peuple américain que pour la communauté internationale.

D’autres pensent que Trump pourrait adopter un ton plus mesuré une fois qu’il sera confronté aux défis quotidiens de la fonction présidentielle, s’appuyant sur sa longue expériences des tractations commerciales, ou appellent tous les acteurs concernés à faire preuve d’optimisme et à collaborer en vue de tracer la voie d’un avenir commun dans un contexte incertain.
 

Quel héritage pour Obama ?

Dans les mois et les années à venir, les répercussions de la future administration Trump sur l’économie mondiale et le développement durable seront suivies de près, compte-tenu à la fois de ses intentions politiques affichées et de l’approche résolument différente qu’il a promis d’adopter par rapport à son prédécesseur, le président démocrate sortant Barack Obama.

Au cours de son second mandat, Obama s’est efforcé de bâtir un héritage sur de multiples fronts, notamment en matière de politique commerciale et d’action climatique. En matière de commerce, son administration a travaillé avec 11 pays du pourtour pacifique en vue de conclure les négociations relatives au Partenariat trans-pacifique (PTP, ou TPP en anglais), un accord ambitieux qui contient, selon ses partisans, certaines des dispositions commerciales les plus avancées qui soient en matière d’environnement et de protection des travailleurs.

Obama a présenté le PTP comme une occasion de participer à la définition du « code de la route » du commerce dans la région, ainsi que de fixer des normes de référence élevées pour la définition des règles du commerce international.

Trump a pour sa part ouvertement rejeté l’accord, promettant qu’il ferait sortir les États-Unis de l’entente entre les 12 pays, et qu’il s’efforcerait également de renégocier l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA, ou NAFTA en anglais) actuellement en place avec le Canada et le Mexique. En ce qui concerne l’ALENA, il a prévenu que si les deux autres pays concernés par l’accord n’étaient pas d’accord avec ses conditions, il ferait sortir les États-Unis entièrement de l’accord (voir Bridges Weekly, 30 juin 2016).

Le PTP en est encore au stade de la ratification, et bien que l’équipe Obama ait à plusieurs reprises exprimé l’espoir qu’il puisse être approuvé pendant la session – dite « lame duck » – du congrès précédant l’investiture du nouveau président, il n’est pas certain que les dirigeants du congrès acceptent de procéder à un tel vote après la victoire de Trump aux élections (voir Bridges Weekly, 3 novembre 2016).

En parallèle, l’accord s’avère très impopulaire auprès du public américain, bien que les analystes s’interrogent sur la question de savoir si l’objet réel du problème est son contenu ou le souci plus large que ces accords commerciaux n’aient pas bénéficié à l’ensemble de la population américaine.

D’après les sondages effectués à la sortie des bureaux de vote par CNN, 59 pourcent des électeurs soutenant Clinton pensent que le commerce crée des emplois aux États-Unis ou n’a pas d’effet sur l’emploi, tandis que 65 pourcent des supporters de Trump interrogés par CNN affirment qu’il a un effet négatif sur l’emploi.

Des perspectives incertaines en matière climatique

Une autre réalisation majeure de l’administration Obama susceptible d’être remise en cause est l’ensemble des efforts déployés par le président sortant en matière d’action climatique au niveau national et international.

Au niveau national, Obama a signé une série de décisions exécutives, comprenant notamment des règles visant à réduire les émissions de méthane du secteur du gaz et du pétrole, en vue de freiner les émissions de gaz à effet de serre. En matière de politique étrangère, son administration a joué un rôle moteur dans le soutien à l’Accord de Paris sur les changements climatiques, adopté en décembre dernier par les Nations unies et entré en vigueur au début du mois de novembre (voir bulletin spécial de Passerelles en date du 6 novembre 2016).

Clinton avait défendu les emplois créés grâce aux infrastructures vertes et ainsi qu’une série d’autres mesures pour cimenter l’héritage Obama en matière de climat. En revanche, Trump et le parti républicain ont dans leur ensemble ouvertement rejeté le programme de la Maison-Blanche dans ce domaine, promettant de faire sortir les États-Unis de l’Accord de Paris sur les changements climatiques et de couper les financements destinés aux agences des Nations unies qui travaillent sur la question du climat (voir Bridges Weekly, 21 juillet 2016).

La Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) a commencé sa conférence annuelle sur le climat le lundi 7 novembre, alors que le spectre des élections américaines planait sur les pourparlers se déroulant dans la ville marocaine de Marrakech.

Les reportages publiés après la nouvelle de la victoire de Trump font état d’une atmosphère pleine d’incertitudes, alors que les négociateurs s’efforcent de poursuivre les négociations dans des domaines clés, concernant notamment le financement climatique (voir bulletin spécial de Passerelles en date du 13 novembre 2016).

Les conséquences sur le nouveau régime climatique ne seront probablement pas immédiates, le monde attendant de voir dans quelle mesure le président Trump suivra la trace du candidat Trump. L’Accord de Paris est en outre déjà en vigueur pour les États-Unis, et en vertu de l’article 28 de l’accord, les signataires ne peuvent pas se retirer de l’accord pendant les quatre premières années suivant son entrée en vigueur, ce qui correspond à l’essentiel du premier mandat de Trump.

Certaines sources pensent toutefois que Trump pourrait rechercher d’autres manières d’écarter les États-Unis des efforts internationaux sur le climat. L’incidence de sa victoire sur la « contribution prévue déterminée au niveau national » des États-Unis – les plans climatiques individuels que chaque partie à la CCNUCC s’est engagée à soumettre, qui forment la base de l’Accord de Paris et doivent être renforcés au fil du temps – suscite également des questions et des inquiétudes au sein de la communauté du climat.

D’autres aspects, comme par exemple celui de savoir si les États-Unis continueront d’appuyer l’objectif des pays développés d’allouer 200 milliards US$ par an au financement climatique d’ici 2020, risquent également d’être remis en cause. Les États-Unis s’étaient déjà engagés à verser à ce titre 3 milliards d’US$ au Fonds vert pour le climat (FVC), mais seulement 500 millions US$ ont été déboursés à ce jour.

Le FVC est un fonds multilatéral qui a vocation à canaliser l’aide publique des gouvernements en vue d’aider les pays en développement à s’adapter aux conséquences néfastes des changements climatiques.
 

Obama appelle à une « transition réussie »

Alors que la nouvelle de la victoire de Trump commençait à s’imposer, Obama a appelé le pays à faire tout son possible pour aller de l’avant et s’est engagé à travailler à une transition « réussie » pour la nouvelle administration.

« Ce n'est un secret pour personne que le président élu et moi-même avons des divergences sérieuses. Rappelez-vous, il y a huit ans, le président [George W.] Bush et moi avions des divergences profondes », a déclaré Obama mercredi.

« Cependant, l'équipe du président Bush n'aurait pu être plus professionnelle et plus courtoise qu'elle ne l'a été pour que la transition s’effectue en douceur et que nous soyons prêts à nous mettre au travail. Et s’il y a une chose que vous réalisez rapidement à ce poste, c’est que la présidence, et la vice-présidence, transcendent chacun de nous », a-t-il poursuivi.

Il a également salué le discours d’unité adopté mardi soir par Trump dans sa première intervention après sa victoire, exhortant le nouveau président à continuer de promouvoir l’unité nationale pendant la période de transition et au-delà.

« C’est ce dont le pays a besoin – un sentiment d'unité, un sentiment d'inclusion, le respect de nos institutions, de notre mode de vie, de notre État de droit, et un respect mutuel », a déclaré Obama.

Reportage ICTSD ; « LIVE: UN climate talks reaction as Trump wins US presidency », Climate Home, 9 novembre 2016 ; « CNN exit polls », CNN, 9 novembre 2016; « Axelrod: Election a “primal scream” », POLITICO, 9 novembre 2016 ; « Trump win sends shockwaves through development world », DEVEX, 9 novembre 2016.

Article initialement publié dans Bridges Weekly le 10 novembre 2016.

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