LES
SUBVENTIONS SUR LE COTON A CANCUN
Vers
une stratégie cohérente et participative des pays d'Afrique
de l'Ouest et du Centre pour la Conférence ministérielle
de l'OMC
Saly, Sénégal, 20-21 Juillet 2003
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Description
Contexte
Avec près d'un
million de tonnes de fibres produites, 17% du marché mondial en
2002, contre 4% en 1980, le coton représente une des principales
sources de revenus de nombreux pays de l'Afrique de l'Ouest et du Centre.
Il contribue pour 50 % à 80% des recettes d'exportation du Mali,
du Bénin, du Togo et du Burkina Faso. On estime qu'il fait vivre,
directement ou non, prés de 9 millions de personnes dans la sous-
région.
Bien que la production
africaine soit compétitive et produise un coton de grande qualité,
elle doit faire face à la baisse des prix sur le marché
mondial, largement causée par les 3,6 milliards de dollars de subventions
à la production cotonnière fournies chaque année
par les Etats-Unis et l'Union Européenne. Comme l'a relevé
Oxfam, les quelques 25'000 cultivateurs de coton américains reçoivent
davantage en subventions que l'ensemble du produit national brut du Burkina
Faso où près de deux millions de personnes dépendent
du coton. Suivant les recommandations des institutions financières
internationales, le secteur cotonnier africain s'est restructuré,
libéralisé et ne bénéficie aujourd'hui que
de soutiens sporadiques de l'Etat. Les pays d'Afrique de l'Ouest et du
Centre n'étant pas en mesure de diversifier leur production vers
d'autres secteurs dans le court ou moyen terme, la survie du coton dépend
directement de la réduction des subventions à l'exportation
et des soutiens internes fournies dans les pays de l'OCDE.
L'enceinte internationale
appropriée pour traiter de ces questions et l'Organisation mondiale
du commerce (OMC) que ce soit à travers son système de règlement
des différends comme la fait le Brésil en soumettant une
plainte contre le fameux farm bill des Etats-Unis ou, de manière
systémique en demandant la réduction, voire l'élimination
des subventions sur le coton, dans le cadre des négociations agricoles.
En Afrique, les producteurs ont été les premiers à
se mobiliser en novembre 2001, pour alerter l'opinion publique internationale
sur le problème des subventions. Relayé par les ONG, les
sociétés cotonnières de la sous-région et
les négociateurs africains basés à Genève
et à Bruxelles, ce travail a abouti à la transmission par
le Bénin, à la date du 30 avril 2003, d'une proposition
de négociation au comité de l'agriculture de l'OMC au nom
des quatre pays signataires (Bénin, Burkina Faso, Mali, Tchad).
Intitulée "Réduction de la pauvreté : initiative
sectorielle en faveur du coton ", cette soumission demande deux actions
immédiates d'ici Cancun :
· * L'établissement
d'un mécanisme pour l'élimination progressive des soutiens
à la production cotonnière prévoyant des réduction
accélérées et substantielles de tous les types de
subventions sur le coton
· * L'établissement
de mesures de transition. Un tel mécanisme devrait permettre aux
pays les moins avancés de recevoir des compensations financières
pour les pertes de revenus encourues, en attendant l'élimination
de ces soutiens.
Par ailleurs, le Bénin
et le Tchad (respectivement le 24 mars et le 4 avril 2003), ont réservé
leur droit de tierce partie devant l'Organe de Règlement des Différends
de l'OMC.
Dans le contexte de
la promotion de cette soumission à l'OMC, le Président du
Burkina Faso, l'un des pays signataires, s'est déplacé personnellement
à Genève, le 10 juin dernier, pour défendre la proposition
de négociation africaine. En outre, du 16 au 19 juin dernier, s'est
tenue à Ouagadougou une conférence conjointement organisée
par la commission de l'UEMOA, la Banque centrale des Etats de l'Afrique
de l'Ouest (BCEAO) et la Banque ouest-africaine de développement
(BOAD). Lors de cette conférence, les ministres ont clairement
affirmé la nécessité de donner dans le court terme
la priorité aux négociations commerciales et à Cancun.
Parallèlement, les Organisations de Producteurs, via le Réseau
des Organisations de Paysans et de Producteurs d'Afrique de l'Ouest (Roppa),
les ONG, et l'Association Cotonnière Africaine ont tenu des conférences
de presse de soutien à ces initiatives en vue de mobiliser le plus
grand nombre.
A mesure que les négociations
avancent, le renforcement des positions des pays d'Afrique de l'Ouest
et du Centre passera par un leadership politique fort, une mobilisation
de l'opinion publique et des stratégies de négociations
cohérentes et participatives. Le coton doit devenir une question
incontournable à Cancun, au même titre que la propriété
intellectuelle et la santé publique l'étaient lors de la
Conférence ministérielle de Doha. Ceci impliquera une participation
active de tous les acteurs concernés, à commencer par les
organisations paysannes et les sociétés cotonnières.
Dans un tel contexte, leur participation à l'élaboration
et la mise en oeuvre de possibles solutions est impérative.
Objectifs
Dans l'optique d'une
contribution constructive à ce processus, le Centre International
pour le Commerce et le Développement Durable (ICTSD), ENDA Tiers-Monde,
OXFAM, le Réseau des Organisations Paysannes et de Producteurs
de l'Afrique de l'Ouest (ROPPA) et l'Union Nationale des Producteurs de
Coton du Burkina Faso (UNPCB) ont organisé un Dialogue Régional
sur la problématique des subventions sur le coton. Le dialogue
avait pour ambition de contribuer à une articulation cohérente
et participative des stratégies nationales et régionales
sur le coton dans la perspective de la Conférence ministérielle
de l'OMC à Cancun, au Mexique en septembre prochain. Plus spécifiquement,
le dialogue visait à:
· * Fournir
un espace de dialogue entre les organisations paysannes et les décideurs
politiques, en particulier les négociateurs africains basés
à Genève. Ceci en partant du principe que si les négociateurs
africains doivent défendre de manière informée les
préoccupation des organisations paysannes, il est impératif
qu'ils puissent inter-agir directement avec elles ;
· * Renforcer
la compréhension des organisations paysannes du secteur privé
et des organisations de la société civile, dans la dynamique
des négociations de l'OMC et du processus qui mène à
Cancun;
· * Explorer
et développer les éléments clés de la proposition
de négociation sur le coton soumise à l'OMC par le Bénin,
le Burkina Faso, le Mali et le Tchad, qui nécessitent une analyse
approfondie (eg. le mécanisme de compensation financière)
;
· * Permettre
un échange de vues et d'informations, préciser le rôle
des différents acteurs, coordonner les initiatives pertinentes
et identifier des approches stratégiques que les pays d'Afrique
de l'ouest et du Centre pourraient poursuivre à l'OMC
Méthodologie
Ce dialogue a fourni
un cadre informel et multi-acteurs permettant la participation des négociateurs
basés à Genève et à Bruxelles, des organisations
paysannes de la sous-région, des sociétés cotonnières
africaines, des représentants des ministères concernés
dans les capitales ainsi que des experts et acteurs clés de la
société civile.
Le dialogue s'est
déroulé sur deux jours. Il a rassemblé une trentaine
d'acteurs clés de la sous-région représentant divers
intérêts. Les débats étaient introduits par
quelques brèves interventions d'experts de la sous-région
sur les questions fondamentales liées à l'interface commerce
international et filière cotonnière africaine. Les présentations
étaient réduites au minimum et ont laissé suffisamment
de temps pour une discussion franche et ouverte.
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