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Agriculture
: Un vaste mouvement qui pourrait laisser présager un Accord-Cadre
en juillet
Le mois de Mai
2004 serait il décisif pour les négociations sur l'agriculture
à l'OMC ? Après une longue période de léthargie,
les Membres semblent disposer à aller de l'avant pour aboutir
à un accord-cadre avant la fin du mois de juillet. L'UE,
par une lettre de ses commissaires à l'agriculture et au
commerce - Fischler et Lamy -, ont montré des dispositions
pour une élimination totale des subventions. Leur proposition
semble débloquer les négociations en ouvrant une brèche
sur l'une des revendications les plus vieilles et les plus radicales
du G-20. Désormais, la pression est sur celui-ci. Contraint
à une réaction offensive, le G-20 a présenté
le 28 mai dernier une proposition sur l'accès aux marchés.
Ces différentes offres devraient être discutées
au cours de la troisième semaine de l'agriculture après
Cancun qui se tient en ce moment à l'OMC.
Agriculture
: Fischler et Lamy proposent l'élimination totale des subventions
pour débloquer les discussions sur l'agriculture
Par une lettre
du 9 mai, rendue publique le 10 Mai dernier, les commissaires européens
Fischler et Lamy ont annoncé aux Membres de l'OMC que l'Union
Européenne était prête à procéder
à l'élimination totale des subventions. Dans le contexte
du blocage des négociations commerciales, surtout sur l'agriculture,
cette annonce est un signe de fort de reprise qui pourrait donner
un coup d'accélérateur aux négociations du
cycle de Doha qui sont au ralenti depuis l'échec de Cancun
en septembre 2003. Le Commissaire européen au Commerce Pascal
Lamy a d'ailleurs déclaré à cet égard
que " le cycle de négociations lancé à
Doha est au cur de la politique commerciale de l'UE. Par ce
geste, l'Union montre qu'elle est prête à faire les
pas supplémentaires pour conclure 50% du cycle de négociations
d'ici 2004. "
Outre l'élimination
des subventions, les commissaires européens ont annoncé
plus de flexibilité sur les sujets de Singapour tout en aménageant
un ensemble de concessions pour les pays les pauvres et les plus
faibles des Membres de l'OMC.
L'élimination
conditionnée des subventions
L'UE estime
que si les Membres veulent atteindre un résultat équilibré
sur l'agriculture, ils doivent faire des efforts sur les trois piliers
de l'Accord que sont les subventions aux exportations, le soutien
interne et l'accès aux marchés. Conscients que l'élimination
de toutes les formes de subventions aux exportations est un des
objectifs partagés par la plupart des Membres, l'UE avait
déjà proposé, avant Cancun, d'éliminer
les soutiens aux exportations pour une liste de produits pour les
pays en développement en précisant clairement qu'il
n'y aurait pas d'exclusion à priori. Mais pour elle, cette
approche par liste qui n'as pas fonctionné justifie pleinement
la décision de faire une offre plus audacieuse en mettant
toutes ses subventions à l'exportation sur la table. Cette
offre est cependant assortie d'une condition liée à
un " parallélisme complet sur les autres formes de soutiens
aux exportations incluant les crédits à l'exportation,
l'aide alimentaire et les entreprises commerciales d'Etat. "
L'UE estime
être dans les même dispositions pour faire un effort
sur le soutien interne. Elle présente à cet égard
la réforme de sa Politique Agricole Commune comme gage de
sa bonne volonté. Elle propose " une diminution substantielle
de toutes les formes de subventions qui perturbent les marchés,
l'élimination des aides " de minimis " pour les
pays développés, de nouvelles règles pour éviter
que les pays qui soutiennent leur agriculture ne transfèrent
les subventions entre ou à l'intérieur des "
boîtes ", ainsi qu'une plus grande transparence ".
Sur la question
de l'accès aux marchés, l'UE préconise, pour
atteindre l'objectif des coupes tarifaires sur l'agriculture, "
une formule mixte comportant des diminutions tarifaires radicales
tout en étant équilibré et flexibles ".
La France
en désaccord avec la proposition Fischler/Lamy sur l'élimination
des subventions
La France est
le premier pays agricole de l'Union Européenne. Ses agricultures
profitent pleinement, au détriment des agriculteurs du Sud,
du mécanisme des "restitutions" en vertu duquel
les exploitants européens obtiennent le reversement de près
de 3 milliards d'Euros pour compenser leurs exportations aux prix
du marché mondial, traditionnellement moins élevés.
Aussi, n'a t-elle pas manqué de réagir vigoureusement
après la proposition des commissaires Fischler et Lamy.
Selon la porte-parole
du Président Français, Madame Catherine Colonna, "Le
président est réservé face à l'initiative
des deux commissaires et rappelle que le processus d'élimination
progressive des aides à l'exportation ne pourra se poursuivre
sérieusement que si tous les pays acceptent de mettre sur
la table toutes les formes d'aide qui existent". Elle a souligné
que l'Union européenne, dans le cadre du cycle de négociations
commerciales de Doha, avait "déjà agi concrètement,
et en faisant preuve de beaucoup de bonne volonté, d'ouverture
et de flexibilité sur le volet agricole, alors même
qu'à ce jour les autres pays n'ont pas donné de signes
équivalents". "Il faut un parallélisme dans
les mouvements et les gestes des uns et des autres. (...) Il est
important de rappeler que la démarche de l'Union européenne
est conditionnée à une démarche parallèle
des autres pays", a t-elle déclaré.
Pour sa part,
le ministre français de l'agriculture est allé plus
loin en remettant en cause le mandat des commissaires quant à
l'étendue de leur offre. Hervé Gaymard dénonce
des "concessions unilatérales" pour des "contreparties
illusoires" et le risque d'un "marché de dupes"
avec les Etats-Unis. "Cela nous semble outrepasser le mandat
de négociations et être également tactiquement
très dangereux", a-t-il déclaré.
Un Cycle
de négociation " gratuit " pour les pays en développement
Dans leur lettre,
les deux commissaires européens préconisent de faire
" un effort spécial " pour les pays les plus pauvres
et les plus vulnérables qui sont Membres de l'OMC. Ils font
une référence aux pays du G-90 à qui l'UE ne
demanderait pas d'ouvrir d'avantage leurs marchés tandis
qu'ils bénéficieraient d'un accès amélioré
aux marchés des pays développés et des pays
en développement les plus riches pour leurs produits agricoles
et industriels. Il est précisé que les économies
les plus vulnérables bénéficieraient d'un accès
amélioré à tous les autres marchés,
dont ceux des pays en développement les plus riches, ce qui
compenserait l'érosion des préférences dont
les pays du G-90 profitent de la part de certains pays développés,
notamment l'UE. L'offre européenne fait une référence
expresse aux pays Membres du G-90. Cette coalition est composée
des pays Membres de l'UA, des ACP et des PMA. Pourtant il ne s'agit
pas d'une catégorie de pays reconnue officiellement à
l'OMC. Comme l'ont relevé certains observateurs, accorder
un traitement spécial pour ce groupe de pays revient à
introduire la notion de différentiation, voire de graduation
dans la négociation, un sujet particulièrement sensible
et controversé parmi les pays en développement .
Mini-ministérielle de L'OCDE à Paris, l'agriculture
au centre des discussions
Réunis
à Paris les 13 et 14 Mai derniers dans le cadre d'une mini-ministérielle
à l'OCDE sous la présidence du Mexique, les ministres
des 28 pays participants ont déclaré qu'ils étaient
optimistes pour trouver un accord cadre avant la pause d'été
de fin juillet. Le directeur général de l'OMC, Supachai
Panitchpakdi a indiqué que les Membres commençaient
à entrevoir des possibilités d'accord pour le mois
de juillet " ; et selon le commissaire européen au commerce
Pascal Lamy, "après une période de calme relatif
avec beaucoup d'activités souterraines, le volcan (commercial)
fume encore". Lamy a ajouté qu'il pense que tout le
monde autour de la table est disposé à travailler
dur et à faire les compromis de sorte qu'en juillet, on puisse
atteindre 50% de l'ordre du jour de Doha". Le ministre brésilien
des affaires étrangères Celso Amorim a, pour sa part,
noté un mouvement positif de tous les acteurs principaux
qui le rend optimiste.
L'agriculture
était au centre des discussions à Paris. Les ministres
ont accueilli positivement la récente proposition de l'Union
Européenne d'éliminer les subventions à l'exportation
(voir par ailleurs). Les USA ont indiqué qu'ils appliqueront
la réciprocité en éliminant leurs aides créant
un effet de distorsion sur le commerce. Il reste que si des deux
côtés, la volonté d'aller de l'avant était
manifeste, on ne pouvait pas aboutir à de réelles
conclusions qu'après la prise en compte de propositions alternatives
et la finition d'un accord cadre pour juillet. Au sortir de la rencontre,
quelques pays du G-20, le Brésil et l'Afrique du Sud notamment,
ont dit qu'ils travailleraient sur une contre-proposition à
la formule harmonisée proposée par les USA et l'UE
(voir par ailleurs)
Les ministres
se sont aussi penchés sur les thèmes de Singapour.
Ils ont déclaré percevoir les signes d'un accord parmi
les membres de l'OMC sur le fait que la facilitation des échanges
mérite des négociations multilatérales dans
le cadre de l'engagement unique du Programme de Doha. Pour les autres
questions de Singapour -transparence des marchés publics,
investissement et concurrence - le consensus semble s'orienter vers
le maintien de leur traitement dans les groupes d'étude existants.
Les pays participants
à la mini-ministérielle étaient l'Argentine,
l'Australie, le Bangladesh, le Botswana, le Brésil, le Canada,
le Chili, la Chine, le Costa Rica, l'UE, l'Egypte, Guyane, Hong
Kong, l'Islande, l'Inde, l'Indonésie, le Japon, le Kenya,
la Malaisie, les îles Maurice, le Mexique, la Nouvelle Zélande,
la Norvège, le Pakistan, Singapour, l'Afrique du Sud, la
Corée du Sud, la Suisse et les USA.
L'accès
au marché en ligne de mire, le G-20 attendu au tournant
L'offre européenne
pour l'élimination des subventions à l'exportation
semble mettre la pression sur les pays du G-20. Si le " contentieux
" est vidé sur le problème des subventions, l'attention
se focalisera essentiellement sur les problèmes d'accès
aux marchés et des formules de réduction tarifaire.
Or, la formule
qui semblait en vogue dernièrement est celle dite harmonisée.
Elle a été élaborée par les Etats-Unis
et l'UE juste avant la réunion de Cancun et s'est par la
suite frayée un chemin dans les différents projets
de textes cadres. Pourtant, des pays Membres du G-20 tels que l'Inde,
lui reprochent d'être discriminatoire à l'égard
des pays en développement qui - en raison de leurs profils
tarifaires spécifiques - auraient à consentir des
réductions générales plus larges que leurs
homologues des pays développés.
http://www.ictsd.org/pass_synthese/04-04/story2.htm.
Ils estiment
également que la formule proposée par les Américains
et les Européens permettait à ces derniers de continuer
à protéger certains secteurs comme le lait ou le sucre.
"Cette formule, c'est un véritable permis de tuer. Le
G20 dans son ensemble n'en veut pas", a déclaré
le ministre brésilien des Affaires étrangères,
Celso Amorim.
Ainsi mis devant
une vraie " obligation de négocier " pour "
prendre toute sa part dans cette relance des négociations
" comme le souligne le représentant américain
Zoellick, le G-20 a fini par faire une proposition sur l'accès
au marché en date du 28 mai. Cette proposition ne s'appuie
pas sur une formule spécifique pour réduire les tarifs.
Elle s'appuie sur un certain nombre de principes qui s'articulent
autour de l'idée d'une réduction des droits de douane
agricoles, consistant à appliquer une baisse plus forte aux
tarifs douaniers les plus élevés. Outre ce principe
de progressivité, les éléments essentiels de
la proposition du G-20 sont la neutralité qui signifie que
la formule ne doit pas être décentrée contre
les structures tarifaires de certains Membres ; la flexibilité
qui postule que les spécificités des uns et des autres
soient tenues en compte pour garantir l'équilibre ; et la
proportionnalité qui suppose que la réciprocité
joue entre pays développés et pays en développement,
dans la souplesse qui a guidé les négociations d'Uruguay.
La proposition
a l'effet de maintenir intact le climat général de
confiance qui règne actuellement autour des négociations
même si les commentaires préliminaires la considèrent
comme trop vague. C'est en tout cas l'avis de la porte-parole du
commissaire européen pour le Commerce Pascal Lamy. Arancha
Gonzalez déclare que la proposition est "un pas constructif
qui va permettre d'avoir une discussion approfondie cette semaine
à Genève". Nous saluons la clarté du texte
et la reconnaissance par le G20 de deux éléments importants
pour nous, la sécurité alimentaire et le développement
rural", a t-elle ajouté.
Sur le fond,
les USA et l'UE considèrent que la proposition du G-20 manque
d'ambition et de spécificité ; ce qui fait qu'on peut
se demander si elle est en mesure de jeter les bases d'un Accord
Cadre en juillet. Les Membres du G-20, quant à eux, ont présenté
leur projet comme une tentative d'aboutir à un compromis
entre ses membres et les USA et l'UE, pour pouvoir atteindre les
objectifs du mandat de Doha. Certains observateurs considèrent
qu'en fin de compte, on s'acheminerait vers un compromis basé
sur des principes, qui n'aurait pas l'allure de l'Accord-Cadre tant
souhaité, mais qui serait dans la direction des prescriptions
du mandat de Doha.
Il est à
noter enfin que l'une des reproches faits par l'UE au G-20 est de
ne pas admettre l'octroi de préférences discriminatoires
à des pays en développement moins lotis que d'autres
PVD comme l'Inde et le Brésil. Le texte du G-20 prévoit
pas de flexibilité pour les pays en développement
pauvres.
Les négociations
sur l'agriculture entrent dans une semaine décisive
La session spéciale
de la commission de l'agriculture se tient du 2 au 4 juin dans le
cadre de troisième semaine de l'agriculture post Cancun.
Les Membres poursuivent les négociations et les consultations
dans le but d'établir un accord-cadre pour l'agriculture
avant la rupture pour les vacances d'été en fin juillet.
On s'attend à ce que les discussions portent principalement
sur la proposition sur l'accès aux marché soumise
par le groupe G-20.
Même si
de nombreux observateurs constatent une volonté d'aller de
l'avant qui présage l'adoption d'une formule de réduction
à inclure dans l'accord-cadre, beaucoup doutent que le délai
de fin juillet puisse être tenu. " cela dépend
maintenant beaucoup de la bonne volonté des USA et de l'UE
de montrer leur flexibilité sur l'agriculture " déclare
une source de pays en voie de développement.
Sources : Notes ICTSD, Commission Européenne, OCDE
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