L’Afrique de l'Ouest approuve l’accord commercial avec l’UE malgré des inquiétudes persistantes

9 May 2014

Les dirigeants ouest-africains ont approuvé « en principe » leur Accord de partenariat économique (APE) avec l’UE le 29 Mars, soit deux mois après l’achèvement des négociations. Des divergences persistent toutefois sur certaines questions techniques en suspens, en particulier par ce que certains pays africains – le Nigeria avec le plus de véhémence – posent des questions sur l’impact économique potentiel de l’accord. 

L’UE et l’Afrique de l'Ouest étaient parvenues, fin janvier, à un compromis sur un APE au niveau des hauts responsables, en attendant son approbation au niveau politique. Cependant, l’accord doit également être paraphé, signé et ratifié avant la date butoir du 1er octobre. Autrement, certains de ces pays d’Afrique de l'Ouest peuvent perdre l’accès préférentiel au marché de l’UE dont ils bénéficient actuellement.  L’approbation par l’Afrique de l'Ouest est intervenue lors d’un sommet de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l'Ouest (CEDEAO), tenu dans la capitale politique de la Côte d'ivoire, Yamoussoukro, juste quelques jours avant un autre sommet UE-Afrique à Bruxelles. Ce dernier événement, qui devrait également  aborder le sujet de l’APE.

S’il est ratifié, le projet d’APE établirait une zone de libre-échange entre l’UE et l’Afrique de l'Ouest, remplaçant les régimes non-réciproques antérieurs qui, au cours des années passées, ont largement orienté les relations commerciales de l’UE avec 16 pays.

Le groupe de la CEDEAO comprend le Bénin, le Burkina Faso, le Cap-Vert, la Gambie, le Ghana, la Guinée, la Guinée-Bissau, la Côte d’Ivoire, le Liberia, le Mali, le Niger, le Nigeria, le Sénégal, la Sierra Leone, et le Togo. L’APE avec l’UE comprend également la Mauritanie.

Préoccupations du Nigeria

Depuis octobre de l’année dernière, les efforts visant à  conclure un accord UE-Afrique de l'Ouest ont progressé rapidement, après un blocage de deux ans dû à des divergences portant sur les offres d’accès au marché et sur le niveau de soutien que Bruxelles accorderait à la région dans la mise en œuvre de l’APE, en particulier, au vu des besoins de développement de la région.

Aux fins du projet de texte de compromis, la CEDEAO et la Mauritanie ont convenu d’une ouverture progressive de l’accès à  leurs marchés à 75 pourcent au cours des deux prochaines décennies. L’UE, pour sa part, s’est engagée à apporter une contribution de 6,5 milliards d’euros à un programme de développement axé sur l’APE tout en accordant à l’Afrique de l'Ouest un plein accès à son marché.

En dépit de l’approbation, certains pays africains se demandent s’il faut ou non approuver l’accord final. Lors du sommet de Yamoussoukro, le Nigeria aurait posé la question de savoir si l’accord pouvait nuire à certaines de ses industries, si certains produits européens bénéficiaient d’un accès à son marché en franchise de droits.

« Le Nigeria est le plus grand pays de la CEDEAO et nous produisons déjà certains des articles dont ils veulent que nous libéralisions l’importation, » a déclaré  Olusegun Aganga, ministre nigérian du commerce, dans des commentaires publiés par Premium Times Nigeria.

« Ceci veut dire que pas maintenant, mais à partir de 2025-2026, en fonction des articles inclus et exclus, il y a aura une perte significative de recettes pour le gouvernement, une perte d’emplois et d’investissements, » a-t-il ajouté.

Le Nigeria est la plus grande économie de la région ; il s’est battu pour obtenir un soutien national en faveur de  l’accord de l’UE. Pendant ce temps, la Côte d'ivoire et le Ghana – les deux économies les plus importantes du groupe, après le Nigeria – ont été d’ardents défenseurs de l’accord, car tous deux ont paraphé, avec l’UE, des APE intérimaires devant arriver à expiration vers la fin de cette année. 

Alors que la Côte d'ivoire a également signé son APE intérimaire, le délai fixé par l’UE suppose également la ratification des Accords de partenariat économique d’ici la date butoir d’octobre. Ensemble, les trois pays  comptent pour 80 pourcent des exportations de la région vers l’UE. Nous devons négocier un APE qui soit bénéfique pour notre sous-région et qui contribuera à la prospérité de nos populations, » a déclaré le Président ghanéen, qui tenait le rôle de Président tournait de la CEDEAO lors du Sommet.

Même avec le scepticisme de certains pays africains, certains responsables ont assuré que ces divergences seront résolues à temps.

« La date butoir pour l’ensemble de la sous-région est le 1er octobre. Notre agenda est d’œuvrer en vue d’une signature, je suis donc confiant, » a déclaré Jean-Louis Billon, Ministre ivoirien des Affaires Etrangères, à l’agence de presse Reuters.

D’autres étaient toutefois moins certains, un responsable d’un Etat membre notant : « il y a encore des pays qui ont des réserves » sur l’accord avec l’UE.

« Il n’y pas exactement d’unanimité au niveau des ministres, »  déclaré le responsable.

De retour à Bruxelles, les responsables européens ont vanté le potentiel de l’accord  commercial pour l’Afrique, au plan économique et sur d’autres plans. « L’Europe est ouverte aux affaires en provenance de l’Afrique et avec l’Afrique – contrairement à ce que certains critiques semblent penser, » a déclaré le Président de la Commission européenne José Manuel Barroso, lors d’une réunion de chefs d’entreprises.

« Outre les droits de douanes, [les APE] contribuent à l’élargissement des réformes visant à renforcer la primauté du droit et à garantir un climat des affaires stable, prévisible et transparent, qui aide les pays africains à attirer l’investissement qui fait cruellement défaut, » a-t-il continué.

Prochaines étapes

Les dirigeants ouest-africains ont exhorté leurs négociateurs en chef – les Présidents de la Commission de la CEDEAO et de l’Union économique et monétaire de l’Afrique de l'Ouest (UEMOA) – à résoudre les questions techniques restantes au cours des deux prochains mois, pour que les deux parties signent l’accord.

Les deux négociateurs établiront un comité de représentants du Ghana, de la Côte d’Ivoire, du Nigeria et du Sénégal pour revoir ces questions et faire des propositions aux dirigeants pour examen.

 

Rapport  ICTSD 

 

 

 

 

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