Le Sommet UE-Afrique espère un renforcement des liens entre le commerce et l’investissement

17 April 2014

Les dirigeants européens et africains réunis à Bruxelles se sont engagés à approfondir les liens entre le commerce et l'investissement, les deux parties appelant à « un changement fondamental » dans la coopération. La réunion du 2-3 avril comptait plus de 60 Chefs d'Etat, ce qui en faisait le sommet européen le plus vaste jamais tenu.

« Nous sommes convaincus que le commerce et l'investissement, ainsi qu'une intégration économique plus étroite sur chacun de nos continents, permettront d'accélérer la croissance, » ont-ils mentionné dans une déclaration conjointe. A cette fin, ont-ils affirmé, les éléments importants comprennent le développement des capacités de production et d'approvisionnement, le développement des  marchés, la mise en place de l'infrastructure  et la mise en œuvre des réformes de gouvernance.

Le renforcement de la coopération en matière de commerce, d'investissement et de capacité contribuerait à garantir que « les problèmes africains peuvent être résolus par les Africains eux-mêmes »,  a déclaré la Chancelière allemande, Angela Merkel, après la première journée de discussions.

« [Il est temps] de passer d'une coopération pour le développement à un partenariat gagant-gagnant, le commerce et l'investissement jouant un rôle majeur, » a affirmé le Président du Conseil européen, Herman Van Rompuy.

Les dirigeants ont adopté un feuille de route pour définir la coopération entre les deux continents pour les trois années à venir, bien que la stratégie conjointe Afrique-UE, adoptée en 2007, reste le document de référence politique pour leurs relations.

La feuille de route identifie cinq ensembles d'actions prioritaires : paix et sécurité ; démocratie, gouvernance et droits humains ; développement humain ; et intégration et questions globales émergentes.

Des experts ont toutefois déclaré que si la feuille de route donne une indication claire des approches requises pour le renforcement de domaines présentant un intérêt mutuel au cours des années à venir, elle doit toujours être complétée par des plans de mise en œuvre concrets.

Transformation structurelle

La transformation structurelle est une question clé pour les deux parties, au vu du fait que la forte croissance économique récente a essentiellement été tournée vers le commerce des produits de base, alors que la demande européenne de matières premières continue d'augmenter.

« L'occasion existe d'effectuer une  transformation au niveau continental, régional et national qui permettrait  à  l'Afrique de réaliser son potentiel, de réussir  son intégration économique de manière durable, » a déclaré les dirigeants dans  leur déclaration conjointe.

Ils ont convenu que l'accélération de l'industrialisation et la modernisation du secteur des entreprises  étaient essentielles pour  la transformation structurelle, en soulignant l'importance que revêtait la création de la valeur ajoutée pour les matières premières comme « catalyseur de développement industriel. »

Certains analystes disent qu'un tel accent est une critique implicite de l'engagement croissant de la Chine en Afrique, souvent perçu comme un frein à l'industrialisation du continent en perpétuant sa dépendance vis-à-vis des ressources naturelles. A cet égard,  la nécessité d'assurer une gestion prudente de ces ressources - en particulier dans les zones de conflit - a été soulignée dans le plan d'action, faisant écho à l'initiative récente de l'UE sur cette question.

Le plan appelle également à un environnement plus favorable aux affaires, en encourageant les deux continents à instaurer un meilleur climat pour l'investissement,  à accroître le transfert de technologie et à promouvoir la compétitivité des entreprises. Le rôle clé du forum d'affaires UE-Afrique - une réunion annuelle tenue la veille du sommet, qui  rassemblait plus de 500 participants du secteur privé - a été mentionné à cet égard.

Intégration régionale

Les dirigeants ont réaffirmé qu'il faudra davantage d'intégration régionale pour permettre des économies d'échelle qui peuvent stimuler l'investissement et la croissance.

L'UE s'est engagée à contribuer à la propre intégration de l'Afrique, y compris à travers son soutien à l'établissement d'une Zone de libre-échange continentale, qui si elle réussit, mettrait en place un marché unique à l'échelle de l'Afrique.

Les négociations en vue de l'établissement d'un accord commercial qui couvrirait les trois grandes communautés économiques régionales en Afrique - qui porte le nom d'Accord tripartite de libre-échange - devraient se conclure à la fin de cette année, ce qui pourrait ouvrir la voie à l'achèvement d'un Accord de libre-échange continental d'ici 2017.

Bruxelles a également offert de travailler sur toutes les questions en suspens des accords de partenariat économique (APE) que l'UE négocie actuellement avec différentes régions africaine, un processus vieux à présent de plus d'une décennie sans qu'on puisse clairement en entrevoir la fin.

La lenteur du rythme des négociations est depuis longtemps une source de frustration pour les deux parties. Par exemple, si l'UE soutient des engagements contraignants de la part des Membres de l'OMC en vue de l'élimination ou de la réduction des taxes à l'exportation, certains pays africains justifient le recours à de telles taxes comme moyen de stimuler le développement industriel.

De même, l'impact de ces APE sur l'intégration régionale a également suscité des préoccupations chez certains pays africains. Le plan d'action rappelle donc la nécessité d'arriver à des APE « orientés vers le développement et compatibles avec les règles de l'OMC, » tout en encourageant l'intégration africaine, la transformation économique et l'industrialisation.

Des observateurs ont toutefois été prompts à noter que le Sommet a fourni peu d'orientation politique sur la voie à suivre dans les négociations sur les APE, en particulier au vu de la date butoir de l'automne fixée par Bruxelles pour la conclusion de ces accords.

Afin d'accélérer les discussions, la Commission européenne avait annoncé en septembre 2011 son intention d'imposer la date butoir du 1er octobre 2014 pour le retrait de la réglementation relative à l'accès aux marchés qu'il fournit actuellement à une majorité de pays africains - une démarche dont beaucoup estiment qu'elle pourrait avoir des impacts préjudiciables sur le commerce de ces pays.

Le compromis récemment atteint sur l'APE entre l'UE et l'Afrique de l'Ouest a été salué par les dirigeants comme un jalon important dans ce processus. Toutefois, lors d'un récent sommet de la Communauté économique de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), certains pays ouest-africains ont fait part de préoccupations concernant l'impact que l'accord pourrait avoir sur certains secteurs industriels.

Agenda post-2015, coopération sur le changement climatique

Au cours de leurs discussions, les dirigeants ont également traité de questions telles que le changement climatique et la coopération sur l'environnement, ainsi que du processus en cours à l'ONU en vue de l'établissement d'un agenda du développement post-2015.

« L'UE et l'Afrique sont déterminées à adopter en 2015, à Paris, un accord juste, équitable et juridiquement contraignant au titre de la Convention -cadre des Nations Unies sur le changement climatique, » ont déclaré les dirigeants. Le plan d'action mentionne que les dirigeants des deux régions feront des préparatifs pour leurs contributions prévues et déterminées au niveau national d'ici le premier trimestre de 2015, afin de faciliter les discussions devant se dérouler à Paris vers fin 2015.

Ces contributions déterminées au niveau  national seraient les éléments constitutifs d'un nouvel accord sur le changement climatique, bien que les Etats Membres des Nations Unies discutent toujours  pour savoir si celles-ci devraient être obligatoires.

Les dirigeants ont également réaffirmé leur engagement à appuyer la définition et la mise en œuvre d'un agenda du développement post-2015 effectif, qui remplacerait les Objectifs de développement du Millénaire, à leur expiration. Les Etats Membres de l'ONU veulent que cet agenda - qui comprendrait une série d'Objectifs de développement durables - soit prêt d'ici l'an prochain.

Compte-rendu de l'ICTSD ; "EU-Africasummitfocuses on trade and conflicts, not least in CAR," DEUTSCHE WELLE, 2 avril 2014; "EU-AfricaPledge to DeepenTiesAfterTwo-Day Summit," WALL STREET JOURNAL, 3 avril 2014; "EU, Africa shift focus to trade," EUROPEAN VOICE, 3 avril 2014.

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