Les dirigeants du G20 réunis à Hangzhou s’engagent à relancer la croissance

12 September 2016

Les dirigeants de la coalition des économies avancées et émergentes dite du « G20 » ont conclu lundi deux journées de réunions de haut niveau en Chine en promettant de mettre en œuvre un nouveau « consensus de Hangzhou » : un ensemble de politiques visant à dynamiser le commerce international et la croissance économique mondiale, à renforcer la confiance et à répondre au sentiment anti-mondialisation qui se développe dans certains pays.

Le sommet des 4 et 5 septembre à Hangzhou marque la première présidence chinoise du G20 et s’inscrit dans un contexte d’inquiétudes croissantes quant à la situation de l’économie mondiale et à la lenteur de la reprise (voir Bridges Weekly, 14 avril 2016).

« Nous sommes réunis alors que la reprise économique mondiale progresse, que la résilience de certaines économies s’améliore et que de nouvelles sources de croissance apparaissent. Mais la croissance reste plus faible que ce qui est souhaitable », ont déclaré les dirigeants dans leur communiqué final.

Ils notent également les « changements constants et les transformations profondes » de l’économie internationale dans son ensemble, soulignant à la fois leur potentiel et les risques possibles que cette incertitude peut engendrer.

Dans ce contexte, l’un des principaux points à l’ordre du jour était le compte-rendu de mise en œuvre des programmes de croissance existants de chaque pays participant. Ces « plans de croissance nationaux » avaient été adoptés il y a deux ans lors du sommet de Brisbane en Australie. À l’époque, ces plans avaient été présentés comme un moyen d’accélérer d’ici 2018 la croissance collective du groupe à hauteur de 2000 milliards US$ au-dessus des tendances du moment (voir Bridges Weekly, 20 novembre 2014).

En juillet dernier à Chengdu, les responsables officiels des finances avaient toutefois indiqué qu’il restait du travail à faire pour garantir la croissance et la prospérité commune et que les dirigeants feraient le point à Hangzhou sur leurs stratégies nationales de croissance de 2014 (voir Bridges Weekly, 28 juillet 2016).

« La mise en œuvre rapide et complète des stratégies de croissance reste essentielle pour soutenir la croissance économique et l’ambition collective de croissance définie lors du sommet de Brisbane et nous donnons la priorité à nos efforts de mise en œuvre », ont déclaré les dirigeants lundi.

Pour ce faire, ils confirment qu’il sera nécessaire de mettre en œuvre un nouveau « plan d’action de Hangzhou », ainsi que des « mesures structurelles et macroéconomiques » supplémentaires ou révisées « capables d’apporter des avantages mutuels pour la croissance » – tout en s’efforçant également de répondre aux préoccupations de l’opinion publique en matière d’inégalités et de questions associées.
 

Repenser le développement du commerce et de l’investissement

Au cours des derniers mois, la faible croissance des échanges a été une source d’inquiétude croissante pour les économies membres du G20, qui vient s’ajouter aux rapports de l’OMC faisant état d’une accélération des restrictions commerciales au sein du groupe.

En début d’été, l’OMC avait indiqué qu’au cours de la période de mi-octobre 2015 à mi-mai 2016, l’introduction de nouvelles barrières commerciales avait atteint son plus haut niveau depuis le début de cette surveillance par l’organisation il y a sept ans (voir Bridges Weekly, 23 juin 2016).

Les ministres du commerce réunis à Shanghai en juillet dernier avaient déjà appelé à une intensification de leur travail collectif sur la croissance économique mondiale, entérinant une stratégie visant à stimuler spécifiquement le commerce, en parallèle d’un ensemble de principes non contraignants en matière de politique d’investissement (voir Bridges Weekly, 14 juillet 2016).

À cette fin, les dirigeants réunis à Hangzhou ont apporté leur soutien à la déclaration de leurs ministres du commerce, tout en formulant une série d’engagements visant à favoriser une « croissance inclusive, robuste et durable du commerce et de l’investissement ».

Ces engagements comprennent une réaffirmation de leur volonté d’éviter l’introduction de nouvelles barrières au commerce et à l’investissement, avec la mention d’un « moratoire », et de supprimer celles déjà mises en place. Ces deux engagements s’appliquent jusqu’à fin 2018.

Les dirigeants ont également évoqué l’importance de faire avancer les pourparlers commerciaux, que ce soit à l’OMC ou dans d’autres cadres tels que les accords commerciaux bilatéraux ou régionaux. En ce qui concerne l’OMC, le communiqué contient également la formule habituelle sur le « rôle central » de l’organisation en vue de garantir le fonctionnement transparent et solide du système commercial multilatéral.

La déclaration appelle en outre tous les membres du G20 qui ne l’ont pas encore fait à ratifier l’accord de l’OMC sur la facilitation des échanges d’ici la fin de l’année, et à s’engager à collaborer avec les autres membres de l’organisation pour tracer la voie d’une conférence ministérielle réussie fin 2017.

« Nous réitérons notre volonté de placer le développement au centre des travaux de l’après-Nairobi et nous engageons à faire avancer en priorité les négociations sur les questions restantes [du cycle de Doha], y compris les trois piliers de l’agriculture (à savoir : l’accès aux marché, le soutien intrne et la concurrence à l’exportation), l’accès aux marchés pour les produits non agricoles, les services, le développement, l’Accord sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce (Accord ADPIC) et les règles », précise le communiqué.

Les dirigeants mentionnent également la possibilité d’avoir des discussions productives sur les questions dites « nouvelles », telles que celles déjà évoquées dans d’autres forums de négociations commerciales.
 

Un « terrain d’atterrissage » confirmé pour l’accord sur les biens environnementaux

Dans le cadre du sommet de Hangzhou, les observateurs du commerce étaient également à l’affût de signaux politiques concernant la négociation d’un accord de réduction des droits de douane sur les biens environnementaux. Ce processus concerne 17 membres de l’OMC (l’UE comptant pour un), dont beaucoup font également partie du G20.

La réunion des ministres du commerce du G20 à Shanghai il y a quelques semaines avait déjà retenu le sommet des dirigeants comme une date idéale pour annoncer que les participants à cet accord étaient parvenus à s’accorder sur un « terrain d’atterrissage » potentiel pour ces pourparlers, ce qui pourrait permettre de les mener à bien d’ici la fin de l’année. Le communiqué final le confirme, en des termes qui devraient selon certaines sources apporter un élan positif aux négociations à venir.

« Les participants du G20 à l’Accord sur les biens environnementaux saluent la zone d’atterrissage identifiée dans les négociations de l’OMC sur l’ABE et réaffirment leur volonté de redoubler d’efforts pour aplanir les divergences qui demeurent et conclure un ABE ambitieux et tourné vers l’avenir en vue d’éliminer les droits de douane sur un large éventail de biens environnementaux d’ici la fin de 2016, après avoir trouvé des moyens efficaces de répondre aux préoccupations fondamentales des participants », indique le communiqué.

La dernière session de négociation de l’accord, en juillet, avait vu circuler une liste révisée d’environ 300 lignes tarifaires et nomenclatures nationales correspondantes devant servir de base aux négociations, préparée par le président des négociations à la suite de réunions avec les différents participants. Ceux-ci s’étaient également mis d’accord sur une feuille de route pour la période allant jusqu’en décembre (voir BioRes, 4 août 2016).

Une réunion au niveau des ambassadeurs s’était ensuite tenue fin août, et avait permis selon certaines sources de confirmer que les résultats de la dernière session pouvaient servir de base à l’annonce d’un « terrain d’atterrissage » au niveau du G20.

À ce moment, les participants avaient également confirmé le calendrier général des prochaines sessions avec pour objectif de conclure les discussions cette année. Selon certaines sources, les participants à l’ABE prévoient aujourd’hui d’organiser trois sessions de négociation d’ici la fin de l’année : une en septembre, une seconde en octobre et la troisième fin novembre ou début décembre.

En plus de négocier le détail des produits de la liste globale du président qui figureront dans l’ABE final, les participants ont également une liste de sujets qu’ils souhaitent traiter à ce stade des pourparlers, dont notamment l’intérêt manifesté par certains participants pour un éventuel programme de travail sur les services environnementaux et les barrières non tarifaires, le mode de détermination de la « masse critique » et les préoccupations liées aux éventuels « resquilleurs ».

Le mode de détermination des périodes de transition pour l’élimination progressive des droits sur la liste finale des biens reste également à définir, d’après nos sources.

De nombreuses sources indiquent que l’implication des ministres sera nécessaire pour faire avancer certains aspects plus sensibles des discussions, notant qu’une « mini-conférence ministérielle » prévue à Oslo en Norvège pour évoquer les prochaines étapes des négociations de l’OMC devrait inclure en parallèle une réunion des ministres concernés par l’ABE.

Cette réunion est provisoirement prévue pour le 22 octobre, d’après plusieurs sources, la session d’octobre de l’ABE devant se dérouler juste avant.

Une dernière réunion ministérielle aura probablement lieu en décembre pour conclure les pourparlers, en supposant que ceux-ci se déroulent comme prévu.

 

Forum mondial sur l’acier

Parmi les principaux résultats figurant dans le communiqué des dirigeants du G20 figure l’engagement de créer un « Forum mondial » sur l’excédent de capacité de production dans le secteur de l’acier, un sujet source de tensions entre les principales économies productrices de ce matériau.

La Chine est de loin le principal producteur d’acier dans le monde, une situation qui avait conduit à des échanges assez vifs entre ce pays et certains de ses principaux partenaires commerciaux tels que l’UE et les États-Unis. Ces derniers mois cependant, le ton des discussions a semblé s’orienter plus vers la recherche d’approches coopératives pour résoudre le problème et s’attaquer à ses causes profondes.

La déclaration du G20 mentionne l’impact négatif de la surcapacité de production dans le secteur de l’acier et d’autres industries – sans les désigner – sur le commerce et l’emploi, tout en notant dans le même temps qu’il s’agit d’« un problème mondial nécessitant des réponses collectives ». La section consacrée à l’acier mentionne également les effets négatifs de l’aide publique dans ce domaine. Dans chaque cas, le document ne fait pas de référence spécifique à la Chine.
 


Répondre au débat sur la mondialisation

En matière de gouvernance économique mondiale, l’année écoulée a été marquée par un mécontentement grandissant de l’opinion publique quant aux ramifications potentiellement négatives de la mondialisation. Le débat porte entre autres sur les accords commerciaux, accusés d’exacerber les inégalités et de réduire la concurrence dans certains secteurs.

Le sujet a pris une importance grandissante dans le cadre de la campagne électorale américaine pour l’élection présidentielle et la perspective d’élections à venir dans plusieurs grands pays de l’UE, entre autres facteurs. Si les élections ont permis à ces opinions d’être exprimées à une échelle beaucoup plus large, le débat est loin d’être récent – en raison notamment des répercussions durables de la crise financière de la fin des années 2000.

La difficulté pour les représentants officiels consiste à savoir comment répondre de manière efficace à ces préoccupations, en défendant la libéralisation du commerce et des marchés tout en se montrant conscients du fait que si les accords commerciaux sont susceptibles d’apporter des avantages économiques globaux, ils peuvent également entraîner de douloureuses pertes d’emplois et des coûts supplémentaires pour certains acteurs.

« Le sentiment anti-mondialisation se développe et se traduit souvent par des opinions fortement opposées au commerce », a déclaré le directeur général de l’OMC, Roberto Azevêdo, à l’issue du sommet. « Cela est particulièrement inquiétant dans le contexte actuel de protectionnisme croissant et d’atonie de la croissance de l’économie et des échanges ».

Le chef de l’OMC a appelé les membres du G20 à « corriger de manière crédible les préjugés à l’encontre du commerce », notamment en ce qui concerne les retombées en matière d’emploi. Il a également indiqué que des efforts supplémentaires devaient être déployés en faveur des personnes qui perdent leur emploi dans ce contexte afin de leur procurer la formation professionnelle et le soutien nécessaires à leur réinsertion.

Le communiqué du G20 contient ainsi un encouragement à exprimer de façon plus claire les nombreuses retombées positives pouvant découler de la politique commerciale – tout en répondant aux inquiétudes qui se manifestent quant à ses éventuelles retombées négatives.

« Nous insistons sur le fait que les avantages du commerce et de l’ouverture des marchés doivent être communiqués de manière plus efficace à l’opinion publique et être accompagnés de politiques intérieures appropriées pour garantir une large distribution de ces avantages », indique la déclaration des dirigeants.
 

À venir

Le sommet du G20 de cette année étant désormais terminé, la présidence du groupe passe à l’Allemagne, qui organisera son sommet en juillet 2017. C’est l’Argentine qui prendra ensuite la présidence du groupe l’année suivante.

Les ministres des finances et les gouverneurs des banques centrales du groupe se réuniront encore une fois cette année, en marge des assemblées générales du Fonds monétaire international (FMI) et du groupe de la Banque mondiale. Cette réunion aura lieu en octobre à Washington.

 

Reportage ICTSD.

Cet article a initialement été publié dans Bridges Weekly, le 7 septembre 2016.

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